BAINS FROIDS. — THÉORIES DE LIEBERMEISTER
baignoiro pleine d'eau est placée à côté du lit des malades; l'eau de la baignoire n'est renouvelée que chaque jour, ^.a première fois qu'on propose de mettre un fiévreux au bain froid , c'est une vive émotion qui se manifeste chez les personnes qui entourent le malade, émotion dont ne peut môme se défendre le médecin qui n'a pas l'expérience de ces bains. Mais la confiance vient vile ; l'innocuilé de la chose et le bienfait presque immédiat qui en résulte frappent les plus sceptiques; quelques-uns passent du doute et de la crainte à un enthousiasme exagéré. Dans mon service de l'hôpital Saint-Charles, sœurs et infirmiers ont été littéralement stupéfaits; mes infirmiers étaient tellement pénétrés de l'eflîcacité de la méthode, qu'ils veillaient spontanément la nuit pour continuer ta donner les bains.
Il est impossible, dans l'état actuel de la science, d'interpréter d'une façon satisfaisante l'action physiologique des bains froids. Les recherches laborieuses de Liebermeister n'ont pas dégagé, ce me semble, les éléments complexes de cette obscure question. Le professeur de Tubingue admet que, à l'état de fièvre comme à l'état normal, l'appareil régulateur de la température fonctionne de telle sorte que l'organisme exposé à une cause de déperdition plus forte de calorique, la compense par un accroissement dans la production. Diverses expériences lui ont paru démonstratives : G. Barth (') ayant plongé des fiévreux dans de l'eau de 52 à 24 degrés Réaumur, observa que la température de l'aisselle commence par
(') G. B.inTli. Beilrûge zur Wasserbehandlung des Typhus. Dissertation. Dorpat, ISG'J.
s'élever, et ce n'est qu'après une durée du bain assez prolongée et surtout après le bain que la température s'abaisse. La température axillaire résistait au froid par-» fois jusqu'à 13 et d 5 minutes. Ed. von Wahl ('), chez des fiévreux mis dans un bain de 25 à 35 degrés centigrades, constata en général une élévation thermométrique à l'aisselle, et ce n'était habituellement qu'au bout de 15, 20 ou 25 minutes, rarement déjà après dO minutes, que le thermomètre baissait. Parfois même, dans un bain de 28 degrés, après 40 minutes, la température axillaire était encore plus élevée qu'avant le bain. Liebermeister, calculant la quantité de calorique transmise par un fiévreux à l'eau du bain, et tenant compte des modifications de sa température rectale, arrive à cette conclusion que sa production de chaleur s'accroît d'autant plus que la soustraction de calorique par le bain est plus grande. Dans un bain de 28 degrés, il produit à peu près deux fois plus de chaleur, dans un bain de 20 degrés centigrades à peu près trois fois plus que dans les conditions normales.
Toutefois, il est une circonstance sur laquelle Liebermeister insiste : s'il est vrai que la régularisation de la perte et la production de chaleur compensatrice ont lieu chez le fébricitant comme chez le non-fébricitant, cependant cette compensation est moins parfaite chez le premier. Soumis à une même dilTérence de température du milieu extérieur, il perd plus de calorique, et si cette différence de température est très-grande, comme cela arrive dans un bain froid, le fébricitant perd une quantité' de calorique beaucoup plus notable. La raison "de ce fait
(') E. VON Wahl. Zur Kenntniss (1er WûnnereguUruny bei Fiebcrndcn. (ai. Pelersbnrger med. Zeitschrift. Band XII, ISOT.i