UTILITÉ DE LA DIGITALE
resta sans innuence sur le pouls qui continua à être petit et fréquent ; de plus, le lendemain de la cessation de la digitale, ce malade eut une hémorrhagie intestinale qui l'acheva.
Les causes de la mort ont donc été soit des complications intestinales, soit l'hypostase pulmonaire avec dégénérescence graisseuse du cœur, déjà consommées au moment où la digitale fut administrée. Car on conçoit que lorsque la musculature cardiaque est ramollie et le poumon engoué, la digitale vient trop tard ; elle est alors formellement contre-iridiquée; si elle agit, elle ne fait que ralentir le cœur sans le renforcer; et, ce faisant, elle précipite l'asystolie et peut amener un coUapsus mortel.
Je ne voudrais pas affirmer cependant, entendez-le bien, que toutes les fois qu'on digitalise une fièvre typhoïde à son début, on empêche le cœur de dégénérer et on supprime la cause de mort par affaiblissement cardiaque. Telle n'est pas ma pensée. Assez souvent, nous l'avons dit, le pouls et la température ne sont que peu ou passagèrement influencés par la digitale; le pouls ralenti peut subir des réascensions subites; le tracé sphygmographiquc, qui semble indiquer une tension artérielle accrue, peut reprendre ses caractères de pouls dicrote et à faible tension; l'influence du médicament ne se maintient constante ni sur le pouls, ni sur la température; de sorte que nous ne pouvons jamais, dans la fièvre typhoïde, compter avec certitude sur ï efficacité pltcirmaco-dynamiquc de la digitale; l'action antipyrétique, comme l'action sur le pouls, peut faire défaut dans un certain nombre de cas, ou bien n'être que passagère et n'avoir, par conséquent, qu'une influence temporaire sur l'évolution de la
maladie. Mais le plus souvent cette influence est assez durable pour que l'un des grands dangers, le plus grand peut-être de la maladie, celui qui résulte de la faiblesse du cœur, soit conjuré.
La digitale a-l-elle une action nuisible sur le processus intestinal ou sur le système nerveux? J'affirme n'avoir jamais constaté de trouble grave qui put lui être rapporté. Trois ou quatre fois j'ai observé un collapsus résultant d'un refroidissement extrême au-dessous de 36 dedegrés; mais il a suflî d'une infusion de café avec un peu de rhum pour dissiper le collapsus et relever la température à la normale; je n'ai pas vu d'état syncopal réel.
Ferber accuse la digitale de produire des hémorrhagies intestinales. Je n'ai vu que deux fois sur 53 observations, des selles sanguinolentes succéder en peu de temps à l'administration de ce médicament. Mais quand on songe que Thémorrhagie intestinale est un accident qui se manifeste 5 ou 6 fois sur 100 cas de fièvre typhoïde, on ne sera pas étonné qu'elle puisse coïncider aussi avec l'action de la digitale. Ce que je puis certifier, c'est que cette grave complication n'est pas plus fréquente chez les malades digitahsés que chez les autres.
DES CxVINS FROIDS. 439
Des bains froids dans la fièvre typhoïde. — Aperçu historique. — Méthode de Brand. — Pratiques de Ziemssen, de Barleis et Jùrgensen, de Liebermoister, de l'auteur. — Action immédiate des bains froids sur la température des malades. — Résultats généraux de la méthode ; chiffres de mortalité obtenus par divers médecins. — Observations de (lèvres typhoïdes graves à forme cérébro-spinale traitées par cette méthode. — Théories physiologiques de Liebermeister sur l'efficacité des bains froids. — Objections à ces théories qui sont insuffisantes à expliquer cette eflicacité constatée cliniquement. — Contre-indications des bains froids. — Influence sur les hémorrhagies intestinales. — Des enveloppements froids. — Des allusions froides. — Association de l'hydrothérapie à la médication stimulante et tonique. — Des bains tièdes. — Thérapeutique réfrigérante à outrance.
La digitale a cédé le pas à une médication plus puissante, et qui s'adresse plus directement et plus sûrement à l'élément chaleur; je veux parler de Thydrothérapie. Depuis une dizaine d'années, le traitement par les bains froids est devenu classique en Allemagne; depuis deux ou trois ans seulement, il tend à le devenir en France.
