DES IIYDIIOI'ISIES LIÉES A LA DIARRHÉE CHRONIQUE
gine rénale. Tous ces caractères négatifs sont peu compatibles avec l'hypothèse d'une néphrite interstitielle.
Un autre ordre de symptômes plus en harmonie avec cette supposition a trait à l'état du cœur chez cet homme. Nous avons vu, en effet, que le claquement du deuxième bruit aortique est exagéré et le premier bruit assourdi, redoublé par intervalles. Ces signes stéthoscopiques et spécialement le bruit de galop à l'état d'ébauche chez ce malade, sont regardés communément comme patliognomoniques de la néphrite interstitielle : il n'est donc pas hors de propos d'en examiner la valeur.
Le claquement exagéré du deuxième bruit peut signifier deux choses : ou bien il est en rapport avec l'excès de tension du sang dans l'aorte, et il indique alors une augmentation de la pression sanguine générale, ou bien il tient à une altération locale des valvules sigmoïdes. Le premier cas peut coïncider avec l'intégrité parfaite des valvules, et se reconnaît toujours à la dureté du pouls et à sa résistance. Quand ces caractères se rencontrent, il y a presque certitude de néphrite interstitielle. Mais ici c'est précisément l'inverse que nous observons ; le pouls de ce malade est mou, laible et dépressible,et il n'a môme pas la dureté quiindi(]uerait l'athérome si commun après la soixantaine. Nous devons donc admettre (|ue le deuxième bruit clangoreux est dû à l'état parcheminé des valvules semilunaires. C'est une; (juestion de sénilité, et non de néphrite.
Le bruit de galop, lui non plus, ne peut pas être considéré comme un signe pathognouioni({ue de néphrite interstitielle. Depuis longtemps, M. I^olaiu a montré quil se rencontre dans nombre de cas d'hypertrophie cardia(|ue indépendants de la sclérose rénale : on l'a signalé au cours de la lièvre typhoïde, chez les saturnins, bref, dans une foule d'états excluant l'idée d'une maladie dui'ciii. Il signifie uniquement la mise en tension brusque de la paroi ventriculaire à la fin de la diastole, au moment où va commencer la contraction du ventricule. Cette mise en tension, silencieuse dans les
loi MALADIES DE L'LNTESTIN
conditions normales, devient bruyante toutes les fois que la paroi musculaire a perdu de son élasticité, comme c'est le cas dans la sclérose. Or, cette sclérose cardiaque, bien que coïncidant fréquemment avec la sclérose rénale, ne lui est pas nécessairement associée ; elle se rencontre presque constamment chez les sujets âgés et n'a pas d'autre valeur que d'indiquer la sénilité de l'organe. N'oublions pas d'ailleurs que chez^notre malade ce bruit de galop est à peine sensible, qu'avec une oreille exercée on le devine plutôt qu'on ne le perçoit nettement, et par suite, il n'a qu'une valeur restreinte pour le diagnostic d'une lésion rénale.
J'insiste longuement sur ces détails parce que, en ce moment, on invoque sans cesse l'artério-sclérose, et que, volontiers, on regarde tout athéromateux comme atteint de néphrite interstitielle. Il y a là une exagération en sens.inverse de celle que l'on commettait autrefois. Jadis, toutes les néphrites interstitielles étaient méconnues ; aujourd'hui, on a de la tendance à voir des maladies rénales chez toutes les personnes âgées : or, l'athérome artériel, je le répète, ne suppose pas nécessairement la sclérose viscérale, quoiqu'il marche souvent de pair avec elle ; et particulièrement dans le cas présent, rien n'autorise à supposer que le rein soit en cause.
Notre malade n'est donc ni un cardiaque, ni un rénal. Ce n'est pas non plus un cachectique souffrant d'une affection organique latente, telle que le cancer ou la tuberculose : l'exploration de tous ses organes est absolument négative : il ne tousse pas, n'a point de dégoût pour la nourriture et ne présente aucun trouble fonctionnel en rapport avec la présence d'un néoplasme. D'autre part, c'est un ouvrier aisé qui n'a jamais connu la misère, qui a eu constamment une hygiène réguhère et dont l'alimentation paraît avoir été bonne : on ne peut donc penser à la cachexie des gens mal nourris qui donne si souvent lieu à de l'œdème.
Mais il présente un symptôme qui aboutit indirectement à un état d'inanitiation relative, et qui joue le même rôle chez