GUÈRISON POSSIBLE DANS LE JEUNE AGE
Ce n'est guère qu'au bout de six mois de ce traitement, militairement exécuté par le père, colonel de l'armée russe, que je crus reconnaître un amoindrissement du bruit du souffle; mais, ce qui persistait au môme degré, c'était la violence du choc de la pointe du cœur et la fréquence remarquable du pouls dès que l'enfant se livrait à un exercice un peu actif.
A cela près des palpitations si facilement provoquées, il n'y avait aucun trouble fonctionnel, pas d'intermittence du pouls, et .la dyspnée ne se manifestait qu'après un exercice violent.
Enfin le bruit de souflle de l'insuffisance alla s'amoindrissant peu à peu, de façon qu'au bout d'un an j'en constatais à peine les vestiges, et cela seulement après que j'avais volontairement augmenté l'énergie d'impulsion du cœur en faisant faire de la gymnastique à l'enfant.
En 1865, deux ans après le début des accidents aigus, je le fis de nouveau ausculter à M. Trousseau, qui ne put, non plus que moi, rien découvrir d'anomal au cœur. Deux ans plus tard encore, en 1867, c'est-à-dire quatre ans après l'endocardite valvulaire, je fis revoir l'enfant à M. Roger, qui ne put retrouver les signes de l'insuffisance mitrale autrefois constatée par lui.
Ce qui avait motivé la consultation, c'était non moins le désir de faire reconnaître la guérison de la lésion valvulaire que d'avoir un avis sur les troubles fonctionnels suivants : de 1863 à 1867, l'enfant n'avait jamais eu de récidive de rhumatisme articulaire, mais il était pris presque chaque hiver d'attaques de catarrhe suffocant. Celui-ci débutait toujours par un coryza, etbientôtse produisaient des attaques de dyspnée formidables, avec fièvre des plus intenses. 11 y avait, au bout d'un petit nombre d'heures, des râles vibrants dans toute l'étendue des bronches, râles qui bientôt devenaient sous crépitants et même crépitants vers les bases. Un vomitif, une sinapisation énergique ou des ventouses sèches, un julep kermétisé, venaient assez rapidement terminer cette affection, qui durait deux à trois jours.
Vous comprenez qu'il importait de savoir s'il y avait une maladie du cœur et si c'était cette affection qui provoquait les attaques de bronchite capillaire à forme rapidement suffocante. Voilà pourquoi, bien qu'il ne fût pas douteux pour moi que l'insuffl-
sanee mitrale n'existait plus, je tenais tant à avoir le contrôle si probant de M. Roger.
En réalité, ce qu'il y avait alors, c'était, chez un petit rhumati-, sant, une congestion rhumatismale, rapide et générale, des bronches, et non point une de ces hypérémies passives par lésion cardiaque, dont nous nous sommes longuement occupés dans le cours de ces conférences. La fluxion débutait par la membrane de Schneider et gagnait bientôt toute l'étendue de la membrane muqueuse respiratoire.
Ainsi, chez un très jeune enfant, une endocardite rhumatismale très aiguë détermina une insuffisance mitrale ; l'endocardite guérit, mais l'insuffisance persista un assez long temps pour être constatée six semaines et deux mois après la guérison des accidents aigus par des hommes tels que MM. Roger et Trousseau, auxquels, sans rienleur dire des antécédents, jeposais simplement la question : « Qu'y a-t-il à ce cœur? » et qui répondaient l'un et l'autre : « Une insuffisance mitrale. » Eh bien, nonobstant la croyance où nous étions tous de l'incurabilité de la lésion, et grâce à une révulsion énergique exercée pendant près d'une année, les signes indicateurs de la lésion disparurent et les mêmes savants ne purent à quelques années de distance en retrouver les traces (1).
Si le traitement révulsif eut une aussi favorable influence dans ce cas, c'est qu'il fut mis en œuvre dès le début de la lésion, continué plusieurs mois et d'une façon énergique. C'est aussi que le sujet était très jeune, et qu'il y a dans l'enfance une force de réparation qui va décroissant avec l'âge. Néanmoins, quand la lésion est récente et le sujet peu âgé, poursuivez celle-là par une révulsion persistante, et vous pourrez espérer obtenir le même résultat que dans ce cas. C'est par là que je termine ces conférences sur les maladies organiques du cœur.
(1 ) Je viens de revoir ce jeune homme, actuellement âgé de seize ans, et qui revient de Russie; il ne présente aucune trace de la maladie d autrefois :1s battements du cœur sont régu lera et les bruits absolument normaux. (3 ju.l let 1876.)