UTILITÉ DE LA DIGITALE
lésions qui constituent l'évolution du typhus abdominal. Ce qui me semble le mieux établi, c'est la part quelle prend à la dégénérescence parenchymateuse des tissus et des viscères; et parmi eux, c'est le cœur qui, le plus fréquemment altéré, apporte le plus grand contingent à la mortalité de cette pyrexie.
S'il en est ainsi, on comprend comment les antipyrétiques peuvent influer favorablement sur l'issue de la maladie; comment la digitale, en abaissant la température, prévient ou du moins diminue dans une certaine mesure l'usure fébrile des parenchymes organiques. Nous avons vu que ce médicament produit toujours soit une défervcscence, soit une rémission de 1 et demi à 5 degrés; cette rémission ne se maintient pas, il est vrai, au delà de quelques jours. Mais, dans les deux tiers des cas, la température ne remonte plus à son niveau primitif. Voilà donc un des dangers de la maladie, la fièvre, cause d'altérations organiques qui peuvent achever l'existence, voilà ce danger grandement atténué par l'intervention de la digitale. Le danger est atténué, il n'est pas supprimé. Quelquefois, nous l'avons vu, le médicament trouve un organisme réfractaire; il ne produit qu'une faible rémission passagère; dans un tiers des cas, la température .. remonte à son niveau antérieur et le dépasse; la cause qui entretient la fièvre est plus forte que l'action pharmacodynamique du médicament qui échoue; mais dans les deux tiers des cas, je le répète, le niveau thermométrique reste abaissé, et cela certainement au bénéfice du malade. Une seconde action utile, et qui concourt dans le même sens que l'abaissement de la température, c'est le ralentissement du pouls; ce ralentissement persiste souvent
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très-longtemps, et le tracé sphygmographique bien interprété semble dire, d'accord avec Texpérimentation physiologique, que ce ralentissement du pouls s'accompagne habituellement d'une augmentation de tension artérielle. C'est dire que le travail du cœur est augmenté; que cet organe, débilité par la fièvre, est renforcé dans sa contractilité par la digitale et oppose peut-être plus de résistance à la combustion fébrile ; c'est dire aussi que la circulation étant activée dans le cercle pulmonaire par ce surcroît de force artificiellement imprimée au cœur, le sang ne stagne plus dans les parties déclives du poumon ; l'hypostase et l'œdème pulmonaire, complications souvent mortelles, sont moins à craindre, d'une part parce que la température déprimée use moins rapidement la fibre musculaire du cœur, d'autre part parce que le travail de cet organe augmenté et la tension artérielle accrue facilitent le passage du sang à travers les capillaires de la petite circulation.
Aussi je pense que la digitale est surtout indiquée dans les cas où à la température élevée s'associe de bonne heure un pouls faible et fréquent, deux conditions propres à favoriser la production de la pneumonie hypostatique. Voyez l'observation si instructive de Daul : cette malade a dès le début un pouls à 140 le soir; pendant 8 jours ce pouls ne descend pas au-dessous de 120. Elle a dès le premier septénaire une broncho-pneumonie des deux sommets ; le danger était que l'engouement passif du poumon, résultant de la faiblesse du cœur, ne vînt s'ajouter à l'affection typhoïde du poumon et restreindre, dans une mesure incompatible avec l'existence.^ le champ respiratoire déjà compromis. La digitale, hetu^eusement, ralentit et
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fortifie le pouls qui se maintieut vers 80; n'est-ce pas à cette circonstance (jue la malade dut d'éviter l'hypostase pulmonaire?
Telle peut être Tulilité de la digitale administrée dans la fièvre typhoïde. Elle reste impuissante contre la maladie elle-même, qui continue son évolution avec une température et un pouls plus ou moins modifiés ; elle reste impuissante contre les symptômes et complications graves qui ne résultent pas de la fièvre et de l'airaiblissement du cœur ; elle diminue souvent l'intensité du délire, lorsque celui-ci est lié à un excès de chaleur fébrile ; mais d'autres fois le délire typhoïde, la somnolence, les phénomènes ataxo-adynamiques continuent à se développer et à donner à la maladie un cachet de malignité liée à l'intensité de l'infection toxique, contre laquelle la digitale ne peut rien; elle ne prévient pas non plus les perforations, ni les hémorrhagies intestinales, complications qu'aucune médication antipyrétique ne sait prévoir ni combattre. Enfin si la digitale prévient souvent le danger de la pneumonie hypostalique, elle ne peut agir contre la bronchite capillaire et la broncho-pneumonie qui en émane; car c'est là une détermination pulmonaire directe de l'agent typhoïde, souvent précoce et dans la genèse de laquelle la faiblesse cardiaque ne semble jouer aucun rôle.
En voici un exemple : chez un de nos malades, âgé de 13 ans, la digitale, donnée les i4",15<' et 16' jours, amena un abaissement de température jusqu'à 35"4, et un pouls à OU; la température se maintint 8 jours au-dessous de 39", le pouls resta 9 jours au-dessous de 108 ; puis la température et le pouls remontèrent; la respiration, qui, dès le 14* jour, était accélérée, devint très-fréquente; la bronchite
typhoïde, intense dès le début, se compliqua de pneumonie lobulaire dans les deux sommets, et le petit malade succomba le 42" jour ; des noyaux de pneumonie mamelonnée existaient dans les lobes supérieurs des poumons.
Sur 53 observations de fièvres typhoïdes traitées par la digitale, que nous avons plus spécialement consultées pour ce travail, nous en trouvons 8 qui se sont terminées par la mort. Trois fois la mort fut due à une perforation intestinale; une fois cette perforation se déclara pendant l'administration du médicament chez un malade qui avait déjà eu antérieurement des hémorrhagies intestinales; une autre fois la perforation se déclara 8 jours après la suspension du médicament, pendant la convalescence ; dans le troisième cas, une hémorrhagie intestinale parut 4 jours après que la digitale avait cessé d'être administrée; riiémorrhagie ne se répéta pas, mais 26 jours après, une perforation entraîna la mort.
Chez trois malades, la digitale fut donnée in extremis dans des cas de fièvre typhoïde au second septénaire, avec ataxo-adynamie, cœur gras et hypostase pulmonaire double déjà constituée; elle resta inefficace.
Un autre, buveur émérite, avait le pouls petit et fréquent à son entrée; le choc et les bruits du cœur faibles annonçaient un cœur dégénéré, le dixième jour de la maladie, à la faveur de l'alcoolisme qui avait déjà ravagé la fibre charnue; la digitale abaissa la température, mais resta sans influence sur le cœur et le pouls; le malade succomba à l'adynamie et à i'hypostase.
Le huitième malade enfin entra au service, le sixième jour de sa fièvre, avec une bronchite typhoïde intense; la digitale abaissa momentanément la température, mais