‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 167 sur 287 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Pleurésie et pneumonie. — L'inflammation du poumon peut-elle produire le point de côté? — Est-ce la plèvre ou le nerf intercostal qui souffre dans la pleurésie? — Point de côté des contusions de la poitrine. — Pourquoi la pleurésie est la plus innocente de toutes les phlegmasies des membranes séreuses.

Névralgie diaphragmatique par névrite du phrénique, et névrite du phrénique par pleurésie diaphragmatique. — Fréquence de la névralgie diaphragmatique.

Messieurs,

Le sujet que je traite n'est point tellement nouveau qu'on pourrait croire, ni la distinction entre les points de côté et les affections thoraciques tellement récente que nous ayonsbeaucoup à nous enorgueillir. Déjà Hippocrate en savait bien quelque chose : « En hiver, dit-il, dans son aphorisme xxiii de la section III, on observe des pleurésies, des pneumonies, des enrouements, des rhumes, des toux, des douleurs de poitrine et de côté (tovcc ffTY)6éuv x«! TcXeupéuv). » Ce qui prouve qu'il distingue explicitement et parfaitement ces dernières douleurs de celles de la pleurésie et de la péripneumonie.

Galien, lui, est plus explicite encore ; pour qu'il diagnostique une pleurésie, il lui faut un point de côté, un mouvement fébrile continu et de la toux. Il en est ainsi, pour ne parler que des anciens, d'Alexandre de Tralles et de Celse. Vous savez trop tout ce qu'ont ajouté à ces trois signes les richesses de la séméiotique moderne pour que j'aie besoin d'y insister davantage.

Je ne vous dirai donc pas comment, grâce à l'auscultation, notre époque n'hésite plus ou n'hésite guère, dans son diagnostic, entre la pleurésie et la pneumonie, et ne connaît plus ces distinctions subtiles et souvent peu fondées d'autrefois entre la péripneumonie et la pleurésie, la pleurésie sèche et humide la

pneumonie vraie et la pneumonie fausse. Frisson initial, point de côté, toux, expectoration sanglante, puis rouillée ; submatité, puis matilô; crépitation, puis souffle : voilà la pneumonie sous sa forme simple et classique, telle que chacun de vous a pu l'observer un grand nombre de fois, cette année, à la clinique de la Pitié.

Ce n'est donc point de tout cela qu'il s'agit ; ce que je veux discuter aujourd'hui, c'est l'origine probable de ces points de côté de la pleurésie et de la pneumonie.

Et d'abord, y a-t-il, peut-il y avoir point de côté par le seul fait de l'inflammation du poumon ?

L'un des plus illustres parmi les modernes, Andral, ne le croit pas, et cette opinion d'Andral était déjà celle d'Arétée : « Dolor vacat sisolus inflammetur pulmo. Js enim naluraliler doloris expers est, » dit-il dans le deuxième livre de son Decausis etsignïs acutormn morborum. « La douleur n'existe dans la pneumonie, dit de son côté Andral dans sa Clinique médicale, que lorsqu'il y a en môme temps pleurésie, et c'est le cas le plus ordinaire. » Elle manquait constamment, ajouLe-t-il, alors que la plèvre était saine. Dans ce cas, les malades n'éprouvent, dans le côté affecté, qu'une sensation de gêne et de malaise, une sorte de poids plus ou moins pénible («pectoris subest gravitas», avait dit Arétée), une chaleur incommode et profonde, mais jamais une véritable douleur ; ce qui fait dire aux anciens, de la pneumonie, qu' « elle entraîne plus de péril que de douleur (affert plus pevieuh quam doloris). » Le fait est que le poumon est de soi peu sensible, et j'ai maintes fois labouré le poumon, avec des instruments piquants et tranchants, chez des animaux vivants, sans que ceux-ci témoignassent delà moindre douleur; tandis qu'ils poussaicntdes cris aigus ou paraissaient souffrir beaucoup alors que j'irritais la paroi thoracique. D'ailleurs, une grande sensibilité eût ,1, du luxe pour cet instrument de physique, le poumon, destin, a cet emploi tout physique, l'endosmose etl'exosmose des gaz, et qui n'a même pas à se mouvoir par lui-même. Enfin, indépendamment de ces expériences, j'invoquerai cet autre fait d'observation vulgaire, c'est à savoir : l'absence de douleur dans les cas d apoplexie pulmonaire, bien que le poumon soit déchiré centrale-

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