Ce n'est pas une chose absolument nouvelle ; déjà Galien (*) recommandait en divers endroits de ses œuvres l'usage des boissons froides, des lotions froides et des bains froids chez les fébricitanls ; cependant il semble baser cette recommandation sur des idées théoriques plutôt que sur l'expérience clinique. Mais jusque vers la fin du siècle dernier, on n'osa guère recourir à cette médication, à laquelle répugnaient les doctrines médicales régnantes, soit qu'on craignît d'abattre la fièvre, réaction de la nature contre le principe morbifique, soit qu'on
(M Galien. Methodus medendi. Ed. Kûhn, X.
redoutât les inflammations des viscères, pneumonies, péricardites, etc., que le refroidissement était censé déterminer, soit enfin qu'on voulût respecter les crises qui devaient juger la maladie; toutes ces craintes inspiraient aux médecins et au public une sainte horreur pour le froid dans les affections fébriles. A la fin du siècle dernier, quelques médecins commencèrent à vanter les eflets bienfaisants de l'eau froide chez l'homme sain et malade ; ce furent surtout : en Angleterre, Floycr (*) ; en Allemagne, Sigmund Ilahn et ses deux fils f), qui pratiquaient en Silésie; ces derniers préconisèrent l'eau froide intàs et extra sous forme de lotions dans les maladies fébriles.
James Gurrie (^) passe pour être le véritable promoteur de l'hydrothérapie méthodique dans les pyrexies. Considérant la chaleur comme l'essence de la fièvre, le médecin de Liverpool voulait, par l'eau froide, soustraire l'excès de calorique nuisible dans les maladies fébriles ; il avait démontré, thermomètre en main, qu'elle abaisse la température chez l'homme sain et dans la fièvre. Il employait les bains froids et surtout les affusions froides faites sur le malade, dans une baignoire vide, pendant l'exacerbation fébrile. Il professait que les bains froids doivent être répétés autant de fois que l'exige le retour
(') Flover (J.i Psychrolousia, or Ihe History of cold Bathing, both ancient and modern^ te uhich is added an Appendix by Ed. Raynard. 0^ éd. London, 17 32.
(-1 SiCMCND Haiin. Psychroltiposia vctus renovata, jam recocta. Wicder au/gewûrntcl ait hall Lad und Trinken. Schweidnitz. 17 38.
Johann S. IIaiix. Vnterricht von Krajfl und Wirkung des frischen Wasscrs. Schweidnitz, 173S. Breslaii und Leipzig, 1743.
'^)Clrhie iJamks . Médical Jieports on the EJects of Water cold and irorin as remedy infever and of lier Diseuses. Liverpool, 1708j 3* édition.
de la fièvre, jusqu'à 10 à 12 fois en 54 heures. Chez ses propres enfiints, ntteints de scarlatine grave, il avait employé les alïïisiôns froides, chez l'un 12 fois, chez l'autre 14 fois en 32 heures (').
Cette méthode, usitée surtout dans le typhus exanthémalique et dans la scarlatine, trouva passablement d'imitateurs en Angleterre, puis elle fut peu à peu délaissée. Quelques médecins seulement ont continué à suivre, plus ou moins modifiée, la pratique de Currie; en France, Récamier administrait tous les jours à ses typhoïdes un ou deux bains h 27 degrés, trois lavements froids, et leur faisait boire de l'eau froide légèrement acidulée. Le docteur Jacquez, de Lure f), dès 1839, traitait ses fièvres typhoïdes par les compresses d'eau froide renouvelées toutes les dix minutes, des lavements froids et l'eau froide glacée pour toute boisson. Sur 313 malades traités ainsi, il n'en perdit que 12, tandis que sur 349 traités autrement, il avait eu 91 morts.
Cette même méthode, consistant en lavements, compresses ou lotions froides sur le corps et eau froide cà l'intérieur, était aussi celle de Wanner f) en 1846, de Leroy, de Béthune {% en 1852; de Yalleix f) en 1853;
(') Loco citato, t. H, p. 53 et fi3. Édition aîlcniandc de Leipzig, isoi et 1807. (Citation empruntée à Liebermeistor.i
(*i Jacqcf.z, de Lure. Bulletin de la Société de médecine de Besançon, IS-iR.
('( W a\m:r. De l'Emploi de la glace comme agent thérapeutique et des lois à observer dans son mode d'administration, i Comptes rendus de l'Académie des sciences, ISiO, t. XXIX, p. ôO.) — Essai sur la vie et la mort, les maladies, leur cause et leur traitement déduds d'une moyenne thermométrique normale de l organisme. Paris, ISJl.
