‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 138 sur 287 · ALCOOLISME CHRONIQUE · texte numérisé non relu

ALCOOLISME CHRONIQUE

système et aux mômes points des lésions analogues. Voilà pourquoi c'est le système aortique et non point le système pulmonaire qui est frappé dans l'alcoolisme chronique comme dans la vieillesse. Quelques faits de lésions de l'artère pulmonaire, cités par Lancereaux, ne prouvent rien contre la règle. Dans les nombreuses autopsies d'ivrognes que j'ai faites, isolément ou sous vos yeux, je n'ai jamais rencontré de lésions de l'artère pulmonaire ; j'ai toujours vu, au contraire, ces lésions aortiques dont je vous parle et que je vous montre.

Cependant, chez le vieillard dont voici les pièces, et qui a succombé, à l'âge de soixante-trois ans, aux troubles ultimes d'une dilatation hypertrophique du cœur consécutive à sa lésion aortique, la lésion artérielle, exclusivement localisée à l'aorte ascendente et à sa crosse, peut être mise sur le compte à la fois de la vieillesse et de l'alcoolisme : il ne répugne pas à l'esprit de comprendre que cette ondée sanguine, qui dégrade au maximum physiquement par son choc la paroi de l'aorte, l'altère en partie chimiquement parce qu'elle contient des particules alcooliques. Mais le plus habituellement les lésions dues à cette double cause, la vieillesse et l'alcoolisme, sont autrement généralisées.

Je ne nie d'ailleurs, notez-le bien, ni la possibilité ni la réalité de l'action topique nuisible de l'alcool, mais je dis qu'elle ne s'exerce et ne peut s'exercer au maximum qu'à la condition d'un contact suffisamment prolongé, aussi bien dans l'organe, où la substance alcoolique est tout d'abord ingérée, l'estomac (où elle produit la gastrite des buveurs et l'état mamelonné), que dans les glandes telles que le foie et les reins, où, pour les besoins de la fonction sécrétoire, le sang plus ou moins chargé de la substance alcoolique traverse avec une certaine lenteur nécessaire les réseaux vasculaires de la sécrétion, produisant alors dans le foie la cirrhose, comme dans les reins la lésion brightique.

Mais il est difficile de croire que le passage de cette substance dans les vaisseaux qu'elle traverse comme une flèche, y provoque d'emblée et par elle seule l'artérite ; la rareté de la lésion de l'artère pulmonaire constatée par tous les observateurs, depuis Lobstein et Rokitansky jusqu'à moi— alors que cette lésion devrait être, dans ce cas, non seulement plus fréquente, mais plus

peter. — Clin. méd. 3<-' ûdit. ,01

gTavo la rareté de la lésion de Tarière pulmonaire, dis-je, suffirait pour faire justice de cette interprétation.

Ce serait aussi une erreur considérable de croire que le passage de la substance alcoolique à travers les capillaires du poumon y détermine la pneumonie ou la tuberculisation. Mais j'exposerai la pathogénie de ces lésions pulmonaires de l'ivrogne, qui relèvent de son état général de dégradation organique, dans mes leçons sur la Pneumonie du sommet (1) et la Phthisie pulmonaire (2).

Cependant les ivrognes peuvent succomber d'une façon rapide aux attaques du dellrium tremens, et, bien qu'ils soient alcooliques, on peut ne pas trouver de lésions graves du système artériel aortique. Les lésions viscérales qu'on rencontre alors, et que je vous ai montrées à peu de jours d'intervalle chez un malade du n° 1, âgé de vingt-huit ans, et chez un autre du n° 14, âgé de trente ans, de notre salle des hommes, sont la sléatose du foie et des reins, en même temps qu'une hypérémie inflammatoire aiguë de la membrane muqueuse de l'estomac.

Chez ces jeunes hommes, les excès alcooliques se répétaient à de courts intervalles ; la cellule hépatique, comme les glomérules de Malpighi, et l'épithélium canaliculaire des reins, comme les méninges cérébrales, étaient, à des intervalles rapprochés, imprégnés d'alcool ; il en était résulté pour les méninges une véritable inflammation, ainsi que le démontraient leur rougeur, leur adhérence à la pulpe corticale, l'exsudat dans les anfractuosités cérébrales, l'épanchement dans la cavité des ventricules latéraux et le ramollissement de la voûte à trois piliers (c'està-dire qu'il y avait une véritable méningite alcoolique) ; il en était résulté, d'autre part, pour la cellule hépatique, une dégénérescence graisseuse, la cellule étant infiltrée de globules de graisse; et pour les glomérules de Malpighi, ainsi que pour l'épithéliuiS des tubuli des reins, une infiltration de môme nature. Dans 1 alcoolisme à excès rapprochés, l'irritation porte sur le tissu glandulaire même, qui s'infiltre de graisse, et la lésion organique e* la stéalose; dans ce cas, comme chez nos malades, il n'y a pas

(1) Voir, plus loin, leçon XXXI.

(2) Voir, t. II, leçons XLI et XLI1.

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