‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 14 sur 48 · LIÉES A LA DIARRHÉE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

LIÉES A LA DIARRHÉE CHRONIQUE

SOMMAIRE

Discussion d'un cas d'anasarque sans albuminurie chez un homme de soixante-deux ans. — L"œdème n'est le fait ni d"une affection cardiaque, ni d'une néphrite interstitielle, bien que certains symptômes de sénilité vasculaire puissent faire soupçonner cette dernière affection. — L'hydropisie est ici la conséquence d'une diarrhée chronique. — Relations pathogéniques de l'œdème et de la diarrhée. — Classification générale des hydropisies. — Rôle de l'hypo-albuminose et de l'hydrémie provoquée par la diarrhée : infinence de l'acuité et la chronicité du processus. — Rôle de l'inanitiation progressive. — Rôle du système nerveux et de la paralysie vasomotrice consécutive aux diarrhées chroniques. — Influence possible des troubles de circulation lymphatique. — Indications pronostiques et thérapeutiques.

Nous avons reçu avant-hier un malade atteint d'une affection relativement commune, mais dont la pathogénie soulève de réelles difficultés d'interprétation. C'est un homme de soixante-deux ans qui est couché au n'^ 19 de la salle Chauffard. Il n'est pas cachectique, ni très amaigri; il a même gardé un certain embonpoint. Son apparence n'est pas celle d'un malade grave; le pouls est bon et bat à 72. Voilà six semaines, nous dit-il, qu'il est alité avec un œdème des jambes considérable de couleur pâle et de consistance molle. La peau , moyennement tendue , ne semble pas épaissie ni sclérosée ; il y a ni chaleur, ni rougeur, ni dilatation veineuse.

DES HYDROPISIES LIKKS A LA DIARKIIKE CnRONIQUE 151

Cet œdème est symétrique ; non seulement il occupe les membres inférieurs, mais il envahit le scrotum, l'abdomen, la région lombaire, et en ce moment il va plutôt grandissant. Il existe même dcTascite ; on en reconnaît l'existence moins par la sensation du flot que par le bruit hydroaérique qui s'entend au niveau des fosses iliaques. Aux membres inférieurs, les genoux sont distendus par de Thydarthrose c'est la règle dans ces cas d'œdème diffus, ainsi que l'ont montré Luneau et Letulle, et cela s'explique aisément, par l'analogie qui existe entre le tissu cellulaire et les synoviales. Les ganglions inguinaux ne sont pas engorgés; il n'y a rien du coté des lymphatiques, au moins en apparence.

En présence de ces symptômes, tout d'abord, on est porté à penser que l'on a affaire à une affection cardiaque ou rénale.

Cet homme n'a cependant pas de maladie du cœur; il n'en a aucun trouble fonctionnel. Il peut coucher la tète basse sans être oppressé; il ne se plaint ni de palpitations, ni d'angoisse précordiale quand il se lève ou quand il marche. Le premier jour, à son entrée, on aurait pu croire à une hypertrophie cardiaque sans lésions d'orifici; : la pointe du cœur paraissait abaissée; le premier bruit était sourd, le second éclatant; on entendait môme, pendant les grandes inspirations, une ébauche de bruit de galop. Mais ces signes physiques sont prescpie la règle chez tous les sujets qui ont dépassé la soixantaine, et doivent être considérés comme l'expression d'un certain degré de sénilité vasculaire, sans lésion cardia(|ue proprement dite. D'ailleurs, chez cet homme, le pouls est plutôt mou que dur, et la tension artérielle diminuée au lieu d'être accrue : ce ne sont point là des sym[)tôme.-; d'hypertropliie cardiaipie.

Le rein est-il malade ? L'œdème offre assez les caractères de cehii (|ir<»ii voit dans le mal de Hi'ight, et c'est la première idée ([ni se pn-sente à res[)ril à un examen siqx'i-liciel. Mais l'urine ne contient pas de trace d'ali)umine. Or, s'il y avait une aff'ection rénale, un œdème de celte nature indiquerait

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une néphrite épitliéliale et l'urine serait très albumineuse. Il y aurait de plus des troubles visuels dus à la rétinite et aux altérations du fond de l'œil. Nous n'observons rien de pareil.

Nous devons discuter davantage l'hypothèse d'une néphrite interstitielle sans albuminurie bien qu'accompagnée d'œdème. 11 y a dix ans, on n'aurait même pas soulevé cette question, car il était admis que la néphrite interstitielle ne pouvait donner lieu à de l'œdème, ce qui est vrai en effet dans la majorité des cas. Mais depuis qu'on connaît mieux cette forme de maladie du rein, on a reconnu que le tableau clinique était plus varié qu'il ne le paraissait tout d'abord.

Il y a des cas où l'œdème se rencontre alors que l'albuminurie fait défaut. Toutefois, il y a peu de vraisemblance que nous soyons en face d'une de ces anomahes cliniques, attendu que la plupart des signes de néphrite interstitielle font ici défaut.

D'abord, les faits de reins granuleux donnant heu à de l'œdème sans albuminurie sont rares, bien que Johnson et Mohamed en aient cité des exemples. Le plus ordinairement on trouve des traces d'albumine dans l'urine, et pour peu qu'on multiplie les examens, on observe à coté des jours où l'albuminurie manque, d'autres périodes pendant lesquelles elle n'est pas douteuse. En secondlieu, ces urines de néphrite interstitielle, albumineuses ou non, sont en général fort abondantes, pâles et claires : ici, elles sont moyennement copieuses et de couleur foncée. La présence d'une coloration rosée d'uro-hématine, sous l'action de l'acide nitrique, est une réaction qui ne manque presque jamais au cours de la néphrite interstitielle ; et le professeur Hardy lui attribue une réelle importance : elle n'existe pas chez notre malade. Nous ne trouvons pas non plus chez lui les troubles fonctionnels qui décèlent presque toujours les lésions rénales commençantes, la polyurie nocturne, les besoins fréquents et impérieux d'uriner, les démangeaisons habituelles dont Dieulafoy a montré la valeur séméiotique, les épistaxis répétées qui, si souvent, sont symptomatiques de l'altération du sang d'ori-

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