('i Lerov, de Betlnine. Sur le Traitement de la fièvre typhoïde par les évacuations sanguines au début et par Ceau Jroide intus et extra pendant toute la durée de la maladie, (l'nion médicale, 1SJ2, p. 5J7.i
('; Vallkix. l'nion médicale, 1SJ3.
445 FfÈVRE TYPHOÏDE ET ANTIPYRÉTIQUES.
enfin mes compatriotes, Stackler et Weber ('), de Mulhouse, appliquaient avec hardiesse les enveloppements froids et les affusions d'eau froide dans les pyresies graves dès 1846.
A Naples, JNicolas Cirillo publiait en '1859 un travail sur l'eau froide en usage externe et comme boisson exclusive dans les fièvres typhoïdes.
En Allemagne, E. Ilorn (-), de Berlin, employa les bains froids et les allusions froides à la façon de Gurrie dans le typhus ; Frœlich, de Vienne, recourait aux lotions, aux bains froids, aux affusions, dans la scarlatine et les autres maladies fébriles. En 1851, on trouve dans le Journal de Hufeland la question de l'usage externe de l'eau froide dans les maladies fébriles mise au concours; des mémoires furent envoyés par Frœlich, Reuss et Pitschaft; le premier obtint le prix (^).
Citons encore V. GieLl et Pfeuffer à Munich, Niemeyer (') à Tubingue, et Hallmann f) à Berlin, qui firent usage soit des bains, soit d'enveloppements ou d'afîusions froides.
Par cette énumération sommaire de noms auxquels je pourrais en ajouter bien d'autres, on voit que depuis la fin
(') Société médicale du Haut-Rhin, séance d'avril 184 G. (Voir Gaz. médic. de Strasbourg, ISiG.) — Stackler. Quelques Observations sur Veau froide. (Gaz. viëdic. de Strasbourg, I84G, p. 3ôl.)
(-) E. HoRi\. Erfahrungen ïiber die Ueilung des ansleckenden IServenund Lazarethfiebers, 2. Aud. Berlin, 1814.
('I Veber die ûusserliche Anwendung des kallen Wassers in hilzigen Hebern. Drei Preisschriften von A. Froelich, J. J. Reuss, J. A. Pitscuaft. Supplenicntstiicke zu Hufeland's Journal der praklischen Beilkunde. Jahrgang 1822.
[*) NiEMEYER. Éléments de Pathologie interne.
I') E. Hallmann. Veber eine zwer.kmâssige Behandhing des Typhus, ein Bcitrag zur xoissenschuftUchen Bcgrandung der Wusserheilkunde. Berlin, 1844.
du siècle dernier, surtout depuis Currie, beaucoup de médecins essayaient de lutter par l'eau froide contre la chaleur fébrile. Mais c'étaient des essais partiels qui ne faisaient pas école; c'est en réalité au docteur Brand ('), de Stettin, qui appliquait la méthode d'une façon systématique et avec rigueur chez un grand nombre de malades, qu'on doit d'avoir provoqué une longue série de recherches cliniques qui ont abouti à faire des bains froids le traitement pour ainsi dire classique des fièvres typhoïdes graves. Parmi les cliniciens qui ont le plus contribué à perfectionner et à répandre ce mode de traitement, il faut mentionner Ziemssen (-), Bartels f), Jûrgensen (*) et Liebermeister (^). On sait qu'en France cette méthode a été importée par un jeune médecin de Lyon, M. I rantz Glénard, et qu'elle est expérimentée actuellement sur une vaste échelle dans les hôpitaux de Lyon et de Paris.
Tel est l'aperçu historique, aussi succinct que possible, de l'hydrothérapie dans la fièvre typhoïde. Laissons donc à Brand et à l'école allemande le mérite qu'à tort certains de nos journaux de médecine semblent lui contester, d'avoir créé et surtout vulgarisé ce mode de traitement.
('I E. BiUND. Die nydrotherai)ie des Trjphus. Stettin, 1861. — Die Heilung des Typhus. Di'rlin, 18G8.
