POULS, COEUR ET ARTÈRES
Le second type est très fréquent, d'après Marey ; on y voit (fig. 26) deux pulsations consécutives, l'une grande et l'autre petite, puis une suspension, après laquelle se reproduisent de nouveau deux pulsations.
Fig. 20.
Ces irrégularités dans le rhythme du pouls, Marey les attribue à la lésion artérielle, et, ici, je ne puis être de son avis (1). La sénilité de l'artère, c'est-à-dire la diminution ou la perte de son élasticité, peut produire toutes les modifications imaginables, tout, excepté des altérations de rhythme. En effet, la diminution d'élasticité de l'artère peut entraîner des modifications correspondantes dans la forme du pouls et en particulier le plateau, qui en est la particularité la plus caractéristique ; mais elle ne saurait en aucune façon en modifier le rnythme : cela lui est défendu. La forme du pouls tient à l'artère, le rhythme du pouls est subordonné au cœur.
En vain Marey dira-t-il, et avec raison, que, dans ces cas si fréquents où avec l'altération sénile des artères on constate l'irrégularité du pouls, on peut ne percevoir à l'auscultation aucun
(i) « Comme l'altération sénile des artères peut produire à elle seule des intermittences dans le pouls, dit-il, à propos du rétrécissement aortique, il ne faut pas s'étonner si l'on rencontre queqluefois ces intermittences dans le rétrécissement aortique. » {Op. cit., p. 504.) Je rappelle ici que Marey avait attribué à tort à la seule insuffisance mitrale le pouvoir, en tant que lésion valvulaire, de produire l'irrégularité du pouls (alors que cette lésion n'est pour rien dans cette irrégularité, qui est due à une altération du myocarde), il se trouve embarrassé en la rencontrant dans une lésion autre que l'insuffisance mitraleet néanmoins, persistant à ne pas voir dans l'altération du myocarde la cause réelle dos modifications du rhythme qu'il constate dans le rétrécissement aortique, il va la chercher cette fois dans une lésion de la (paroi artérielle Je répète à ce sujet que dans toutes les lésions d'orifice ou de valvule le pouls peut devenir irrégulier; que la lésion d'orifice ou de valvule n'est poui- rien dans cette irrégularité, pas plus que la paroi de l'artère; que la fibre musculaire du cœur y est pour tout. - Que mon ami Marey me pardonne do signaler ces détails a propos d'un ouvrage qui fait honneur à la médecine française
signe de lésion valvulaire ; l'argument est de nulle valeur pour qui connaît bien la pathologie de la vieillesse comme aussi celle du cœur.
En effet, on peut dire que toujours le cœur du vieillard est malade: malade dans son endocarde, malade dans ses valvules, qui sont athéromato-calcaires (spécialement au niveau de ce que j'ai appelé le sinus mùro sigmoïdien), malade surtout dans son myocarde, qui est granuleux et graisseux. Et encore ne vous parlé-jc pas dés altérations possibles de l'innervation du cœur, par lésion du plexus cardiaque au voisinage de l'aorte, elle aussi toujours malade dans la vieillesse.
Eh bien ! n'avons-nous pas vu, dans les maladies du cœur, les altérations valvulaires les plus prononcées avec les souffles les plus intenses exister un long temps sans irrégularité dans le pouls? Et ne vous ai-je pas dit que cette irrégularité était précisément l'indice d'une altération du myocarde, ou d'un trouble de l'innervation de celui-ci, et non pas de la lésion valvulaire? Qu'y a-t-il donc d'étrange maintenant à ce qu'un vieux cœur ait des irrégularités dans ses contractions, puisque son myocarde est altéré? Et qu'y a-t-il d'étonnant à ce que cette irrégularité soit constatée sans'souffle valvulaire concomitant, puisque cette irrégularité est absolument indépendante d'une lésion valvulaire quelconque? D'ailleurs, cette lésion fût-elle pour quelque chose dans l'irrégularité du rhythme - ce qui n'est pas - que l'absence de souffle ne prouverait nullement l'absence de lésion valvulaire, les contractions du cœur chez le vieillard étant alors assez faibles pour qu'aucun bruit de souffle ne puisse se produire. - C'est là un point de pratique qu'ont pu vérifier maintes fois les médecins d'asiles de vieillards, qui est pour moi d'observation vulgaire, et que je vous ai souvent signalé dans ces leçons.
Ainsi, chez le vieillard, le cœur est fondamentalement altère ; altéré de partout, mais surtout dans sa fibre musculaire ; et c est parce qu'il est ainsi altéré qu'il se contracte mal, faiblemenl et irrégulièrement; et ce sont ces contractions faibles etirréguhères qui font la faiblesse et l'irrégularité du pouls ; et c est celte môme faiblesse du cœur "qui fait qu'une lésion valvulaire peut n'être pas sonore et passer inentendue.