ACTION IMMÉDIATE DU BAIN FROID
fondeur, et la température rectale s'abaisse. On a même constaté que parfois, une demi-heure après le bain, la température s'est élevée à l'aisselle, de manière à être égale ou même supérieure à celle du rectum de 1 demidegré à 1°,2, et cette différence de température peut persister pendant trois quarts d'heure. Ce n'est qu'après environ 2 heures que la température de l'aisselle baisse de nouveau et se remet au-dessous de celle du rectum. Ce fait s'expliquerait, suivant Fiedler et Ilartenstein ('), qui l'ont signalé, par la dilatation paralytique des vaisseaux superficiels de l'aisselle, dilatation consécutive au spasme vasculaire développé par le froid. De là se déduit cette conclusion pratique que : si on mesure la température à l'aisselle à la suite des bains froids, on apprécie d'une manière inexacte l'intensité réelle <le la fièvre, vu que cette température ne représente pas celle de la profondeur; elle est artificiellement élevée par le relâchement local des vaisseaux de la surface. Pour apprécier plus exactement le refroidissement maximum du sang et des organes internes par les bains froids, il faut mesurer la température dans le rectum environ une demi-heure à trois quarts d'heure après le bain froid de 18 à 50 degrés; ou lorsque, comme dans la pratique civile, on ne peut recourir à cette investigation pcr anum, il faut mesurer la température à l'aisselle (une demi-heure à trois quarts d'heure après le bain) et en retrancher 0"6, 0''8 à 1° centig.
Je crois qu'il y a cependant de grandes différences individuelles, et que cette donnée de Fiedler et Ilartenstein ne peut s'appliquer à tous les cas. Dans celui que
0; Archiv/ùr Heilkunde. Band XI, 1870, S. 97.
452 FIÈVIIE TYPHOÏDE ET ANTIPYRÉTIQUES.
nous avons mentionné, la température axillaire, 25 minutes après le bain, ne marquait que 36°2; elle n'était certes pas supérieure à la température profonde.
Telle est Tinfluence du bain froid sur la température. Le pouls est souvent ralenti de iO à 20 pulsations; il est quelquefois plus dur, plus serré; le dicrotisme est effacé; mais cette action sur le pouls n'est pas parallèle à celle sur la température. Le pouls peut être peu influencé alors que la température est très-abaissée. Lindwurm a observé parfois immédiatement après le bain l'absence complète du pouls radial ; cette absence n'a rien d'inquiétant, elle tient à la constriction spasmodique du vaisseau par le froid, surtout lorsque ce vaisseau ^est petit; le cœur bat avec force, le pouls ne tarde pas à réapparaître ; ce n'est pas un collapsus.
Sur 800 bains administrés, Lindwurm n'a pas vu survenir une seule fois du collapsus, et les autres observateurs signalent aussi cet accident comme très-rare, à condition toutefois que les bains froids ne soient pas donnés lorsque déjà la dégénérescence graisseuse du cœur est consommée. Ces bains sont habituellement bien supportés; presque tous mes malades s'y sont résignés très-aisément; au bout de plusieurs minutes, quelques-uns ressentent un frisson, leur respiration devient haletante. Gela m'a paru plus rare lorsqu'on ne fait pas d'affusion froide. Le malade, remis au lit, est quelquefois pris d'un frisson qui peut durer de 20 minutes à 1 heure.
Les effets bienfaisants de cette méthode sont presque immédiats. Souvent après 2 ou 3 bains déjà, la langue, (jui était sèche et fuligineuse, redevient humide, la céplialalgie disparaît; souvent le délire ou l'excitation diminue
OU cesse; le mahide, qui était dans le coma, inerte, revient à lui ; il retrouve au moins une partie de son intelligence, la respiration redevient plus calme. Mais tout cet appareil symptomatique ne tarde pas à réapparaître si on suspend les bains froids, il faut les continuer tant que dure révolution de la maladie, car l'hydrothérapie n'est pas une médication abortive. De l'aveu de tous les médecins, elle n'abrège pas la durée de la maladie ; elle en atténue la gravité, elle en lait taire les manifestations dangereuses, elle permet au malade de parcourir sans symptômes graves les diverses phases de son évolution.
