‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 163 sur 287 · COLIQUE HÉPATIQUE · texte numérisé non relu

COLIQUE HÉPATIQUE

névralgie intercostale, d'origine, réflexe, siégeant dans les huitième, septième et sixième espaces intercostaux droits. Névralgie caractérisée, pour la malade, par un endolorissement diffus de la base droite du thorax, avec foyers d'exacerbation en certains points, qui sont ceux d'émergence des nerfs intercostaux; névralgie caractérisée, pour vous, par ces signes mômes, ainsi que par la douleur à la pression des quatre apophyses épineuses correspondantes à ces trois espaces douloureux.

D'ailleurs, il est bien évident que ces douleurs ne sont point le symptôme d'une névralgie diaphragmatique , assez souvent la conséquence d'une violente colique hépatique, et par simple propagation de l'irritation, devenue phlegmasique, du foie au péritoine d'enveloppe, et de celui-ci au nerf phrénique. Cela est évident, vous dis-je, parce que la pression des insertions diaphragmatiques n'éveille point de douleur, parce que la compression du nerf phrénique n'en provoque pas davantage, parce qu'enfin il n'y a pas de douleur à l'épaule droite.

Mais ce n'est pas tout : cette névralgie intercostale existe aussi du côté gauche chez notre malade, et la chose devientici plus complexe, comme la pathogénie différente. Il y a neuf ans qu'à la suite d'une affection utérine cette malade eut d'abord une névralgie iléo-lombaire, si commune en pareil cas, et qui est alors à l'affection de l'utérus ce que la névralgie des espaces intercostaux, comme dans le cas actuel, est à l'affection du foie, un phénomène réflexe de voisinage - la réaction sympathique du contenu sur le contenant. Puis survint de la dyspepsie, puis de 1 anémie, puis enfin une névralgie intercostale symptomatique de cette anémie et se manifestant à gauche, ainsi qu'il est habituel aux névropathes. Il n'y a pas à douter d'ailleurs qu'elle n'eût été dyspeptique et anémique. Le diagnostic fut fait alors par un médecin très distingué, Becquerel, qui la soumit, avec un plein succes, à h, médication si rationnelle en ce cas de l'hydrothérapie • de sorte qu'en résumé il se pourrait bien faire que cette malade dut ses points douloureux : au niveau de la vésicule biliaire ccr finement à la colique hépatique ; au niveau des derniers espaces intercostaux droit,, probablement à nne névralgie réflexe m ^tomatique de cette colique ; et enfin au niveau des espaces' in-

m LES POINTS DE COTÉ.

tercostaux gauches, probablement encore à la dyspepsie et à l'anémie, dans lesquelles cette colique l'a de nouveau jetée.

Tout cela n'est que curieux ; mais voici qui est plus utile : je veux vous parler des fausses maladies du cœur.

Nous venons de voir que la névralgie intercostale d'autrefois, et qui était symptomatique de l'anémie, cette malade l'avait ressentie à gauehe, et je vous ai dit que le fait était babituel ; eh bien, vous serez fréquemment consultés par des malades qui vous'aborderont pleins de tristesse, en vous disant qu'ils souffrent cruellement dune ma'adie du cœur et en vous désignant du geste non pas leur région sus-mamelonnaire ou slernale, mais leur région sous-mamelonnaire gauche, c'est-à-dire leur cinquième espace intercostal, qui correspond, comme vous savez, à la pointe du cœur, mais du cœur non hypertrophié. A quoi vous pouvez leur répondre hardiment et sans auscultation préalable, que puisqu'ils souffrent en ce point, c'est qu'ils n'ont vraisemblablement pas de maladie du cœur, attendu que les affections de la valvule mitrale sont indolentes . Mais voici ce qui existe alors ; ces gens-là sont des névropathes ; ils ont une névralgie intercostale gauche occupant les cinquième, sixième et quelquefois septième espaces : que si, dans ce cas, vous appuyez fortement votre doigt au-dessous du mamelon, clans le cinquième espace, vous provoquez une vive douleur ; or, ce qu'a fait votre doigt, de dehors en dedans, la pointe du cœur le fait à chacune de ses systoles de dedans en dehors. Mais comme à chaque battement 1 organe comprime le nerf malade, et comme ces chocs sont exagères encore par les palpitations de l'anémie, le patient- associant dans son esprit ces palpitations, indice incontestable d'une perturbation fonctionnelle de l'organe, aux retentissements douloureux qu'elles provoquent - en conclut, avec assez de vraisemblance, ^existence, chez lui, d'une maladie du cœur. Tout au moins de Lis malades sont-ils autorisés à dire, ainsi qu'ils le font souvent, ,, qu'ils ont une-douleur au cœur ».