(-) ZiKMSSEX. Centra Iblatt fur die vied. Wissenscha/ten, 18CG, n° 41. — II. Ziemssen und H. Lmueumax.v. Die Kallwusscrbehandlung des Typhus abdominalis. Leipzig, 1870.
r\ Bautels. Veber die Behandlung fieberhafter Krankheilszustande mit methodischen WùnnecntziehurKjen. iMittheilungen fur den Verein schleswig-holslcinischer Aerzle, 1. Heft. Kiel, 18(10.)
('i Tu. JuiiGEMSE.v. Klinische Sludien itber die Behandlung des Abdominal-Typhus miltelst des kallen Wassers. Leipzig, 18(iG.
(V) G. LiEBERMEiSTEK ct K. Hagenbacii. Aus der medicinischen Klinih zu Basel. Beobachtungcn und Versuche ûber die Anwendung des kalten Wassers in fieberhaften Krankheiten. Leipzig, 18GS,
Sans doute, avant Brand, on avait fait usage de l'eau froide dans les fièvres; mais c'est depuis lui seulement qu'elle a été méthodiquement et généralement appliquée. Appelons cette méthode, méthode allemande; cela ne nous empêchera pas de rester bons Français. Rien n'est absolument ifouveau sous le soleil ; tout a été fait et dit depuis qu'il y a des hommes qui agissent et qui pensent. Quand un fait nouveau se produit en médecine ou en thérapeutique, comme dans toutes les autres sciences, on trouve toujours, en fouillant les annales de la science, que ce fait avait été entrevu par d'autres. Mais c'est à celui qui a su tirer parti de la chose, qui a démontré sa réalité, qui l'a accréditée dans le public, qui l'a fait consacrer définitivement, que revient à juste titre le plus grand honneur de la découverte. Quand notre immortel Duchenne, de Boulogne, eut fait connaître au monde savant la maladie qu'il appela du nom d'ataxie locomotrice, on retrouva aussi que les principaux traits de cette entité morbide se trouvaient signalés dans des écrits antérieurs. Mais c'est depuis Duchenne seulement que l'ataxie est devenue une entité morbide ; personne avant lui ne la diagnostiquait ; tous les médecins après lui surent la distinguer et la reconnaître dans le groupe complexe des paraplégies où elle se perdait jusque-là; c'est bien la maladie de Duchenne et c'est à juste titre que Trousseau a revendiqué ce nom pour elle.
Laissons aussi le nom de méthode Brand au traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids, non pas que Brand ait le premier ou seul formulé nettement les préceptes de l'hydrothérapie, qui restent d'ailleurs à formuler encore, mais parce que c'est depuis les publications
de ce médecin que cette pratique s'est rapidement généralisée.
Elle varie un peu suivant les idées de chaque médecin. Voici la pratique actuelle de Brand. Chaque fois que le tliermomètre placé dans le rectum, pendant 5 minutes, chez un individu atteint de fièvre typhoïde, marque plus de 38"5, on le plonge jusqu'au cou dans un bain do 20 degrés centigrades; et aussitôt la tête est arrosée d'eau froide à 6 ou 8 degrés, aflusion indispensable dans le cas où le malade présente des phénomènes cérébraux. L'affusion dure une ou deux minutes. Pendant trois ou quatre minutes, le malade est frictionné et massé dans Teau, puis on le laisse au repos. Quand quinze minutes se sont écoulées, on le remet au lit avec une couverture de laine au pied, recouvert d'un drap; on lui donne un potage tiède, une gorgée de vin vieux, du lait ou du café, puis tous les quarts d'heure une gorgée d'eau glacée. Toutes les trois heures on prend la température dans le rectum, et si elle dépasse SS^S, on donne un nouveau bain; avant chaque bain, le malade prend une petite cuillerée de vin vieux. S'il tousse et expectore, la poitrine est enveloppée de larges compresses froides, renouvelées tous les quarts d'heure. La diarrhée, le ballonnement, sont combattus également avec des compresses d'eau froide sur le ventre.
Ziemssen a recommandé le bain progressivement rafraîchi ; le malade est mis dans un bain dont la température est de 5 à 6 degrés au-dessous de celle du corps; ainsi celle-ci étant de 40 à 41 degrés centig. , le bain aura 35 degrés centig. Pendant que deux aides font des frictions légères et continues sur le corps et les membres, on
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ajoute au bain, par intervalles, de Teau plus froide, lentement, par un tube qui plonge assez profondément audessous du niveau, jusqu'à ce que l'eau du bain soit arrivée, au bout de 10 à 15 minutes, à environ 20 degrés centig. Le malade reste 20 à 30 minutes dans le bain ; il éprouve ordinairement alors un frisson plus ou moins intense. On le reporte rapidement dans son lit chaufTé et on le recouvre avec soin.
