‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 37 sur 48 · PARAPLÉGIE PROVOQUÉE PAR UNE MÉNINGITE TUBERCULEUSE · texte numérisé non relu

PARAPLÉGIE PROVOQUÉE PAR UNE MÉNINGITE TUBERCULEUSE

Les altérations tuberculeuses sont exactement symétriques et se poursuivent de la même manière le long de Tartère cérébrale antérieure gauche. Là encore, c'est au niveau du lobule paracentral qu'elles atteignent leur maximum, mais elles se répandent tout le long de la circonvolution du corps calleux à la face interne du lobe frontal, et y déterminent une série de petits foyers d'encéphalite caséeuse entourés d'îlots d'apoplexie capillaire . Ces foyers occupent toute l'épaisseur de la circonvolution du corps calleux et pénètrent même dans la substance blanche sous-jacente.

Il est à noter que les autres artères de la base du cerveau sont absolument indemnes et ne présentent aucune trace de tubercules. Les deux sylviennes sont libres depuis leur origine jusqu'à leur terminaison. La pie-mère se décortique aisément au niveau de la scissure de Sylvius et de l'insula, et ne renferme pas un seul tubercule dans cette région qui en est presque toujours le lieu d'élection. Il en est de même des circonvolutions frontales et pariétales : sauf de l'injection et une vascularisation insolite, elles sont normales. Cependant à partir du tiers supérieur des circonvolutions frontopariétales ascendantes, il existe des adliérences avec le tissu cérébral sous-jacent, et on retrouve des traces de l'encéphalite spécifique dont le foyer principal occupe le lobule paracentral.

En arrière, les régions occipitales et sphénoïdales, ainsi (pie le cervelet, sont absolument indemnes.

Au niveau du bulbe, les méninges semblent un peu épaissies et louches : par transparence on y découvre une série de petits points blanchâtres, extrêmement fins, (jui sont peut-être de nature tuberculeuse, mais dont le caractère n'est pas évident. Nulle part on ne trouve une granulation bien défini(i, et les vaiss(;aux du bulbe n'ofl'rentni épaississemcnl, ni endarléritc.

Les poumons, le larynx, la pli'vre sont infiltrés de lubei'cules ; je n'insiste pas sur ces détails de l'autopsie, non plus que sur la carie du rochrr qui avait été diagnostiquée pen-

4)6 MALADIES I>L' SVSTÈMK NERVEUX

dant la vie, et ({ui n'avait entraîné aucune lésion encéphalique de voisinage.

En résumé, à la place de la méningite spinale que nous nous attendions à trouver prédominante, nous avons sous les yeux un fait de tuberculose méningée cérébrale circonscrite, d'autant plus remarquable que les lésions sont exactement symétriques et strictement limitées à la distribution des artères céréb:-ales antérieures. La destruction progressive et simultanée du lobule paracentral de chaque coté a déterminé la symptomatologie très spéciale de ce cas : les lésions du corps calleux et des circonvolutions frontales ont été silencieuses et n'ont donné lieu à aucun trouble fonctionnel appréciable.

C'est là un exemple bien remarquable de localisation cérébrale, et qui confirme de la façon la plus évidente, l'opinion du professeur Gharcot sur le rôle du lobule paracentral. On sait que ce lobule est le centre cortical des mouvements du pied et du membre inférieur : la destruction des deux lobes correspondants doit donc théoriquement entraîner une paraplégie comparable à celle que développent les lésions de la moelle, et c'est en réalité ce que nous a montré la chnique. Lorsque ce malade est entré dans le service, atteint d'une parésie limitée au membre inférieur droit, j'avais songé à la possibilité d'une altération du lobule paracentral gauche et j'avais discuté devant vous cette hypothèse ; mais le développement et l'extension rapide de la paraplégie les jours suivants me l'avaient fait rejeter, en raison du peu de vraisemblance de lésions bilatérales encéphahques exactement similaires.

Les symptômes accessoires de cette paraplégie sont en concordance parfaite avec ce que nous savons des fonctions des circonvolutions motrices. Les membres inférieurs seuls ont été paralysés complètement chez ce malade ; les membres supérieurs étaient affaiblis, mais jusqu'à la fm, les mouvements ont été possibles. Or la distribution des lésions rend parfaitement compte de ces nuances. Seul le lobule paracentral, centre des mouvements du membre inférieur, a été

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