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ÉLECTRISATION DANS LES MALADIES DU COEUR

possible du bulbe, et le pôle négatif sur le pneumogastrique à droite et à gauche du cou, un peu au-dessous du larynx.

a Si l'on veut employer des courants induits, il faut appliquer les deux réophores au cou, sur le trajet du pneumogastrique. Dans ce cas, il est très important d'employer des courants avec interruptions très rares, une ou deux interruptions par seconde. C'est le seul moyen de ne point risquer de provoquer l'arrêt du cœur, ou un affaiblissement brusque des mouvements de cet organe.

« La fréquence des interruptions est une condition bien plus importante que la force ou la tension du courant. On ne peut, en effet, jamais amener l'arrêt du cœur avec des interruptions rares, même lorsque l'intensité du courant est considérable, tandis qu'un courant faible détermine très facilement l'arrêt du cœur, si les interruptions sont rapides.

« Si l'on veut électriser directement le cœur à travers les parois thoraciques, ou si l'on veut agir sur les filets du sympathique, il faut, avec les courants continus, placer le pôle positif sur la moelle, vers les premières vertèbres dorsales, et mettre le pôle négatif sur la région précordiale. La facilité qu'ont les courants continus de se diffuser, c'est-à-dire de pénétrer dans toutes les parties de l'organisme, même les plus profondes, explique l'influence que ces courants peuvent avoir par ce procédé sur le cœur lui-même.

« Avec les courants induits, on applique les deux rhéophores sur la région précordiale, et il faut employer un courant à forte tension, mais toujours avec de très rares interruptions.

« A la vue, par les modifications du pouls et par les tracés que l'on peut obtenir, on constate par ces différents procédés une action incontestable sur les mouvements du cœur.

« Si l'action des courants continus est modérée, on remarque en général une plus grande énergie dans les mouvements du cœur ; si, au contraire, ces courants sont très énergiques et excitent fortement le pneumogastrique, les mouvements du cœur, sans cependant jamais être arrêtés, diminuent peu à peu d'intensité.

. « Avec les courants induits, on constate chez tous les animaux

un arrêt du cœur si les interruptions sont très rapides, mais cet arrêt ne dure qu'un certain temps. Si les interruptions sont plus ■ rares, les battements du cœur ne sont jamais complètement arrêtés, mais ils diminuent en nombre et augmentent en intensité.

« Lorsque l'animal est très affaibli, il faut également un nombre d'interruptions moins considérable que chez le même animal lorsqu'il est vigoureux. Après une saignée, par exemple, le cœur s'arrête avec vingt interruptions par seconde, alors qu'il ne l'ét ait pas primitivement avec trente-deux interruptions par seconde.

« Chez une dame de vingt-cinq ans, très nerveuse, anémique, et qui déjà à plusieurs reprises avait souffert de palpitations de cœur et d'accès d'asthme, nous avons eu, dit M. Onimus, l'occasion d'employer les courants continus. Nous placions le pôle positif sur la nuque et le pôle négatif au cou, sur le trajet du pneumogastrique, au-dessous du larynx (15 à 20 éléments Remak). Au premier instant de l'application de ces courants, les battements de cœur augmentaient un peu en nombre, mais au bout de deux ou trois minutes d'application ils revenaient à leur fréquence normale.

« C'était surtout après la séance que la malade accusait un mieux très sensible. Pendant la séance, qui durait dix minutes, il y avait une diminution dans les palpitations du cœur et dans la dyspnée ; mais c'est principalement quelques minutes après l'électrisation que le bien-être était obtenu.

« Après la première séance, il y eut une amélioration qui dura près d'un quart d'heure ; elle fut de plus d'une heure après la seconde séance, et au bout de sept séances il y eut une guérison complète et durable. »

D'un autre côté, MM. Onimus et Legros, dans leurs savantes recherches relativement à l'action des courants électriques sur les vaisseaux, ont constaté que les courants induits agissent directement sur les nerfs vaso-moteurs en déterminant le rétrécissement des artérioles, et qu'il y a une légère hypérémie, ainsi qu'une élévation de la température de la région après la cessation de l'électrisation. Les mêmes courants agissent par action réflexe en excitant les nerfs sensitifs ; ils augmentent également la tonicité musculaire des fibres des vaisseaux. Quant aux cou-

pants continus, ils agissent sur les vaisseaux d'une façon qui diffère suivant la direction du courant; les courants centripètes déterminent un resserrement des artérioles ; les courants centrifuges, au contraire, en provoquent la dilatation. Enfin, on obtient toujours le resserrement des vaisseaux en électrisant le sympathique, môme avec un très faible courant (I).