Bartels et Jiirgensen commencèrent par employer les affusions froides sous forme de douche en pluie pendant 2 à 15 minutes et d'une température variant de 4 à 21 degrés; plus tard ils eurent recours aux bains de 17 à 21 degrés, durant 15 à 20 minutes; à la fin du bain, affusion de 30 à 50 litres d'eau glacée. Le bain est renouvelé chaque fois que la température rectale est à 40 degrés.
Liebermeister donne les bains froids à 20 degrés centig. ; la durée du bain est ordinairement de 10 minutes. Pour les malades faibles, que le bain aiïecte beaucoup, qui frissonnent longtemps après ou ont du collapsus, sa durée est réduite à 7 ou 5 minutes. Immédiatement après le bain, le malade est enveloppé, sans être essuyé, dans un drap sec, reporté dans son lit qui doit être chauffé surtout à la place des pieds; il est légèrement coutert; on lui fait prendre un verre de vin, et ce n'est qu'après l'avoir laissé reposer quelque temps qu'on lui rem . sa chemise. Chez les malades très-faibles, on peut commencer par des bains à température plus élevée, de 24 degrés centig., qui ont, il est vrai, une efficacité bien moindre. Dans ces cas, Liebermeister recommande surtout la méthode de Ziemssen : les bains de 35 degrés sont lentement
DES BAINS FllOIDS. 447
rafraîchis par radditioii d'eau froide jusqu'à 52 degrés centig. ou au-dessous ; ces bains doivent avoir une durée plus longue.
La température est prise, dans les cas ayant une certaine gravité, toutes les deux heures, jour et nuit, et sitôt qu'elle dépasse 89°,5 dans le l'cctum, 39 degrés à Taisselle, un bain froid est donné. Si ce sont des enfants ou des personnes qui paraissent résister davantage à l'élévation de température, on peut prendre un degré plus élevé comme indiquant l'urgence d'un nouveau bain, soit 40 degrés dans le rectum ou 39'',5 à l'aisselle. Si au contraire les individus résistent moins, on peut donner le bain lorsque leur température est moindre.
Dans les cas légers ou lorsque la maladie touche à la fin de son évolution, l'effet obtenu par le bain dure souvent plusieurs heures ; dans les cas graves, d'ordinaire au bout de 2 heures, la température est redevenue ce qu'elle était avant le bain et il faut en donner un second. Aussi dans ces circonstances, on donne jusqu'à 15 bains en 54 heures ; certains malades ont pris jusqu'à 500 bains dans le cours de la maladie. Dans la majorité des cas, 4 à 8 bains par jour ont suffi, et les malades ont pris en tout, pendant la maladie, 40 à 60 bains.
Je me conforme à peu près aux prescriptions de Liebermeister ; mais je n'applique le traitement hydrothérapique que dans certains cas déterminés. Souvent j'ai 10 ou 15 fièvres typhoïdes dans mon service, parmi lesquelles une seule réclame les bains froids-. Il ne sufiît pas que la température axillaire marque SO^S, comme le veut Liebermeister, ou 39 degrés, comme le veut Jùrgensen, pour que je me décide à y recourir. Même lorsqu'elle dépasse
40 degrés, je ne m'empresse pas de plonger les fiévreux dans l'eau froide. Souvent les malades ont 40 ou 41 degrés le soir, surtout le jour où ils ont été transportés à l'hôpital; le mouvement auquel ils ont été soumis a suffi pour élever leur température, et le lendemain ou le surlendemain la température baisse spontanément. Ce n'est pas au bout d'un ou deux jours de température élevée que le cœur se ramollit; le danger n'est pas si pressant; d'autre part, ainsi que je l'ai dit, les symptômes typhoïdes ne sont pas liés directement à l'élévation de température. Je ne commence à administrer méthodiquement les bains froids que lorsque la température se maintient pendant trois jours, matin et soir, au-dessus de 40 degrés à l'aisselle, lorsque cette fièvre intense est continue-continente ; alors je pense qu'il y a un danger réel pour le cœur à le laisser exposé à rinlluence de cette chaleur pernicieuse, et je prescris les bains.
