DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIKL DU CANCER DE L'ESTOMAC
Mais rassociation des symptômes, leur groupement, la marche do la maladie, fournissent des présomptions qui équivalent presque à une certitude, et je dois vous dire maintenant sur quel ensemble de caractères je me suis basé pour admettre chez nos deux malades l'existence d'une dilatation gastrique d'origine cancéreuse.
Leur âge, tout d'abord, fournit une indication d'une réelle valeur : tous deux ont dépassé la soixantaine. Or, la dilatation gastrique vraie est plutôt une maladie de jeunesse, presque d'enfance; M. Bouchard l'a surabondamment démontré. Comby va même plus loin, puisqu'il admet qu'elle est fort commune dès la période infantile. Ce qui est certain, c'est que la plupart des dilatés sont dyspeptiques depuis un très grand nombre d'années, qu'ils sont obligés de compter avec leur estomac, de lui ménager et de lui choisir la nourriture, et que, malgré ces précautions, bien souvent ils ont de mauvaises digestions. Au contraire, voici deux vieillards qui toute leur vie ont eu un excellent estomac, qui n'ont jamais eu d'accidents dyspeptiques : tout d'uu coup ils se mettent à vomir, à perdre l'appétit : la dilatation stomacale chez eux s'établit sans préparation préalable. C'est là un symptôme inquiétant, qui doit faire craindre, à priori, le développement d'une afl'ection organique.
La marche des accidents n'est pas non plus celle des dilatations idiopathiques. Voilà six semaines seulement que le premier de nos malades est souffrant, et déjà il a maigri considérablement : le second vomit depuis six mois, et il est presque cachectique. Or, chez les vrais dilatés, l'intégrité de la nutrition générale se maintient plus longtemps, et l'assimilation des aliments, quoique entravée, est encore possible. Entre le cancer de l'csloinac et la dilalalion ^'astrique, il y a le même parallèle à établir qu'entre la phthisie pulmonaire et la bronchectasie : en apparence la déperdition organique semble la même, et cependant la consomption, dans les (h'ux maladies, est loin de marcher de la même manière.
Les conditions étiologiques sont encore en faveur d'une
dilatation gastrique symptomatique. Nos deux malades ont toujours été sobres ; et chez eux l'alcoolisme et le tabagisme, ces deux facteurs de dyspepsie, ne sauraient être invoqués comme cause de leur maladie. Or, l'absence de causes de dyspepsie chronique est par elle-même suspecte, et doit faire craindre le développement latent d'un cancer; d'autant plus que l'examen des autres organes, tels que le rein, le poumon, le cœur, le foie, ne révèle aucune lésion susceptible de retentira distance sur les fonctions digestives. Enfin, il n'y a pas jusqu'aux symptômes prédominants de leur dyspepsie, qui ne soient suspects, car l'anorexie chez eux est le symptôme capital, et je vous ai fait voir précédemment la valeur de ce trouble fonctionnel.
Un autre argument, celui-là d'ordre thérapeutique, permet quelquefois de diflerencier une dilatation stomacale simple d'une dilatation symptomatique : je veux parler des caractères tirés du lavage de l'estomac. Un fait récent que j'ai observé dans ma clientèle va vous permettre d'apprécier la valeur de cette indication. L'an dernier, je soignais une dame, dyspeptique depuis longtemps, et qui avait un rein mobile. Or, M. Bouchard nous a appris l'étroite parenté qui relie ces deux lésions, et la coexistence fréquente de la dilatation gastrique avec Tectopie rénale. Il n'y avait donc rien à redouter, à priori, dun état qui, tout pénible qu'il fût, semblait n'avoir rien de commun avec une maladie organique de l'estomac, d'autant plus que l'appétit se maintenait excellent. Pourtant, la persistance des vomissements, le médiocre état de la santé générale me causaient de l'appréhension et je priai mon maître, M. le D'" Millard, de vouloir bien m'aider de ses conseils. Il conclut franchement à une dilatation de l'estomac simple, et prescrivit le régime lacté, qui d'abord fit merveille. Mais, au bout de deux mois, les accidents reparurent : cette fois, les signes de dilatation gastrique étaient devenus plus manifestes, la malade vidait mal son estomac, il n'y avait toujours aucune douleur appréciable. M. Millard conseilla les lavages quotidiens avec