Eh bien, c'est cette action de l'électricité sur les muscles des vaisseaux, ainsi que sur le sympathique qui les anime, que je voudrais voir utiliser dans le traitement des maladies du cœur. 11 y a là, je crois, un moyen de soutenir ces muscles vasculaires — dont le rôle est si puissant et neutralise pendant si longtemps les fâcheux effets de la lésion du cœur — et de retarder leur asthénie, qui commence la déroute de la canalisation vasculo-cardiaque.

On pourrait appliquer les courants continus au cou, sur les ganglions cervicaux du sympathique et le long de la colonne vertébrale. Dans ce dernier cas, on exciterait les vaisseaux par l'intermédiaire de la moelle, d'où le sympathique soutire son innervation ; et les expériences de Thiry et Ludwig ont fait voir l'action des nerfs splanchniques sur la tension vasculaire.

C'est là un projet que je me propose de mettre à exécution ; mais vous comprenez qu'il faudra du temps et d'assez nombreuses observations pour pouvoir conclure. En tous cas, l'expérience est rationnelle et n'a rien de périlleux. On ne saurait en dire autant de l'électrisation directe du cœur par les courants induits ; chez un de ses malades, M. Duroziez avait comme tétanisé le cœur, et le plus faible courant produisait des accidents. Moi-même, j'ai toujours vu l'application du rhéophore sur le plexus cardiaque, à la région sternale supérieure, déterminer une souffrance très vive et produire une sensation immédiate de suffocation. Il n'en était pas ainsi de l'application de ce même rhéophore à la région précordiale, en le promenant de la base à la pointe du cœur : en général, le pouls, étant presque filiforme avant l'électrisation, devenait plus fort pendant et surtout après l'électrisation du cœur à la région précordiale, par un courant d'induction.

Quelques mots maintenant sur un sujet trop négligé par les (1) Onimus et Legros, Traité d'électricité médicale, 1872, p. 728 et suiv.

auteurs, je veux dire ['hygiène au cas de maladie organique du cœur. Il y a cependant, là quelques bons conseils à donner.

L'individu atteint d'une lésion valvulaire n'est pas d'abord ni toujours un malade : il va, vient, participe à la vie commune et joue quelquefois un rôle social très important. Mais, s'il n'est pas un malade, il est, de par sa lésion, dans un état d'imminence morbide continuelle: un acte physiologique exagéré ou émouvant l'expose à des accidents, surtout si la lésion est cardio-aortique, auquel cas l'éveil peut être donné à la névrose cardiaque.

L'hygiène d'un malade du cœur peut se résumer en peu de mots : éviter tout ce qui est susceptible de stimuler le cœur outre mesure, soit physiquement, soit moralement ; suivre un bon régime diététique, tonique et réparateur sans Être excitant ; éviter l'anémie ; soutenir les forces du cœur et celles des vaisseaux.

S'il s'agit d'un enfant, dont le cœur et les vaisseaux peuvent lutter si longtemps avec efficacité contre la lésion valvulaire, vous déconseillerez les jeux trop actifs, la course, le saut, la danse, la gymnastique, l'équitation, la natation, les bains froids, où l'on reste trop longtemps volontiers, les bains de mer prolongés. Vous conseillerez, au contraire, un exercice modéré, des lotions froides cbaque matin pour tonifier les vaisseaux de la périphérie, lotions à l'eau marine dans la saison des bains de mer, le séjour alors sur la plage, en évitant le froid humide. L'usage modéré d'un instrument à vent, ou le chant, ne peut qu'être bienfaisant, en produisant un déplissement vésiculaire plus complet, facilitant la circulation de l'hématose et contre-balançant ainsi la tendance à l'hypérémie passive des poumons. Vous conseillerez plus tard une profession qui n'entraîne ni une vie trop sédentaire ni une vie trop active ou trop émouvante. Une votre jeune client ne soit ni médecin, ni avocat, ni marin ; qu'il se lasse notaire ; qu'il entre dans une administration du gouvernement on ne s'y fatigue guère (les Postes exceptées) ; certaines profes* sions industrielles lui sont également ouvertes.

