‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 27 sur 48 · DE LA XKPHRITE AU COURS DE LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

DE LA XKPHRITE AU COURS DE LA PNEUMONIE

au cours des pneumonies, surtoat dans leurs formes graves, et il admettait que ce phénomène était la résultante de plusieurs facteurs : d'abord la diminution du champ de l'hématose, en second lieu la congestion rénale, enfin la superalbuminose. Sous ce nom, il désignait l'état pathologique en vertu duquel le sang d'un fébricitant est chargé de déchets azotés provenant en majeure partie de la destruction globulaire. Ce sang, ainsi encombré de matériaux albuminoïdes non utilisables, traverse le rein et se débarrasse de son superflu de substances protéiquv^s. sans que le filtre rénal soit altéré dans sa texture. Cette théorie ingénieuse rendait compte de la plupart des symptômes cliniques. Non seulement il devenait aisé d'expliquer l'albuminurie, presque toujours passagère, mais on comprenait comment, grâce à la rapide déglobulisation du sang, l'urine était chargée en couleur, et les téguments imprégnés de matières colorantes au point de simuler l'ictère.

Il y a incontestablement une grande part de vérité dans ces vues de mon ancien maître, et rien n'autorise à rejeter complètement sa théorie. Mais elle a le tort, suivant moi, de n'envisager qu'un des côtés de la question, celui qui a trait à l'altération du sang, et de méconnaître ce qui concerne l'état des reins. Or, je vous montrais il y a quelques jours des cachectiques palustres chez lesquels la déglobulisation du sang est énorme, sans que pour cela ils deviennent albuminuriques. La théorie de la superalbuminose, à elle seule, ne suffit donc pas à expliquer l'albuminurie.

On a également invorjué l'hyperthermie, en se fondant sur ce ([ue les hautes températures fébriles, cpii allèrent la structure des muscles, modifient également la constitution des épithéliums, (le r(''[)illi(''liiiiii i-énal en particulier. Iv\[)('' ri mentalement, on a pu ainsi produire des alijuniiniiries plusou moins durables en surchauffant des animaux dans des étuves sèches. Mais cette théorie ne serait soutenable que si la clinicjue montrait la corn-Ialion absolue de riiy[)ertliermie etdc l'albuminurie; or il n'en est l'ien. IM'écisi'ment l'nn de nos

deux malades, le second, a toujours eu une température relativement basse, puisqu'il n'a jamais dépassé 39°, et cependant il a eu des flots d'albumine. Inversement les palustres au moment de leurs accès atteignent des températures de 40" à 41"', sans que l'on trouve nécessairement de l'albumine dans leurs urines. L'intensité de la combustion organique n'est donc pas la mesure du degré d'altération du sang, ni de la lésion rénale.

Je suis persuadé, pour mon compte, que toutes les fois que l'on constate la présence de l'albuminurie, les reins sont directement en cause, et qu'il y a toujours de la néphrite, superficielle ou profonde. Nous en avons eu la vérification en faisant l'autopsie de notre premier malade. Les reins de cet homme, que vous avez sous les yeux, sont énormes : au lieu de loO grammes, poids normal, ils pèsent chacun 270 grammes et sont gorgés de sang. La substance corticale, d'un gris rosé, tirant sur le jaune, déborde les pyramides et empiète sur elles à leur périphérie. Sur une coupe, la zone corticale est parsemée de petits grains blancs, qui ne sont autres que les tubes contournés dont la lumière est obstruée par des amas épithéliaux. Cetle apparence, déjà visible à l'œil nu, est bien plus évidente au microscope; tous les tubes urinifères sont distendus par des cellules épithéhales en voie de désintégration granuleuse, et dans l'intervalle, il y a une diapédèse de leucocytes de cellules embryonnaires, et même de globules rouges. C'est le type de la néphrite diffuse aiguë, du gros rein épithélial. 11 y a obstruction absolue du filtre rénal, d'o'i l'apparition précoce des phénomènes urémiques.

Cette néphrite diffuse, qui anatomiquemënt et chniquement offre tant d'analogie avec celle de la scarlatine, est une des preuves les plus péremptoires de la nature infectieuse de la pneumonie, car c'est une véritable néphrite microbienne.

Il n'y a pas longtemps, la pneumonie était encore considérée comme une pyrexie franche ; il était même convenu que c'était la maladie inflammatoire type. Aujourd'hui, pas

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