CE QU'EST LÀ VIEILLESSE
Quant, à letiologie de ces cas de rupture, elle n'est pas moins intéressante, en ce qu'elle est la confirmation de l'étiologie générale des altérations artérielles que je développerai bientôt : ainsi, Vâge auquel se sont produites les ruptures est compris entre 30et 60 ans (période où nous trouvons les dégénérescences endartériques) ; elles ont été observées 19 fois chez l'homme et 9 fois chez la femme, ce qui ne veut pas dire que le sexe ait en soi de l'influence, mais que l'homme ne se rompt l'aorte plus fréquemment que parce qu'il l'altère plus volontiers que la femme par les excès alcooliques et vénériens ; puis que, l'ayant altérée de la sorte, il se la rompt plus facilement par les efforts de sa vie plus active. Qu'il puisse y avoir d'ailleurs antécédents alcooliques ou vénériens, c'est ce qui ressort de l'étude des cas suffisamment détaillés. Dans un fait signalé par Morgagni, un homme (influence des habitudes sociales du sexe) de cinquante-neuf ans (influence de l'âge), ayant fait des excès vénériens et alcooliques, mourut subitement au milieu des efforts d'éternuements incoercibles : à l'autopsie, on trouva l'aorte malade et ossifiée, rompue h un travers de doigt de son origine (loi des diamètres). Dans un cas de Dalmeida, cité par Luton, un homme (sexe) de quarante ans (âge), ivrogne et syphilitique (excès), mourut subitement d'une rupture de l'aorte, à I pouce de son origine (loi des diamètres) ; les parois étaient ramollies, et il y avait de plus un anévrysme poplité (généralité des causes et généralisation de la lésion). Cette même généralisation; nous la retrouvons dans un cas de Manec, où l'on voit la mort survenir par rupture de l'aorte abdominale, ossifiée, chez un homme qui avait trente anévrysmes sur différentes artères ; et nous la retrouverons bientôt encore, cette généralisation des lésions, quand je vous parlerai des anévrysmes miliaires.
En même temps que ces lois mécaniques, qui régissent les lésions artérielles, se retrouve la même série étiologique : vieiliesse, alcoolisme, diathèses {goutte, rhumatisme, syphilis, et j'ajoute scrofule), série étiologique mentionnée d'une façon presque banale par tous les auteurs, et que je vais essayer d'interpréter ; ce qui est vrai pour un certain ordre de lésions l'étant pour toutes.
Dans quelles conditions, en effet, le mécanisme pathogénique que j'expose relativement à l'endartère est-il mis enjeu avec le i plus de puissance? Evidemment par la répétition même de son action ou par la faible résistance du tissu frappé, de sorte que dans l'étiologie de l'endartérite nous voyons d'une part la vieil* lesse et Valcoolùme, d'autre part, les diathèses, et en particulier Yarthritisme et la syphilis. Or, la vieillesse n'est en tête de cette série étiologique que précisément parce qu'elle réunit cette double condition morbifique : répétition incessante du choc du sang contre la paroi vasculaire par le fait même de la vie, diminution de la résistance de cette paroi par le fait de la caducité générale de l'être.
Qu'est-ce, en effet, que la vieillesse ? Mais qu'est-ce d'abord que la jeunesse? qu'est-ce aussi que la santé? qu'est-ce entin que la vie ?
La vie est une force temporairement prêtée à la matière revêtue d'une forme déterminée, ou organisme; ce qui distingue immédiatement la vie des forces physico-chimiques, qui sont immanentes à la matière (qu'on ne saurait concevoir sans elle), et qui résident et persistent dans la matière, quelque forme que celle-ci revête. La vie ne se sert de la matière qu'à la condition de l'user. L'organisme vivant est doué d'une force de réparation spontanée ; on peut le concevoir comme un tourbillon dans lequel la matière ne pénètre que pour y vivre un instant et mourir.
Dans la jeunesse, la vie appelle à soi plus de matière qu'elle n'en rejette, et l'organisme grandit. Dans l'âge adulte, il y a équilibre entre la réparation et la destruction, de sorte que l'organisme reste stationnaire en apparence ; cependant la vie y est encore assez exubérante pour pouvoir être transmise à d autres particules de matière : c'est la génération. Dans la viei lesse la destruction l'emporte sur la réparation et l'organisme décroît.
La vie n'est donc qu'une chose très relative, puisqu il y a simultanément dans le même organisme vie et mort tout ensemble Eh bien, dans l'organisme vieilli, la somme des molécules morte tend à l'emporter sur celle des molécules vivantes Une portion § celles-là persiste dans l'organisme, qu'elle encombre et dont elle gêne le fonctionnement ; elle y persiste à l'état Vatherome, qui