VINGTIÈME LEÇON
Point de côté par fracture de côte ou de cartilage costal; — par colique
HÉPATIQUE; — par NÉVRALGIE INTERCOSTALE. — Les FAUSSES MALADIES DU
cœur. — Les fausses maladies du sein. — Points de côté du zona.
Messieurs,
Je yeux vous entretenir aujourd'hui d'un fait de pratique commun, sans être vulgaire, et qui tire son intérêt de sa fréquence même. Je veux vous parler des points de côté. En d'autres termes, « un malade ayant un point de côté, quelle est son affection ? »
Vous n'ignorez pas, en effet, que c'est presque toujours ainsi que se pose à vous le problème clinique. Le symptôme le plus tapageur étant celui qui parle le plus haut, c'est de lui que se plaint surtout et d'abord le malade, lequel ne fait point de théorie, se préoccupe peu de la genèse de son mal, et, dans l'exposition de son cas, s'astreint médiocrement à la logique des causes et des effets. 11 souffre, se plaint de ses souffrances et veut qu'on l'en délivre, la douleur étant pour lui tout son mal. De sorte que, si c'est d'un point de la poitrine qu'il souffre, « il a un point de bôté, » et n'a que cela. Pour vous, c'est autre chose. Cette douleur n'étant qu'un effet, de cet effet quelle est la cause ? Eh bien, bous allons essayer de résoudre ce problème, et les éléments de snl ii Lion ne nous font pas défaut.
Je commence par la malade couchée au n° 9 de la salle Saint-
Charles. Il y ;i quelques jours qu'elle entrait pour un violent point de côté. Je. la trouvai le lendemain matin en proie à une douleur tellement poignante du côté droit de la poitrine, qu'elle suspendait à mi-chemin ses mouvements respiratoires et s'efforçait d'immobiliser avec son bras la base de son thorax.
Quant aux renseignements qu'elle nous donnait, ils étaient des plus contradictoires : tantôt elle disait être tombée, la veille au matin, sur le dos, dans son escalier, et puis, dans la soirée, elle avait été prise de douleurs ; tantôt elle disait que son malaise avait débuté plusieurs jours auparavant et qu'elle avait eu un frisson initial; puis elle disait n'en avoir pas eu. Peut-être cette incohérence tenait-elle à un état légèrement ébrieux, lequel était, comme pour le valet de Beaumarchais, « un reste de la veille >> .
Dépité par ces contradictions et pressé par le temps (c'était un jour de leçon clinique), j'allai au plus pressé. Il était évident que cette femme souffrait : sa respiration était pénible, sa voix entrecoupée. Avait-elle de la fièvre? Le doigt mis sur l'artère radiale m'apprenait que le pouls n'était pas accéléré ; la main appliquée sur sa peau, que la température n'était pas augmentée; donc il n'y avait pas de fièvre et par suite pas de phlegmasie. Maintenant, cette douleur dérivait-elle d'une affection des voies respiratoires? S'il y avait de la dyspnée, au moins la malade ne toussait pas. De sorte que les voies respiratoires devaient être rapidement mises hors de cause. Mais cette femme soutenait de sa main la base droite de son thorax, mais elle avait des habitudes d'ivrognerie, ce qui me conduisit à penser à une hèpatalgie d'origine alcoolique.
Vous n'ignorez pas, en effet, que des substances irritantes, comme le sont les liquides alcooliques, et le plus ordinairement mêlées à d'autres plus irritantes encore, peuvent, chez certains sujets, en traversant la veine porte et en imbibant cette éponge vasculaire qu'on appelle le foie, y déterminer de la douleur : cela résulte des intéressantes recherches de Beau. A l'état aigu, l'ictère crapuleux {a nimio potu) n'a pas d'autre origine et — à l'état chronique par suite de la chronicité même des habitudes alcooliques—la cirrhose a la même pathogénie.
Or, qu'il y eût de l'ivrognerie dans l'espèce, le fait ne pouvait