« Après trois ou quatre jours de ce traitement, dit Glénard, apparaît un des symptômes les plus inquiétants, un des inconvénients les plus graves de la méthode Brand, c'est l'appétit insatiable des malades. Ce n'est pas de l'appétit, c'est de la voracité; elle persiste jusqu'à la fin de la maladie. Le médecin doit bien se garder de satisfaire cet instinct trompeur, le thermomètre seul doit régler l'alimentation ; tant que la température s'élève au-dessus de SS^S, il faut se contenter de donner les aliments liquides indiqués après chaque bain ; si la température met plus de trois heures après le bain à atteindre le chiffre supérieur à 38-5, on peut adjoindre quelques aliments solides, biscuits, pain, et en tout cas, il faut procéder avec mesure et ne le faire qu'à titre d'essai. Le plus sage est de ne permettre la viande, même à petites doses, que lorsque le malade sera resté apyrétique pendant douze heures. »
Je n'ai jamais constaté cette voracité qui se développerait, d'après Glénardet Brand, après quelques jours ; j'ai seule-
ment observé que des malades, à langue sèche, plongés dans radynamie, qui se refusaient à toute alimentation avant les bains froids, pouvaient, après quelques bains, ingérer facilement un litre de lait, plusieurs tasses de bouillon et plusieurs verres de vin par jour. Quant au désir et à la possibilité de manger des aliments solides, à de la voracité, je ne l'ai pas observée et je n y crois pas, tant que dure l'évolution typhoïde. Elle ne se manifeste que pendant la convalescence, et c'est probablement chez les individus déjà convalescents que Brand et Glénard l'ont constatée. Ces médecins continuent leurs bains froids jusqu'à la convalescence et peut-être même au delà , car chaque fois que la température dépasse 39 degrés à l'aisselle, ils mettent le malade au bain, et pour eux la convalescence n'est établie sans doute que lorsque la température reste définitivement normale. Or j'ai dit précédemment que la fièvre peut survivre à l'évolution typhoïde, que tous les symptômes de la maladie peuvent être dissipés, la langue être humide, l'appétit revenu, les selles moulées, et la température rester encore élevée, ou, après s'être abaissée, elle peut se relever pendant la convalescence sans qu'il y ait récidive. Aussi je n'attends pas que la température soit normale pendant douze heures pour alimenter le malade. Lorsque les symptômes typhoïdes n'existent plus, que le ventre est souple et indolore, et que les selles sont moulées, qu'il y ait encore ou non de la fièvre, je commence à alimenter le malade ; je procède graduellement: j'ajoute aux aliments liquides un œuf légèrement cuit, sans pain; le lendemain, s'il est bien supporté, j'en donne deux ; le surlendemain, si les selles restent moulées, je permets au malade de manger un peu de viande molle et hachée ; je
ne reviens que très-lentement aux aliments plus solides, de peur que les ulcérations intestinales à peine cicatrisées ne se rouvrent sous l'influence de contractions péristaltiques trop actives, que des substances dures et solides à chymifier nécessitent. Car il résulte de nos observations que les bains froids n'empêchent pas ce que nous avons appelé la fièvre de convalescence. Parmi les cas que nous avons énumérés, plusieurs ont été traités par les bains froids. Dans l'un (page 324, M® cas), il s'agit d'une fièvre grave qui réclama 50 bains en 16 jours. A partir du 33" jour, l'évolution typhoïde proprement dite était terminée, le malade avait des selles moulées, il avait de l'appétit, non parce qu'il était traité par les bains froids, mais parce que la maladie était achevée, les ulcérations cicatrisées. Nonobstant, la fièvre/ continua encore très-longtemps et très-rebelle pendant plus d'un mois, alors qu'aucun trouble fonctionnel ne restait de la maladie pour l'expliquer.
Dans ces cas, je ne continue pas en général les bains froids ; la température oscille d'ordinaire seulement entre 38 et 39''5 ; si elle arrive à 40 ou 41 degrés, elle y persiste rarement. Le sulfate de quinine et la digitale m'ont semblé, ainsi que je l'ai dit, plus efficaces contre cette fièvre secondaire. D'ailleurs celle-ci m'a paru certainement moins offensante pour le cœur et les parenchymes que la fièvre de l'évolution typhoïde. Quoique je l'ai vue persister presque continue pendant nn mois, cependant je n'ai jamais constaté de symptômes graves d'affaiblissement cardiaque, jamais d'hypostase ou de congestion passive du poumon nouvelle qui put lui être attribuée. Et je ne puis m'empêcher de conclure d'après ces faits d'observation.
que la fièvre n'est pas seule coupable des dégénérescences parencliyniateuses et musculaires sur lesquelles j'ai assez longuement insisté, et que ces dégénérescences ne se produiraient pas aussi rapidement dans la fièvre typhoïde si la fièvre, était seule, si à elle ne s'associait pas le poison typhique agissant directement ou par l'intermédiaire du sang qu'il a altéré. Je l'ai dit et je le répète: Quand je vois, d'une part, une fièvre même peu intense s'accompagner dès le second septénaire de symptômes nerveux graves, d'alfaiblissement du cœur et d'hypostase; d'autre part, une fièvre môme plus intense et durant bien plus longtemps n'affecter en rien ni les fonctions du système nerveux, ni celles du cœur, cette conclusion s'impose évidente pour moi : la fièvre n'est pas la cause unique, ni peut-être la cause principale des manifestations nerveuses et cardiaques de la fièvre typhoïde.
C'est parce que je ne rattache pas exclusivement à l'élévation de température tous les troubles fonctionnels graves de cette maladie que je ne m'empresse pas de plonger les malades dans l'eau si je vois la température à 40 degrés, je ne le fais que dans les circonstances indiquées. De plus, je ne poursuis pas la fièvre à outrance; lorsque les symptômes graves de l'évolution typhoïde ont disparu et que la disparition de la diarrhée, le retour de l'appétit et des selles moulées, la diminution delà fièvre, annoncent la défervescence ou la convalescence de la maladie, j'abandonne les bains, dût même la température axillaire monter encore le soir à 40 degrés et au-dessus ; car c'est l'existence des symptômes typhoïdes, concomitante avec une élévation considérable de température, qui me paraît surtout commander les bains froids.