‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 24 sur 48 · DE LA TYMPAMTE NERVEUSE · texte numérisé non relu

DE LA TYMPAMTE NERVEUSE

Une hystérique peut être en effet sujette, aussi bien qu'une autre personne, à la tuberculose ; seulement elle la fait d'une manière spéciale, et avec des allures qui rappellent sa névrose. Il en est de môme dans les cas où la tympanite, liée à des troubles menstruels, simule une ovarite, ou une salpinp^ite. voire même une hématocèle périutérine chez une femme que l'on sait manifestement hystérique. La part qu'il faut faire à la lésion et celle qui appartient à la névrose sont souvent fort difficiles à établir.

Je ne vous signalerai que pour mémoire les tympanites simulées, que provoquent certains individus en absorbant à volonté de l'air et en distendant intentionnellement leur estomac. L'an dernier, j'ai eu affaire à un simulateur de cette espèce, qui avait réussi à se faire passer })Our intéressant dans deux services Oii il avait séjourné. On reconnaîtra facilement la supercherie en notant que la tympanite est alors exclusivement stomacale; qu'elle est intermittente et n'existe jamais pendant le sommeil, enfin qu'elle contraste ab.solument avec la santé générale des malades, laquelle est parfaite. Quelques applications du pinceau électrique sur le creux épigastrique, font disparaître en général rapidement ce genre de tympanite, en déterminant la sortie du malade.

Je ne veux pas r|uitter ce sujet de la tympanite sans vous dire quelles sont les indications thérapeutiques qui relèvent de ce symptôme. C'est là en effet un point de pratique important qui trouve journellement son application au lit du malade. Ur, ces indications sont fort différentes, suivant la variété de tympanite à laquelle on a afi'aire.

Lorsque le météorisme abdominal est lié à un mauvais 4Îtat des voies digestives et à des fermentations intestinales, le traitement rationnel doit s'adresser avani tout à l'affection qui en est la cause, (ju'il s'agisse d'une dilatation d(! l'estomac, d'une gastrite, de litliiase biliaire ou de congestion hépatiiiiif. [.("S indications (|ui l'épondeut le mieux à cet ordre d<' symptômes sont les excitants de la mufjueuse diges-

tive qui favorisent la sécrétion du suc gastrique, et les poudres absorbantes qui suppriment en partie les effets des fermentations, en détruisant les gaz dans une large mesure. Parmi les agents dont l'action sur l'estomac est la plus sûre, il faut citer en première ligne les amers, de préférence ceux qui appartiennent à la série aromatique, tels que la menthe, la camomille, l'anis, la cascarille, la cannelle : et par-dessus tout la noix vomique, qui agit non seulement à la façon des amers en général, mais aussi comme stimulant de premier ordre du système nerveux. Il est rare de ne pas obtenir rapidement une amélioration sensible dans la digestion stomacale sous l'influence de ce médicament donné soit sous forme pulvérulente (de 0,01 à 0,05), soit sous forme de teinture (de 10 à 30 gouttes dans les vingt-quatre heures). Les poudres absorbantes les plus usuelles sont la craie, le charbon, le sous-nitrate de bismuth, associées tantôt à du bicarbonate de soude, tantôt à de la magnésie, pour éviter la constipation. Dans un autre ordre d'idées, certains agents pulvérulents antiseptiques, comme le naphtol et surtout le salol, rendent des services ; mais il faut en général éviter de les prescrire à haute dose, parce qu'ils sont souvent aggressifs pour l'estomac et mal tolérés. D'ordinaire, j'associe le salol (à la dose de ^0 centigrammes), à la magnésie, à la craie et au bismuth, dans ces cas de tympanite d'origine gastrique. Quand il se produit des crises douloureuses par distension gazeuse brus([ue, on se trouve bien de donner aux malades de l'éther (15 à ^0 gouttes dans de l'eau sucrée) en même temps que l'on sinapise la région épigastrique ou qu'on la stimule par des embrocations chaudes. M. Guéneau de Mussy a préconisé dans ces conditions le carbonate d'ammoniacjue à petite dose (1 à 2 grammes dans une potion cordiale ou dans du thé).

Cette forme de tympanite est relativement facile à guérir ; et on arrive tout au moins à soulager rapidement les malades. Il n'en est plus de même de la tympanite symptomatique de la péritonite chronique, dans laquelle il y a simul-

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tanément gêne mécanique du cours des matières et atonie intestinale.

