DOULEUR DANS LA PNEUMONIE
ment en maintes places par des infarctus hémoptoïques. Tout :ela se conçoit si l'on songe que les vésicules du poumon n'ont point de nerfs, les filets terminaux des plexus pulmonaires n'ayant pu être suivis que jusque très près des extrémités des bronches.
Au contraire, Grisolle pense que la douleur peut se produire ndépendamment de toute inflammation de la plèvre et par le seul fait de la lésion du poumon. Pour le prouver, il cite (1) le as d'un homme qui avait eu, dans le cours de sa pneumonie, un riolent point de côté, et à l'autopsie duquel on ne trouva « ni épanchement, ni fausse membrane, ni rougeur de la séreuse, qui avait son poli et sa consistance, aussi bien sur sa surface viscérale que sur les parois de la poitrine. »
Cependant le même auteur (2), recherchant s'il y avait quelque rapport entre le siège de la douleur et le point du poumon que la phlegmasie occupait, est arrivé aux résultats suivants : « Sur près d'un cinquième des cas, la douleur correspondait exactement à la partie du poumon frappée d'inflammation ; chez un septième des malades, la douleur occupait un point du thorax assez rapproché de celui de la pneumonie. Enfin, chez tous les autres, la portion du poumon phlogosée était éloignée du point où la douleur était perçue. » Ce qui, si je sais compter, revient à dire que, dans les deux tiers des cas (plus exactement dans les vingt-trois trente-cinquièmes), la douleur était ailleurs qu'au point du poumon lésé (3). On a quelque peine à comprendre comment, après une pareille statistique, Grisolle n'en arrive pas moins à conclure contre Andral, que c'est le poumon qui souffre. L'arithmétique, comme le raisonnement, conduit au contraire à cette déduction que, puisque le plus souvent c'est ailleurs qu'au point du poumon lésé que se fait sentir la douleur, c'est un autre organe que le poumon qui se plaint ; cet autre organe restant à dé"
(1) Grisolle, Traité de lapeumonie, p. 203.
(2) Grisolle, op. cil., p. 198.
Lin? ^ ^r1' dT k Statislic'uc de G,'is°'IC un cinquième, plus un septième lus « tous les autres » équivalent à l'unité ; on a donc pour )l valeur tous fies autres » ou x, \ [ 1 . M 23
terminer et pouvant être la plèvre ou les nerfs intercostaux. En tout cas, la déduction rigoureuse est qu'il y a rayonnement du travail irritatif, sinon phlegmasique, du poumon à la plèvre viscérale, et probablement de celle-ci à la pariétale et aux nerfs intercostaux du voisinage. 11 ne me répugne pas plus de croire, en pareille occurrence, la plèvre compromise, que je ne m'étonne de voir, au cas d'épididymite, la tunique vaginale s'enflammer, La peau du scrotum lui-même rougir et la douleur rayonner au loin : le processus morbide étant le même dans les deux faits. Seulement, l'épididymite a cet avantage sur la pneumonie, pour les délicats en matière de constatation scientifique, que les phénomènes s'accomplissent sous les yeux.
D'ailleurs, l'autopsie citée par Grisolle ne prouve peut-être pas autant qu'il paraît le croire. 11 faut bien distinguer, en effet, dans les maladies inflammatoires, la période de début et d'augment, toute d'acuité et d'irritation, de la période d'état ou de coclion, la première étant essentiellement douloureuse, la seconde essentiellement sécrétoire. Or, dans la pleurésie (le fait est de tous les jours), ce n'est pas quand il y a fausses membranes ou épanche! ment que la douleur existe au maximum, c'est avant tout acte sécrétoire, et comme préliminaire de cet acte, que la douleur se fait sentir ; de sorte que, dans l'espèce, la phlogose pulmonaire a fort bien pu rayonner jusque vers la plèvre en y produisant la douleur accusée, sans que l'irritation pleurale ait été jusqu'à l'acte sécrétoire; de sorte, enfin, qu'à l'autopsie, toute trace de cette irritation, dès longtemps éteinte, a fort bien pu disparaître comme elle.
Qu'il y ait rayonnement de l'irritation phlogistique de l'organe à son enveloppe, et cela même assez loin du point parenchymateux envahi, le fait ne me semble guère douteux, témoin le cas de notre malade du n° iS de la salle Saint-Paul.
Cet homme, entré tout récemment dans notre service, avait éprouvé, deux jours avant son admission, un frisson des plus intenses; puis, quelques heures plus tard, à droite, un point de côté d'une acuité peu commune. Vous l'avez vu, à son entrée, en proie à cette douleur poignante qui entravait chacune de ses inspirations, de manière* produire la respiration entrecoupée.