Si à la température passagèrement élevée au-dessus de 40 degrés s'associent des symptômes nerveux graves, tels que déHre avec agitation, convulsions ou adynamie, je donne les bains d'emblée et sans attendre ; je les donne à 18 ou 20 degrés; je n'y fais faire aux malades ni frictions, ni allusions froides ; j'ai essayé quelquefois ces pratiques ; elles m'ont paru incommoder les malades sans utilité réelle. La durée du bain, d'ordinaire bien supporté, est de iO minutes. Puis les malades sont remis au lit, enveloppés dans un drap, légèrement recouverts, couchés sur un matelas en caoutchouc rempli d'eau froide. La température est prise, toutes les deux heures, à l'aisselle, et si elle arrive à 40 degrés, le malade reçoit un nouveau bain. Après chaque bain on lui fait boire un verre
de vin, et, chins rintcrvalle, du lait ot du bouillon, de manière que, dans les 24 heures, il arrive à prendre souvent i litre de vin, au moins 1 litre de lait et autant de bouillon.
Si la température remonte rapidement et à un degré élevé, je fais continuer les bains pendant la nuit, et de plus, à l'exemple de Liebermeister, je prescris 1 gramme de sulfate de quinine en solution à prendre le soir, de 7 à 8 heures, en deux fois; si cette dose est insufiîsante, j'en donne une de 1^'",50, puis de deux grammes, 48 heures après la précédente. En général, le lendemain matin la température est abaissée de i degré et demi à 2 degrés et demi ; etelle reste abaisséejusque vers il heures ou midi, de manière que le nombre des bains peut être diminué grâce à cet adjuvant. Mais l'action de la quinine est toujours passagère; toujours 15 ou 18 heures après son administration, la température est remontée. Aussi faut-il répéter la dose active de ce médicament toutes les 48 heures.
Quelle est l'action immédiate du bain froid sur la température du malade ?
Mesurée dans le rectum, la température immédiatement après un bain est abaissée de 1 degré à 1"5, puis elle remonte lentement. Dans un cas, par exemple, observé par Glénard, la température rectale, qui avant le bain était de S9% était après le bain de 38"4; au bout de 15 minutes, elle était à 38"5, au bout d'une heure à 38"7, au bout de 2 heures à 39" J ; au bout de 2 heures et demie, elle était remontée à 39"6.
Mesurée à Taisselle, la température a subi un abaissement bien plus considérable. Ainsi dans une de nos observations, le thermomètre marquait 39"0 avant le bain.
Immédiatement après le bain, le thermomètre était placé à Faisselle : il marquait au bout de 5 minutes 33"6 (il est vrai qu'il n'était pas encore de niveau avec la température axillaire); après 10 minutes, 34°8 ; après 15 minutes, Sb°^; après 20 minutes, 35'*9; après 25 minutes, S6"^; après 2 heures, 39"! . En général, la température à l'aisselle, immédiatement après le bain, est abaissée de 3 degrés.
Après 2 à 3 heures, la température est le plus habituellement remontée à son niveau dans le rectum et à raissellc; reiîet antipyrétique a disparu. Dans les cas légers ou lorsque TafTection est sur son déclin, cet effet peut persister plus longtemps (quelques heures) ; sa durée peut servir à mesurer l'opiniâtreté de la fièvre et acquiert ainsi une valeur pronostique.
Sur 1,960 bains froids, Liclitenstein ('), cité par Liebermeister, a constaté que 386 fois, c'est-à-dire dans un cinquième des cas, la température était remontée au bout de 2 heures à ce qu'elle était avant.
On conçoit facilement pourquoi, à la fin du bain, la température axillaire a baissé de 3 degrés au moins, tandis que la température profonde ou rectale n'a baissé que de 1 degré ; quelquefois môme, elle n'est pas plus basse qu'avant. L'action du froid sur la peau produit en effet une contraction des vaisseaux superficiels et un refoulement du sang chaud vers l'intérieur, de sorte que la température des couches extérieures du corps, celle de l'aisselle, est relativement bien plus basse que celle de l'intérieur du corps. Mais au bout de quelque temps, l'équilibre de température de la surface refroidie se fait avec la pro-
(') Ueber Abdominallyphus, Dissert. Miinchen, 1871.