DIAGNOSTIC DIFFERENTIEL DU CANCER DE L'ESTOMAC
à la surface de la muqueuse digestive, et que l'estomac, vraisemblablement, n'est le siège d'aucune ulcération. Gomme il arrive d'ordinaire chez les dyspeptiques, le rejet des aliments s'accompagne chez lui de régurgitations frécjuentes et de renvois gazeux, mais ceux-ci n'ont ni acidité, ni odeur putride. Il est à remarquer enfin c{ue c'est presque immédiatement après l'absorption des aliments que surviennent ces signes d'intolérance stomacale, et non à une phase avancée de la digestion gastrique, comme si la lésion, quelle qu'elle fût, siégeait au voisinage du cardia. La conséquence de cette intolérance est facile à deviner: depuis six semaines, cet homme, qui ne se nourrit pas, a beaucoup maigri et perdu ses forces : du reste, il est sans fièvre, souffre peu, n'a ni sueurs ni chaleur : ses urines sont normales, seuls, les troubles fonctionnels gastriques constituent toute la maladie.
Le résultat de l'exploration de l'abdomen n'est pas fait pour lever les doutes. L'inspection du creux épigastrique et des hypochondres ne fournit aucune indication, il n'y a ni tumeur, ni voussure appréciable, mais plutôt une dépression en rapport avec l'amaigrissement. La palpation ne provoque pas de douleur et ne permet de sentir aucune rénitence. Il n'y a pas d'apparence de tumeur organique.
Mais, par contre, en dépit des symptômes fonctionnels de régurgitation immédiate, qui feraient croire à une lésion du cardia avec rétraction secondaire d(; l'estomac, il est facile de constater la présence d'une dilatation manifeste de cet organe. En effet, la sonorité gastrique remonte au voisinage du mamelon, et se continue, sans démarcation, jusqu'à l'ombilic. D'autre part, ilsuflit de faire avaler au malade quelques gouttes de liquide pour faire naître un clapotement évident qui se manifeste aussi bien à la percussion locale (ju'au moyen de la succussion générale. Il est donc certain que le malade a l'estomac dilaté, et il est bien probable qu'il y a une corrélation entre la distension anormale du vcnl ri cule et les phénomènes dyspepti(|ues. Reste à savoir quelle est la nature de cette dilatation, si elle constitue à elle seule toute la maladie ou si
MALADIES DU TUBli DIGESTIF
au contraire elle n'en est qu'un épiphénomène : si en un mot elle est symptomatique d'un néoplasme latent. C'est ce que nous chercherons à discuter tout à l'heure.
Le second malade (n° 5, salle Chauffard) est également un homme âgé, non entaché d'alcoohsme. Jusqu'à soixante-deux ans il a joui d'une santé parfaite. A l'inverse du précédent, les malaises gastriques ont chez lui débuté sourdement. Il y a six mois, il commença à éprouver de l'inappétence et de la paresse digestive, sans avoir cependant de répulsion pour les ahments : il avait surtout du pyrosis : il s'y joignait également des renvois gazeux. Au bout Id'un mois survinrent des vomissements alimentaires et muqueux, plus rarement biheux. Enfin, il y a quelques jours, il a rejeté des matières colorées, ressemblant non pas à du marc de café, mais à du chocolat délayé dans de l'eau. Cette apparence est-elle due à la présence d'une certaine quantité de sang dans les produits de déjection stomacale ? C'est possible, mais je n'oserais l'affirmer. Les vomissements bruns, et même noirâtres, ne sont pas toujours, en effet, le résuUat d'une exhalation sanguine, et nombre de fermentations peuvent donner lieu à des produits sulfurés qui développent une coloration foncée, capable d'en imposer pour du sang altéré.
Gomme pour le précédent malade, les signes physiques sont loin de fournir des données précises. Tous les viscères paraissent sains. La palpation de la région épigastrique provoque une douleur sourde, mais fixe, un peu à droite de la ligne médiane, au point oîi se trouve d'ordinaire le pylore. La dépression normale sous-xiphoïdiennc est remplacée par une voussure qui dessine les contours de l'estomac. Ici encore, le seul signe net est la constatation d'un estomac dilaté, notablement plus volumineux qu'àl'état physiologique. La sonorité gastrique s'étend en effet depuis le septième espace intercostal jusqu'à l'ombihc, et le clapotement caractéristique est provoqué avec la plus grande facihté quand on fait boire quelques gouttes de hquide au malade.
Il y a cependant un signe qui n'existait pas tout à l'heure.