LÉSIONS DES SÉREUSES VISCÉRALES
l'os, cette éponge vasculaire encroûtée de sels de chaux; c'est, au contraire, ce qui vit le moins, le cartilage, la synoviale, les ligaments. Ainsi, le rhumatisme frappe alors clans l'organisme ce qui se rapproche le plus d'une machine inerte et passive, un simple rouage, une jointure, et, dans ce rouage si peu vivant qu'on peut le perdre sans dommage pour l'existence, ou le remplacer par un appareil artificiel, il choisit quoi? ce qu'il y a de moins vivant encore! Voilà pour justifier ma définition du rhumatisme.
Je ne veux pas dire d'ailleurs que le rhumatisme n'affecte jamais que les jointures. Maladie générale, il peut intéresser tous les tissus; mais, je le répète, c'est en raison inverse de leur vascularité.
Ainsi, après les membranes séreuses articulaires — qui sont si peu organisées — les tissus les plus habituellement frappés par le rhumatisme aigu sont les membranes séreuses splanchniques, dont l'organisation est un peu plus élevée. Mais il s'en faut bien qu'elles soient nécessairement lésées ni qu'elles le soient avec un égal degré de fréquence.
Pour parler d'abord des exceptions, je vous ferai remarquer que rien n'est plus rare que la péritonite vraiment rhumatismale : -Andral n'en cite qu'un très bel exemple : il s'agit d'un homme chez lequel l'inflammation du péritoine remplaça brusquement les manifestations articulaires du rhumatisme et qui succomba trois jours après l'apparition de sa péritonite (I). — Je n'en ai moi-même vu qu'un cas très remarquable, et qui se termina, non sans peine, par la guérison.
Tout aussi rare que la péritonite est la méningite rhumatismale. Le rhumatisme cérébral , si peu fréquent d'ailleurs, n'est pas, en effet, la méningite; il se manifeste, vous le savez, sous tes Formes apoplectique, délirante et convulsive, au moins autant que sous la forme méningitique.
Plus fréquente de beaucoup se montre la pleurésie, et nous reparlerons longuement un peu plus tard (2) de la pleurésie rhumatismale.
(1) Andral, Clinique médicale, l. El, p. goô.
(2) Voir, plus loin, les leçons sur les Plewétiques.
Mais ce qui esl surtout fréquent, à l'égal presque de l'endocardite, c'est l'inflammation rhumatismale du péricarde. — Eh bien, clans ces cas encore se révèlent en toute évidence les deux conditions que je vous ai dit présider an développement des manifestations rhumatismales aiguës, à savoir : 1° la faible organisation du tissu, et 2° la fatigue de ce môme tissu.
Or, 1° les séreuses splanchniques, déjà plus organisées que les séreuses articulaires, sont moins fréquemment rhumatisées que celles-ci, et 2" parmi les séreuses splanchniques rhumatisées, le péricarde l'est infiniment plus souvent. Qu'est-ce donc maintenant que la fonction du péricarde ? C'est de subir le choc (c'est le mot) du cœur en systole, et d'en faciliter les mouvements. A chaque révolution du cœur, celui-ci s'en vient frapper contre le feuillet antérieur du péricarde pariétal, avec une énergie proportionnée au volume de l'organe, à l'accélération du cours du sang, etc. De sorte que, de même que l'endocarde subit le choc de l'ondée sanguine, ainsi le péricarde subit le choc du cœur. Eh bien, à l'analogie physiologique correspond l'analogie pathologique ; et, comme l'endocardite, la péricardite rhumatismale
est fréquente (1).
Mais ce n'est pas tout : les lésions dô la péricardite se voient surtout à la face antérieure du péricarde viscéral comme du péricarde pariétal ; c'est sur la paroi antérieure du ventricule droit que se voient les plaques laiteuses, les épaississements du péricarde, qui sont à celui-ci ce que sont à l'endocarde les plaques athéromateuses, cartilagineuses ou calcaires. Mais cette face antérieure du ventricule frotte avec une bien autre puissance sur une surface bien autrement résistante - la paroi thoraciqueque ne le fait la face postérieure sur le diaphragme, qui cède à l'action impulsive. Et cependant il y a une plaque laiteuse rudimentaire à la face postérieure, au niveau du point de frottement sur le centre aponévrotique du diaphragme. Donc, ici encore, comme pour l'endocardite, lésions maxima aux points les plu* fatigués.
m « Dans le rhumatisme articulaire aigu généralisé fébrile. IV «do p** | dite est la règle; la non-coïncidence, l'exception » Bomllaud, op. M.