CAUSES VRAIES DE L'IRRÉGULARITÉ DU POULS
suffisance mitrale pure, sans rétrécissement, cl qui sont réguliers pour le rhytkme et môme pour la forme, ainsi d'ailleurs que le tracé de la figure 17. Inversement, j'ai vu bien des fois cette irrégularité dans les autres lésions du cœur, c'est-à-dire dans des cas de rétrécissement mitral ou aortique, ou d'insuffisance aortique ; mais à une certaine période des affections du cœur pro: duites par ces lésions (témoin le tracé (fig. 16) de rétrécissement mitral à la phase des accidents généraux, et celui (fig. 19) d'insuffisance aortique à cette même période, dont j'ai parlé dans ma VIIIe leçon).
Les objections de théorie, c'est qu'on ne comprend absolument pas pourquoi ni comment l'insuffisance de la valvule mitrale produirait l'irrégularité du pouls — ce qui revient à dire l'irrégularité, l'inégalité des contractions du cœur — plutôt que telles autres lésions; ou, pour mieux dire, on ne comprend pas pourquoi toutes ces lésions ne doivent pas entraîner à un moment donné cette irrégularité, cette inégalité dans les contractions du cœur. Ce moment, c'est la troisième phase, et, à fortiori, la quatrième phase des affections cardiaques, phase où l'asthénie car- ; dio-vasculaire commence ou est définitive.
Il n'est donc pas douteux que Marey n'ait observé rigoureusement l'irrégularité qu'il signale, mais il l'a observée à une certaine période de l'affection due à cette lésion, et il a appliqué à la lésion ce qui n'est vrai que de la période. Je veux dire que, seule, la lésion est incapable de produire l'irrégularité du pouls ; il y faut le concours de l'altération et de l'asthénie du muscle cardiaque, lesquelles ne surviennent qu'aux troisième et quatrième périodes de l'affection du cœur engendrée par la lésion. C'est parce que Marey n'a guère vu que des malades d'hôpital, lesquels n'entrent ordinairement dans ces asiles qu'aux périodes dont je parle, qu'il est arrivé à ces résultats que je conteste.
J'ai dit que la lésion seule est incapable de produire l'irrégularité du pouls. Qu'y a-t-il, en effet, dans la production de ce phénomène? 1° Un obstacle ; 2° une contraction,
Pour que l'obstacle pût produire l'irrégularité de la circulation, il faudrait admettre qu'il est susceptible de varier dans le très court espace de temps d'une exploration, c'est-à-dire à quel»
ques secondes d'intervalle, ce qui est inadmissible pour qui connaît la nature des lésions d'orifice ou de valvule, lesquelles ne varient et ne s'aggravent qu'avec une excessive lenteur, non pas en quelques instants, mais en quelques années, parfois, et heureusement fort nombreuses.
Il ne nous reste donc plus que la contraction irrégulière du muscle cardiaque comme cause de l'irrégularité et de l'inégalité du pouls. Or, qui ne voit que là est la cause même de cette irrégularité ? La contraction musculaire n'est-elle pas, en effet, un phénomène essentiellement variable, subordonné qu'il est à la force actuelle du muscle, subordonnée elle-même à l'état de sa fibre, à l'état de son innervation, à la longue durée de sa lutte contre un obstacle, et enfin au concours d'un obstacle nouveau, le barrage commençant ou confirmé dans une partie plus ou moins considérable des capillaires de l'hématose et de l'hématopoièse par asthénie vasculaire ; obstacle secondaire qui, s' ajoutant à l'obstacle primitif créé par la lésion d'orifice ou de valvule, augmente le travail du cœur et en provoque la fatigue; d'où l'irrégularité et l'inégalité de ses contractions.
Stokes ne s'y est pas trompé, et il rapporte au muscle cardiaque, ainsi que je le fais, ce que les auteurs français ont attribué aux valvules. « Quant à l'irrégularité du pouls, dit-il, à propos des symptômes de l'affection de la valvule mitrale, l'expérience a démontré qu'elle se rattache plus intimement kY altération des muscles qu'à celle des valvules du cœur. Dans une affection valvulaire, sans obstacle considérable à la circulation, et sans complication d'une lésion organique ou fonctionnelle des cavités du cœur, il n'y a rien qui puisse causer V irrégularité du pouls; il est probable que les cas où le pouls est régulier l'emportent beaucoup en nombre sur ceux où il y a irrégularité. »
Un peu auparavant, et toujours à propos des lésions mitrales, il avait dit : « Dans le plus grand nombre des cas où l'on rencontre l'irrégularité permanente des contractions du cœur, et où on a voulu en faire un symptôme caractéristique (de cette affection valvulaire), il s'est produit probablement une lésion organique des cavités cardiaques elles-mêmes. En effet, on observe fréquemment une impulsion du cœur semblable à celle de 1 état de