‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 159 sur 287 · RAISON DES LÉSIONS VALVULA1RES · texte numérisé non relu

RAISON DES LÉSIONS VALVULA1RES

frappe de préférence le rhumatisme ( I ) vous a déjà fait comprendre pourquoi l'endocarde est si souvent frappé par lui. Ce que je viens de vous dire de la texture spéciale des valvules doit vous faire saisir la raison pour laquelle la valvule est la partie de l'endocarde ordinairement la première, souvent la seule, toujours le plus fortement frappée. L'explication de cette élection pathologique sera complète quand je vous aurai rappelé le mode de fonction de ces replis de l'endocarde. Vous verrez alors quelles valvules et quels points des valvules doivent être atteints, et le sont habituellement, ainsi qu'au plus haut degré (2).

Fonctionnellement parlant, la valvule est un simple instrument d'hydraulique; c'est une soupape. A sa fonction purement physique devait correspondre une structure presque physique, et l'on conçoit, à la rigueur, qu'une soupape de caoutchouc ou de guttapercha y aurait suffi. Dépourvues de toute action spontanée, elles n'avaient nul besoin de muscles, et n'en ont pas ; — obéissant passivement, automatiquement, la sensibilité leur était inutile (attendu que la sensibilité implique le mouvement spontané et réciproquement), aussi n'ont-elles pas de nerfs et sont-elles insensibles, ainsi que le prouvent l'anatomie et les expériences de Chauveau et Marey, qui ont pu déchirer les valvules du cœur sans que les animaux témoignassent de la moindre sensation douloureuse. N'ayant à vivre que d'une existenceaussi végétative, tenant le milieu entre les substances organisées et inorganiques, les vaisseaux ne leur étaient pas indispensables, et elles vivent d'une existence parasitaire, par imbibition, ne présentant qu'à leur base quelques rares vaisseaux terminaux.

Or, c'est dans de telles conditions de structure et de vitalité que ces valvules sont plus de soixante fois par minute tendues par l'action des muscles papillaires, frappées par le choc d'une ondée sanguine animée d'une quantité de mouvement considérable, et qu'elles frottent l'une sur l'autre par leurs faces oppo-

(1) Voir leçon XVIII, sur le Rhumatisme aigu.

(2) Tout ce qui va suivre est une réponse à un desideratum très expressément formulé par Stokes : « Il est difficile d'expliquer pourquoi les signes de leudoeardile et des lésions anatomiques les plus évidentes sont limités aux valvules » [traité des maladies du cœur, p. 101.)

sées; c'est-à-dire qu'elles sont fatiguées plus qu'aucun autre point do l'endocarde, qu'elles sont soumises à une usure plus ( rapide, et par suite qu'elles sont le siège d'une réparation plus active et d'une prolifération plus énergique.

Déjà vous devez croire par induction que cel le prolifération nucléaire est le plus active aux parties qui frottent le plus, ou qui sont le plus fortement frappées ou le plus violemment tiraillées, c'est-à-dire que ces parties seront : 1° pour les valvules auriculo-ventriculaires (mitrale ou triglochine) la face auriculaire ou supérieure des valves (lesquelles se juxtaposent l'une à l'autre par cette face auriculaire) ; 2° pour les valvules ventriculo-artérielles, la face ventricule ou inférieure des valves sigmoïdes (lesquelles se juxtaposent l'une à l'autre par cette face ventricu* laire) ; 3° les points les moins vasculaires ou ceux qui ne le sont môme pas, c'est-à-dire la face superficielle ou épithéliale des valves ou leur bord libre ; 4° enfin que celles-ci seront surtouj malades dans le cœur où les contractions sont le plus énergiques et les frottements le plus considérables, c'est-à-dire dans le cœur gauche, qui doit ebasser le sang jusque dans les points les plus éloignés de la périphérie de l'organisme, tandis que le cœur droit n'a besoin que d'un effort beaucoup moindre pour le lancer dans les poumons auxquels il est contigu.

La loi du frottement vous explique ainsi la plus grande ffi quence de l'endocardite et de ses lésions consécutives dans le cœur gauche : ce fait pathologique ne tient pas, comme l'ont cru quelques auteurs, à la nature spéciale et plus irritante du sang artériel, mais à ce que l'endocarde du cœur gauche y est pM fatigué que celui du cœur droit ; l'ondée sanguine qu'il projette est animée d'une quantité de mouvement plus grande et frotte, par conséquent, avec plus de violence l'endocarde et -ses replis dans les cavités gauches du cœur. Au point de vue des lésions, H en est ici de l'endocarde gauche, par rapport à l'endocarde droii comme de l'endartère de l'aorte comparé à celui de l'artère pulmonaire (1). C'est affaire de pure mécanique. Voyons maintenant si l'observation faite d'une façon indépeffl

(-1) Voir plus haut, YEndartérite, leçon XV, p.

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