L'OEIL EXTERNE
Je vous ai trop souvent parlé de la valeur du cercle sénile de la cornée pour y insister à nouveau en ce moment; mais l'état de la sclérotique a bien sa valeur : vous serez fréquemment consultés par des vieillards pour des hémorrhagies sous-conj onctivales de la portion sclérotidienne du globe de l'œil, allant parfois jusqu'à, produire un chémosis qui forme à la cornée un bourrelet sanglant. Ils en sont quelquefois fort effrayés et n'ont pas si grand tort; car cela signifie dégénérescence graisseuse des petits vaisseaux sous-conjonctivaux. Ces bémorrhagies sous-conjonctivales se produisent le plus fréquemment sur la partie découverte du globe de l'œil, et je les ai observées le plus souvent à l'angle externe. C'est surtout pendant le sommeil qu'elles se produisent ; au moins est-ce le matin que les individus s'en aperçoivent. Elles surviennent aussi à la suite de travaux fatigants, de veilles prolongées ou de quintes de toux chez des sujets jeunes encore ; elles n'ont i pas alors la grave signification pronostique qu'elles acquièrent dans la vieillesse. Quant aux hémorrhagies spontanées qui se produisent dans l'intérieur de l'œil, elles ont plus d'importance encore que celles dont je vous parle, attendu qu'elles résultent de ! la rupture d'une division de la carotide interne, c'est-à-dire de ; l'artère qui dessert la circulation cérébrale ; tandis que les hémorrhagies sous-conjonctivales sont fournies par des divisions de la carotide externe. Cependant défiez-vous, même dans ce dernier I cas; cherchez attentivement si le pouls radial n'est pas dur et l'artère flexueuse ; s'il n'y a pas de souffles, de bruits secs ou de i battements dans l'aorte, et si celle-ci n'est pas dilatée; cherchez I encore si ces mômes souffles ne se font pas entendre à la base du cœur au premier et même au second temps, et souvent ainsi vous serez conduits à découvrir une dégénérescence vasculaire et cardiaque que rien jusqu'alors n'avait fait soupçonner.
D'autres fois, au lieu d'hémorrhagies vous pourrez constater de petits dépôts de pigment le long des divisions les plus fines des vaisseaux qui rampent dans la portion découverte du globe de l'œil. Ces vaisseaux sont eux-mêmes tortueux, dilatés, variqueux. La teinte générale de la conjonctive scléroticale à ce niveau est jaunâtre, brunâtre et non pas blanche. Il y a là évidemment une hypérémie habituelle et passive. 11 en résulte l'épaississement,
^hypertrophie générale du tissu, comme chez le malade du n° 6, et fréquemment, comme c'est le cas du malade du n° 10, la production de petites tumeurs d'un blanc jaunâtre du volume d'un grain de mil ou de chèncvis, toujours situées sur le trajet d'un vaisseau, et sillonnées elles-mêmes par de Unes divisions de celui-ci. C'est ce qu'on appelle une pinguecula ou tumeur graisseuse, due, en réalité, d'après les recherches du professeur Ch Robin, à une hypertrophie du tissu conjonctif condende l' épithélium pavimenteux (1). Eh bien, chez ces deux malades, je vous ai fait voir que le pouls est dur, l'aorte un peu soufe liante et qu'ainsi les vaisseaux sont athéromateux. Ne négligez donc jamais, pas plus que je ne le fais, l'exploration de la partie la plus superficielle du globe de l'œil.
Maintenant, il me paraît que ces dilatations vasculaires, ces n| pérémies passives, ces ruptures et ces hypertrophies consécutives se développent sur la partie découverte ou libre du globe de l'œil, parce que c'est celle où les vaisseaux ne sont pas habituellement soutenus par les paupières. Dans les parties recouvertes, au contraire, on comprend quel puissant soutien fournissent aux parois vasculaires ces voiles membraneux qui se moulent exactement sur le globe de l'œil auquel elles forment comme une coque fibro- • cartilagineuse mobile. Tant que les yeux et les vaisseaux sont t ieunes il est indifférent aux vaisseaux de la conjonctive oculaire ■ d'être soutenus ou de ne l'être pas; mais plus tard, quand Ida* j ticité commence à leur faire défaut, ce support auxiliaire leur manquant, ils se dilatent eux-mêmes, se rompent dans es parues découvertes du globe oculaire, et il s'ensuit la série de lésions crue ie viens d'esquisser. .
L'inflammation de Viris en dehors de toute syphilis est loin d et e rare chez les vieillards, et elle est toujours alors d assez mêlant augure ; ainsi, entre autres, un vieillard de La Roc Jefoucauld, que j'avais traité quatre mois auparavant d une ^ semblait consécutive à une rupture hémorrhagique de ms, comba en quelques minutes à une apoplexie foudroyée sans autre symptôme prémonitoire qu'un léger vertige, avec ment de malaise de quelques minutes de durée. (1) Voir X. Galezowsld. Traité des maladies des yeux, p. Mfc