‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 111 sur 287 · TRAITEMENT DE LA DYSPNÉE CARDIAQUE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA DYSPNÉE CARDIAQUE

système. Et celle double action sera facilitée par les anastomoses qui relient le système des vaisseaux bronchiques à celui des vaisseaux pulmonaires.

A ce titre, j'emploie le kermès minéral et l'ipécacuanha. Le kermès à la dose de 5 centigrammes dans le cours d'une matinée, sous forme de pastilles par exemple, dont huit contiennent près de 5 centigrammes de kermès ; le malade les croque dans sa matinée. Je donne également volontiers l'ipécacuanha sous cette forme : six pastilles, contenant 10 centigrammes de poudre, clans le cours de la matinée, pour obtenir un effet simplement expectorant; dans l'espace d'une heure, pour déterminer un état nauséeux, lequel est un bon moyen décongestif, en ce sens que, rétrécissant le calibre des vaisseaux, il active la circulation.

Je ne conseille ces agents qu'une fois environ par semaine ou par quinzaine; c'est là une base générale de traitement, et les indications en sont surtout tirées du degré de la dyspnée.

Mais ce que je conseille d'employer presque quotidiennement, ce sont les balsamiques, et principalement le baume de Tolu, qui entretiennent à la surface de la membrane muqueuse respiratoire une hypérémie sécrétoire salutaire.

Je donne le baume de Tolu sous forme de sirop, à la close de 30 à 60 grammes par jour, ou en pastilles dont le malade prend une vingtaine dans la journée.

Ou bien encore j'associe le baume de Tolu à la térébenthine (un mélange à parties égales de sirop de Tolu et de térébenthine), et je prescris, lorsque existent les râles bronchiques, la tisane d'infusion de bourgeons de sapin édulcorée au sirop de Tolu.

Les pilules de Morton sont également un excellent médicament à la dose d'une à deux tous les deux à trois jours, lorsqu'il y a de la congestion bronchique.

Un moyen adjuvant, qui n'est pas sans mérite, consiste à respirer fréquemment, dans le cours de la journée, un flacon de sel volatil anglais; ces inhalations n'agissent pas seulement sur le système nerveux; elles provoquent de fortes inspirations qui, d'une part, tendent à décongestionner mécaniquement les vésicules en les déplissant puissamment; d'où le refoulement du

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sang qui serpente dans leurs parois ; d'autre part, ces inspirations servent directement l'hématose, en faisant pénétrer dans les poumons de fortes colonnes d'air.

C'est au môme titre, mais bien plus puissamment encore, qu'agissent les bains d'air comprimé. Ces bains, où la pression est graduellement portée à 30 ou 32 centimètres au-dessus de celle de l'atmosphère, agissent à la fois sur la respiration et la circulation, ainsi qu'il résulte des recherches consciencieuses du docteur Bertin (de Montpellier) (1) : sur la respiration, car la gêne respiratoire disparaît dans l'appareil, dès que la tension de l'a r y atteint certaines limites. Ce fait est surtout prononcé chez les sujets atteints d'affections chroniques des voies aériennes, où la congestion joue un rôle important; — sur la circulation, car les battements du cœur se ralentissent et se régularisent. Ce double fait est d'ailleurs compris entre des limites très variables : la diminution dans le nombre des pulsations pouvant aller de 4 ou 5 par minute à 30, 36 et même 45 dans le même temps. L'air con> primé agirait sur le cœur de deux manières, suivant M. Bertin : indirectement, par suite de son influence sur la respiration et des connexions de celle-ci avec les fonctions du cœur; directement, par une action sédative.

Que ce soit par action mécanique, en comprimant et déplissant les vésicules pulmonaires, ou par action chimique, en fournissant à l'hématose une plus grande quantité d'oxygène sous un même volume, — ou par cette double acLion, ou même autrement; toujours est-il que l'air comprimé combat efficacement les congestions pulmonaires chroniques, et, par suite, joue un rôle utile dans les affections cardiaques (2).

Pour les mêmes raisons, les malades atteints d'affections du cœur se trouvent bien du séjour dans les contrées où la pression : atmosphérique est le plus considérable ; ainsi dans les vallées ou au voisinage de la mer (en évitant, bien entendu, l'humidité ou ; les causes de refroidissement).

Dans tous ces cas, la pression atmosphérique s'oppose à la

(1) Élude clinique de l'emploi et des effets du bain d'air comprime, par E. Bertin, 1855.

(2) Bcrln, loc. CH ., p. 82.

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