‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 135 sur 287 · CE QU'EST LA VIEILLESSE · texte numérisé non relu

CE QU'EST LA VIEILLESSE

est comme la rouille Je la vie. Ainsi tout ce qui, dans l'organisme, n'est pas éliminé, bien qu'il soit mort, passe à l'état d'aihérome. L'alhéromo s'observe dans les points les plus divers de l'organisme du vieillard : dans le testicule, où il y a une dégénérescence graisseuse des éléments épithéliaux ; dans les muscles, où se voient constamment un certain nombre de faisceaux atrophiés ou graisseux ; dans le cœur, qui devient à un si haut degré granulo-graisseux.

Eh bien, si le muscle, qui est si vivant et si actif, s'athéromajtise, à fortiori doit-il en être de même de l'endartère, si peu vivant, et si passif. Aussi est-ce dans l'endartère surtout que l'altération athéromaleuse se voit au plus haut degré. Ainsi, dans la vieillesse, l'altération granuleuse du cœur et des artères entraîne la langueur de la circulation par diminution de la contractilité du cœur, de l'élasticité des grosses artères, et enfin de l'élasticité comme de la contractilité des petites artères, c'est-à-dire des deux forces actives de la circulation. Il en résulte la langueur de la nutrition générale ainsi que l'abaissement de l'innervation. Mais la langueur de la nutrition retentit surtout sur les tissus les moins vivants, les tissus épithéliaux à existence parasitaire; ce qui est une nouvelle cause de dégradation de l'endartère à ajouter aux causes physiques que je vous ai.signalées tout à l'heure. Et comme d'ailleurs, je vous l'ai dit, la vieillesse implique la répétition plus prolongée du choc du sang contre la paroi, plus vieux sera l'organisme et plus altéré sera l'endartère, dont l'altération a de la sorte une double origine, l'une générale ou dynamique, et par le fait môme de la vie ; l'autre locale ou physicpie, et par le fait même de la fonction et de la texture. Mais nous verrons plus tard, à propos des conséquences de l'endartérîte, la perturbation spéciale et directe qu'exerce sur la nutrition interstitielle et par suite sur le fonctionnement des organes la dégénérescence artérielle, lorsqu'elle s'est étendue aux petits vaisseaux. De sorte qu'alors le cercle vicieux est constitué : la vieillesse des artères est survenue par le fait des ans, et celle-ci entraîne une caducité plus grande et plus générale de l'être. D'où cette proposition si vraie de Cazalis : « On a l'âge de ses artères. »

Be l'équilibre qui existe dans la jeunesse et l'âge adulte entre

l'usure et la réparation résulte la santé. Dans la vieillesse, au contraire, cet équilibre est rompu; aussi la vieillesse est-elle une ■ maladie: senectus ip'sa morbus; et c'est une maladie non seulement parce que l'usure l'emporte sur la réparation, de telle façon que les organes sont en mauvais état; mais encore parce que l'élimination des matériaux usés, morts, s'y fait mal, de sorte que l'organisme en est adultéré.

Dans les deux premiers âges de la vie, la rénovation étant toujours suffisante, l'organe s'offre intact à la fonction demandée, et celle-ci s'effectue normalement. Cela dure ce que cela peut; d'autant plus longtemps que le tissu organisé est primitivement plus valide ou que la sagesse de celui qui s'en sert fait qu'il sait mieux s'en servir, c'est-à-dire ne le surmène pas ; mais la circulation s'accomplit sans repos, le flot sanguin frotte sans cesse contre l'endocarde et l'endartère; malheur donc à celui dont les tissus sont mal doués, ou qui, dans un temps donné, précipite habituellement la marche et la rapidité du flot nourricier, lequel ne porte la vie en tous lieux qu'à la condition d'user les canaux qu'il traverse; il y aura chez lui usure prématurée de l'organisme et spécialement de l'endartère.

Il y a donc sénilité par l'âge et sénilité par les excès. Un bel exemple de sénilité par l'âge — ou sénilité naturelle nous est offert par le malade couché au n° 35 de la salle Saint- Paul : il y a chez lui comme un amoindrissement de tout l'être, un tassement de tous les organes, tassement surtout sensible pour les poumons, puisqu'il a entraîné à sa suite, et sous l'influence de la pression atmosphérique agissant sur la cage thoracique, un aplatissement considérable de celle-ci. Vous savez, d'ailleurs que, chez les vieillards, la substance nerveuse se ratatinant également, le liquide céphalo-rachidien est plus abondamment sécrété pour combler les vides qui en résultent, la boile osseuse du crâne ne cédant pas, comme la cage thoracique, a la pression atmosphérique extérieure. C'est encore à ce ratatine! ment d'ordre général, agissant plus spécialement sur les disques intervertébraux, que sont dues la diminution de la taille el soj incurvation chez le vieillard, « qui s'incline ainsi lentement vers la tombe, » dit le poète.

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