‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 137 sur 287 · L'ALCOOLISME ET SES MÉFAITS · texte numérisé non relu

L'ALCOOLISME ET SES MÉFAITS

vieillesse prématurée. Le chemin de la vie a été rapidement parcouru, et les étapes y ont été les excès.

En fait, l'excès bachique, ce qu'on appelle Valcoolùme ai<jt<, produit une suractivité momentanée des fonctions, surtout des Jonctions nerveuses, une sorte d'exaltation de la vie ; il en résulte que l'habitude de l'ivresse semble multiplier l'existence : chez l'homme en état d'ivresse, le pouls a plus d'ampleur et de fréquence, la respiration est plus vite et le calorique momentanément exubérant (à moins qu'il ne soit ivre-mort, auquel cas il n'est pas ivre, il est empoisonné) ; son imagination, continuellement et follement mobile, construit les romans les plus fantastiques; les membres eux-mêmes ne cessent d'être agités jusque dans les rares instants de sommeil qu'il peut imparfaitement goûter. Ainsi l'ivrogne condense une longue existence en une courte période : il vit vite et vieillit rapidement. Quoi d'étonnant alors à ce qu'il soit un jeune vieux, dont la sénilité se trahit par le tremblement de ses mains comme par le cercle prématurément graisseux de ses cornées transparentes ? quoi d'étonnant enfin à ce qu'on retrouve chez lui les mêmes altérations organiques que chez le vrai vieillard, lentement usé par les ans ? L'ivrogne, lui, est « usé par les excès », et des phrases populaires ont consacré cette vérité d'observation : les gens à excès de table sont des « viveurs », c'est-à-dire qu'ils vivent plus que d'autres ; aussi ont-ils « la vie courte et bonne » .

Vous comprenez maintenant que chez ce jeune vieillard, prématurément usé, l'usure générale soit au maximum dans un tissu des moins vivants, l'endartère, et aux points les plus fatigués de celui-ci.

Et vous voyez sur les pièces anatomiques du n° 1 que l'artérite n'est pas spécialement le résultat d'une action topique de l'alcool agissant comme irritant sur les tissus, mais plutôt la conséquence d'une action toxique, d'un véritable-empoisonnement général et plus ou moins rapide. Ce n'est pas tant V alcool qui va irriter sur place la membrane interne de l'artère, que Y alcoolisme, qui entrame la dégradation, puis la déchéance de l'organisme entier

J en donne pour preuve ce fait considérable, à savoir : que chez 1 nomme du n» i, comme d'ailleurs chez tous les ivrognes que

30'. KNDAHTKH1ÎK ET DÉGÉNÉRESCENCES ARTÉRIELLES.

j'ai observés, les désordres si nombreux et si considérables ont élé trouvés dans le système de l'aorte (au maximum, comme ici, , dans l'aorte ascendante, à sa crosse, à l'origine du tronc brachiocéphalique, de la carotide interne et delà sous-clavière, puis dans l'aorte descendante) ; tandis qu'il n'y avait rien, sinon des taches alhéromaleuses presque insignifiantes, dans l'artère pulmonaire, c'est-à-dire dans la partie du système circulatoire la première placée sur le chemin de l'alcool absorbé, qui contient celte substance au maximum, et est la plus exposée, par conséquent, à son action topique.

Au contraire, c'est dans le système de la grande circulation, c'est dans le système de l'aorte que ces lésions se produisent, c'est-à dire après que l'alcool s'est en grande partie évaporé dans son passage à travers les poumons.

Si .donc l'alcoolisme chronique produit sur l'endartère les mômes lésions que la vieillesse et aux mêmes points, c'est loin d'être exclusivement par action chimique exercée, mais surtout parce qu'il a rapidement amené l'organisation à la caducité, et diminué spécialement dans l'endartère la résistance à l'usure.

Il faut concevoir d'ailleurs que le sang ne fait que traverser rapidement les gros vaisseaux, qu'il ne séjourne un long temps que dans les petits vaisseaux artériels et les capillaires, de sorte que, s'il exerce sur le système vasculaire l'action chimique invoquée, ce doit être et c'est en effet sur les petits vaisseaux qu on en voit au maximum les effets.

L'action de l'alcoolisme sur les grosses artères est donc bien autrement complexe ; elle est générale plus encore que locale, indirecte bien plus que directe. L'alcool a dégradé tout l'organisme avant d'avoir dégradé tel organe ; il a amoindri la vitalité générale de l'être avant d'avoir altéré son endartère. Et, comme nous avons vu la vieillesse naturelle, parla marche nécessaire des choses par le fait des conditions physiques de la circulation, entraîner des lésions habituelles de préférence et au plus haut degr* dans le système artériel de l'aorte, et non dans celui de l'artère pulmonaire ; de même nous voyons maintenant la vieillesse artificielle créée par l'alcoolisme chronique produire dans le même

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