GOÉRISON POSSIBLE DANS LE JEUNE AGE
Ce qu'il faut au malade du cœur, c'est une température modérée, plutôt fraîche que chaude, entre 16 et 20 degrés centigrades : la température trop froide bande trop fortement le système vasculaire périphérique et oppose un trop grand obstacle à l'impulsion d'un cœur lésé ; la température trop chaude débande au contraire ce système, et ne lui permet pas de résister efficacement à l'action morbide rétroactive de la lésion d'orifice ou de valvule. Ainsi s'expliquent les méfaits des bains trop chauds ou des températures trop élevées : dans l'un ou l'autre de ces cas, j'ai vu bien des fois le malade du cœur être pris de palpitations désordonnées, de suffocations et de tendance à la syncope; par exemple, j'ai observé ces accidents au sortir des salles de spectacle où l'on est entassé, comme dans la salle des concerts du Conservatoire, à Paris, où l'on s'empoisonne aristocratiquement en musique.
- La conséquence pratique, c'est que vous devez éviter les bains chauds, proscrire les bains de vapeur (je vous l'ai déjà dit) et déconseiller le séjour dans les climats excessifs en plus ou en moins, en considérant que ceux-ci sont moins nuisibles que ceux-là.
Nous avons déjà vu que la résidence dans une vallée non humide et défendue contre les grands vents vaut mieux que celle sur une montagne, en raison de la plus grande pression et de la densité plus considérable de l'air. Donnez des conseils en conséquence, et vous n'aurez jamais à vous en repentir.
Je ne voudrais pas abandonner ce sujet des maladies organiques du cœur en vous laissant sous cette triste impression qu'elles sont nécessairement et toujours incurables, ou qu'il n'y a point de période dans la vie où leur évolution soit indéfiniment retardée; cette période est l'enfance : alors non seulement ces affections suivent une marche toute spéciale, mais encore on peut espérer les guérir si la lésion est de récente origine et la médication suffisamment active.
La marche est spéciale en raison de la remarquable aisance avec laquelle la canalisation vasculo-cardiaque résiste à la lésion valvulaire; ce qui tient évidemment à la validité juvénile des vaisseaux et du cœur. En attendant quej'aie l'occasion de traiter à fond cette question des maladies du cœur de l'enfance, je veux
vous parler d'un cas que j'ai été à môme d'observer soigneuse- . ment et à loisir.
Il s'agit d'un enfant qui, à trois ans, eut une endocardite rhumatismale aiguë, une insuffisance mitrale consécutive, et qui guérit néanmoins de celle-ci.
Le 30 août 1863, j'étais appelé auprès d'un petit Russe que son père croyait atteint d'une entorse, et qui était au début d'une attaque de rhumatisme articulaire qui fut exceptionnellement intense.
C'est le 4 septembre seulement que je constatai l'existence d'une endocardite valvulaire (souille au premier temps et sous le mamelon). M. Blache, que j'appelai, reconnut la gravité du cas, et nous appliquâmes trois sangsues à la région du cœur. Quatre jours plus tard, M. Blache, appelé de nouveau, constatait comme moi que le souffle était encore plus intense ; et nous mîmes un vésicatoire sur la région précordiale.
Ce ne fut qu'au bout de quinze jours que les douleurs articulaires disparurent, que la fièvre céda et que la convalescence commença ; mais ce qui ne s'était nullement amendé, c'était le bruit de souffle sous le mamelon et au premier temps, qui était non seulement plus intense, mais s'accompagnait d'un remarquable bondissement du cœur. Je ne doutais pas qu'il n'y eût là une insuffisance mitrale.
Six semaines plus tard, je présentai ce jeune malade à M. Roger, qui n'hésita pas à conclure à l'existence d'une lésion organique de la valvule mitrale et considéra la guérison comme des plus douteuses.
Néanmoins, confiant dans la vigoureuse constitution du petit malade, je persistai à faire, comme j'avais commencé, une révulsion continuelle à la région précordiale, à l'aide de teinture d'iode largement appliquée : cette médication fut continuée pendant trois mois.
Vers cette époque, une maladie de la mère ayant nécessité l'intervention de M. Trousseau, j'en profitai pour faire ausculter l'enfant par mon illustre maître, qui reconnut la même lésion que M. Roger, une insuffisance de la valvulve mitrale, et crut, comme cet habile professeur de pathologie infantile, à l'incuraj bilité de la lésion. Je persistai dans ma révulsion.