Comme vériffeation de ce que je tous d,s de tatota» W|

tuelle des affections organiques du cœur, prie.touscesmalheureuxqn'ontamenésdansnossallesdénorma

lésions valvulaires, et vous verrez qu'il en est peu d'enire eux qui se plaignent de « souffrir du cœur» ; de telle sorte qu'on pourrait croire, à première vue, que tous leurs organes sont malades, celui-ci seul excepté.

Je dois cependant faire ici une réserve des plus importantes, c'est que, dans la myocardite chronique avec dégénérescence granuleuse du cœur, que j'appelle myocardite dégénérante, il y a des points douloureux, qui n'ont pas encore été décrits avant moi, et qu'il faut savoir chercher. Alors le malade se plaint d'une sensation pénible profonde, de « griffe », d'« étreinte », d'« entrave» à la contraction de son cœur, qui semble « vouloir s'arrêter» ; et cette sensation, le malade la désigne en portant sa main « en plein cœur». Dans ces cas, la pression du doigt au troisième, quatrième et cinquième espace intercostal gauche, au voisinage du sternum, c'est-à-dire en plein ventricule gauche, provoque ou exaspère la douleur. Cette exploration fournit au diagnostic de la lésion dont je parle de puissants indices, auxquels s'ajoutent, en plus, l'âge avancé du sujet (de quarante-cinq à soixante ans),' ses habitudes plus ou moins bachiques, ou encore une diathèse' telle que la goutte.

Quand, au contraire, la recherche des points douloureux vous a appris que vous avez affaire à une simple névralgie intercostale, la partie pathogénique de la question reste encore à déterminer. Eh bien, votre client est un nerveux doublé d'un anémique ou d'un dyspeptique. Cherchez bien, et vous trouverez la preuve de son état névropathique dans l'existence d'autres névralgies lombaires ou iliaques, par exemple, si c'est une femme ; ou bien dans l'existence antérieure de névralgie faciale, de migraines, etc. ; vous découvrirez la preuve de son anémie dans la décoloration de ses tissus et l'existence d'un souffle doux à la base du cœur et dans les vaisseaux du cou; la preuve enfin de son état dyspeptique dans les caprices de son appétit et les difficultés de ses digestions Mais comment tout cela s'enchaîne-t-il? Le voici : vous observez ces phénomènes nerveux chez des femmes qui ont des troubles de la menstruation et de la dyspepsie antérieure ou consécutive, ou chez des hommes qui sont femmes en ce point qu'ils vivent comme elles d'une existence sédentaire, chez les gens de

lettres, par exemple, el en général chez tous ceux qui, développant exagérément leurs facultés sensibles ou intellectuelles au détriment de leurs facultés locomotrices, ont perdu l'équilibre nerveux entre le cerveau et la moelle De tels individus sont des monstruosités physiologiques ; ils sont, au point de vue fonctionnel, ce que sont, au point de vue matériel et organique, ces animaux ou ces plantes que l'industrie humaine a développés dans un certain sens exclusif, et, pour avoir mésusé de leur innervation cérébrale, ils en sont arrivés à la folie de la sensibilité.

Tous ces gens à névralgies ou à névroses sont dyspeptiques ; aussi Beau se demandait-il si la dyspepsie ne serait pas la cause en quelque sorte anatomique de la névralgie intercostale : une aura douloureuse, partie de l'estomac, traverserait les filets du plexus solaire, atteindrait les ganglions semi-lunaires, remonterait par les nerfs splanchniques aux ganglions thoraciques, d'où elle se réfléchirait immédiatement sur les nerfs intercostaux gauches ; mais cette explication un peu bien compliquée, n'est pas rigoureusement physiologique, en ce sens que toute action réflexe doit nécessairement passer par la moelle; d'ailleurs, elle ne saurait s'appliquer aux névralgies dont la source est ailleurs que dans l'estomac (dans l'utérus par exemple), ou le siège ailleurs que dans les nerfs intercostaux (ainsi, à la face). Notez; je vous prie, que, quelle que soit la source primitive du mal, la névralgie intercostale de l'anémie est ioujours à gauche ; de telle sorte que, si elle existe à droite, on est autorisé à en rechercher l'origine dansla maladie d'un organe situé de ce côte (plèvre, poumon ou foie). .

Tous les troubles que je vous signalais à l'instant, et bien d'autres encore, vous avez pu les observer chez la jeune fille cou- • chée au n° 3, et qui est névropathique de la façon que vous allez voir Elle est entrée à la salle Saint-Charles pour des palpitation» de cœur très douloureuses et se disant atteinte d'une maladie de cet organe. Vous entendez : dans la région sus-mamelonna.re gauche et au premier temps du cœur un bruit de souffle trôsi intense, bien que doux; dans les vaisseaux du cou, un bruit de souffle continu ; et enfin vous observez une décoloration très prononcée de la face et des lèvres. Il n'est guère permis de prendre

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