L'idée qui vient tout d'abord à l'esprit, dans les cas de ce genre, est de solliciter la sécrétion intestinale et de purger les malades, pour combattre la constipation qui presque toujours coïncide avec la tympanite. En réalité, cette manière de procéder est mauvaise, et ne donne que de médiocres résultats. L'indication des purgatifs est rarement utile; je dirai plus, elle est nuisible dans la grande majorité des cas. Le soulagement produit par les évacuations intestinales est de peu de durée : presque immédiatement après, la tympanite reparait, plus forte qu'auparavant, et l'atonie de l'intestin ne fait que s'accroître, surtout si l'on emploie les drastiques comme l'eau-de-vie allemande, la scammonée, la gomme gutte ou l'aloès.

En pareil cas, l'intervention est souvent débcate, car la constipation, de son coté, est un des facteurs importants du météorisme, et on ne doit pas la négliger. Le meilleur moyen (le concilier ces deux indications en apparence incompatibles est d'employer la belladone à petites doses, mais répétées fréquemment : par exemple, une pilule de 0,01 d'extrait toutes les deux ou trois heures. J'ai vu, sous l'inlluence de cette médication très simple, disparaître des accidents d'obstruction intestinale (|ui duraient depuis une dizaine de jours et qui avaient mis le malade dans un état alarmant. (3n peut, si la belladone parait inei'licace, et surtout si les fonctions (lu foie semblent languissantes, lui associer le calomel à petites doses, de 1 à 5 centigrammes : en le donnant ainsi de loin en loin, ti'ois ou quatre fois par jour, ou obtient un ellet cliolagogue et laxatif souvent lr('s |)r(jnoncé, en même temps qu'une action controstimulante des plus nettes, l/enqjjoi du calomel à doses réfractées dans les inflamniations des séreuses est, en ell'et, l)ien connu dciMiis les braux travaux d(î Trousseau et de (Juéneau de Mussy sui- le traitement dr^ plile,L;niasies péritonéales.

Dans c(;rtaines formes de péritonite subaiguë acconqia-

gnée d'une tympanite considérable, les révulsifs sont indiqués, et l'on se trouvera bien de l'application d'un grand vésicatoire, ou encore de badigeonnages iodés répétés tous les deux ou trois jours suivant la tolérance de l'épiderme.

Tout autres sont les indications de traitement dans les tympanites purement nerveuses, accompagnées ou non de contracture. En pareil cas, c'est bien moins au symptôme local qu'il faut s'adresser qu'à la médication générale. Le massage, les frictions sèches et stimulantes, les douches froides et chaudes, rendent plus de services que les poudres absorbantes et les médicaments gastriques : je fais exception cependant pour la noix vomique, qui doit à son action sur la moelle une efficacité très réelle sur ces formes de tympanite nerveuse. Ce qu'il importe surtout de restituer, c'est la tonicité du système nerveux spinal et du plexus solaire. L'électrisation par les courants continus répond le mieux à cette indication. En appliquant la plaque positive le long de la colonne vertébrale, et la plaque négative sur l'abdomen, on voit fréquemment disparaître des paralysies fonctionnelles de l'intestin datant de plusieurs semaines. Cette méthode est préférable à celle des courants interrompus qui provoquent des contractions intestinales plus actives, mais qui épuisent trop vite l'influx nerveux. Dans le même ordre d'idées, les préparations de valériane, de castoréum, l'éther, le valérianate d'ammoniaque rendent des services, en modifiant l'état nerveux sans débiliter l'organisme.

Gomme dans les autres variétés de tympanites, il est rare que l'indication des purgatifs répétés se pose, sauf quand un bouchon stercoral volumineux obstrue l'intestin, favorisé par la parésie du tube digestif. Dans ce cas, l'usage des lavements froids additionnés de glycérine ou de séné est moins nuisible que celui des drastiques pris à l'intérieur : il laut cependant n'y recourir qu'en cas de vraie nécessité, car le résultat de l'emploi des lavements quotidiens est de favoriser la paresse intestinale et d'accroître indirectement la tympanite.

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Je ne vous parle que pour mémoire de la ponction des anses intestinales distendues. Ce procédé, qui a fait l'objet d'un intéressant travail de M. Labric , donne parfois de bons résultats dans les cas d'étranglement intestinal par volvulus, quand l'obstacle au cours des matières est accru par l'accumulation des gaz en amont de la torsion ; mais le plus souvent il ne donne pas les résultats qu'on penserait obtenir. La raison de ce fait est que l'évacuation du gaz se limite d'ordinaire à l'anse ponctionnée, sans que le soulagement s'étende au reste de l'inteslin; d'autre part, la puissance d'expansion des fluides élastiques étant indéfinie, le volume occupé par les autres anses intestinales s'accroît plutôt qu'il ne reste stationnaire. La véritable indication n'est pas seulement de donner issue aux gaz accumulés : elle consiste surtout à faire disparaître l'atonie intestinale qui entretient indéfiniment la tympanite.

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