Le mariage, yom le jeune homme atteint d'une affection cardiaque, est préférable au célibat ; c'est un frein aux passions. Au

contraire, pour la jeune femme affectée de la môme lésion, le mariage est plein de périls, non seulement en raison des émotions que provoquent les premiers rapprochements, mais parce que la grossesse entraine les accidents redoutables que je vous ai signalés dans ma Xe leçon. Je vous ai dit alors l'hygiène spéciale de la femme enceinte, et j'ai ajouté que si la jeune femme survit à sa maternité, elle ne doit pas nourrir son enfant.

Si la lésion cardiaque est survenue plus tardivement dans la vie, que la carrière soit depuis longtemps dessinée, la tâche de conseiller devient un peu plus malaisée : si le malade du cœur est un homme politique et qu'il persiste à l'être, c'en sera bientôt fait de lui, témoin le préfet aux allures militantes dont je vous ai parlé dans ma IIIe leçon, à preuve encore la fin prématurée de quelques-uns des hommes d'Etat de notre époque. Mais, s'il s'agit d'individus placés dans des conditions plus normales de l'existence, si vous avez prise sur leur conduite physique et morale, alors voici ce que vous pourrez leur conseiller : d'abord de la modération en toute chose et surtout dans la diététique.

En effet, les excès de table sont fâcheux pour tout individu malade du cœur, mais principalement si la lésion est cardio-aortique : nous l'avons vu dans ma II0 leçon, à propos du malade qui a succombé subitement après un repas trop copieux ; dans ma VIII0 leçon, sur Y insuffisance aortique, à propos d'un autre malade ; nous le verrons bientôt encore dans des leçons sur Y angine de poitrine, qui n'est le plus souvent qu'un épiphénomène d'une lésion de l'aorte.

Ainsi, éviter les excès de table est d'une prudence élémentaire. La nature des aliments n'est pas non plus sans importance : en général, ils ne doivent pas être trop excitants, je l'ai déjà dit; mais, quand le malade en est arrivé à la phase congestive et à fortiori hydropique de son affection, une certaine diète sèche devient nécessaire, en vue de ne pas augmenter, par l'ingestion immodérée de liquides, la masse du sang à mouvoir et de soulager ainsi le cœur et les vaisseaux ; par conséquent, peu de soupes et de bouillons, mais plutôt de la viande saignante, et même de la viande crue assaisonnée de pickles anglais s'il y a de l'anorexie, des œufs sous toutes les formes, du poisson, du vin de Bordeaux coupé

d'un peu d'eau ferrugineuse, du café noir en petite quantité à la fin des repas.

. Vous veillerez à ce que le malade du cœur ait chaque jour une garde-robe molle, facile, à cette double fin de diminuer la pression dans le système veineux abdominal et de ne pas nécessiter d'efforts de défécation.

Le malade du cœur devra s'abstenir absolument, môme sous prétexte de se tonifier, de tout excès alcoolique ; ceux-ci ne déprimant pas seulement les forces, et en particulier la circulation, au moment delà débauche, mais entraînant matériellement une usure organique générale et la caducité prématurée de la canalisation cardio-vasculaire.

Il devra s'abstenir de fumer, surtout la cigarette, d'autant plus redoutable qu'on en fume tout le long du jour. Et non seulement le malade du cœur ne doit pas fumer, mais il doit éviter de se trouver au milieu d'une réunion de fumeurs, et d'absorber par les voies respiratoires les vapeurs du tabac d'autrui. Le tabac ne fait pas qu'affaiblir le système nerveux après l'avoir momentanément excité, il accélère fortement la circulation chez un certain nombre de personnes et fatigue d'autant un cœur altéré.

Pour des raisons analogues, on devra proscrire l'usage àucafé noir pris en abondance dans le cours d'une soirée, comme on le fait au cercle, par exemple, en fumant des cigares ; ou du thé, pris par mode et sans raison : il faut laisser cela aux Chinois.

Ce qui est vrai de toutes les formes d'excès que je viens de mentionner, et que les civilisés ont empruntés aux sauvages, l'est encore plus/s'il est possible, des excès vénériens : pour toute sorte de raisons qu'il serait superflu de développer, il faut que le malade du cœur y renonce.

Les brusques variations de température sont pernicieuses au malade du cœur : soit du chaud au froid, qui peut rapidement produire une congestion pulmonaire étendue et redoutable dans ce système où la circulation est si languissante ; soit du mode* au très chaud, auquel cas une brusque dilatation vasculaire périphérique se produit, qui entraîne une diminution de la tension artérielle, et par suite la rupture de l'équilibre circulatoire dans la canalisation vasculo- cardiaque endommagée.

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