‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 170 sur 287 · PLEXUS PULMONAIRES RESPECTÉS DANS LA PLEURÉSIE · texte numérisé non relu

PLEXUS PULMONAIRES RESPECTÉS DANS LA PLEURÉSIE

mation des méninges, en se transmettant à la substance corticale du cerveau, provoque le délire; en produisant un épanchement, comprimerencéphalcetentraînelecoma,puisla paralysie ; parce qu'enfin, se propageant jusqu'au bulbe, 'l'inflammation méningée excite les convulsions éclamptiques terminales.

De même, la péricardite entrave plus ou moins les contractions du cœur par une myocardite corticale de voisinage; mais, lorsqu'elle est générale, elle menace bien autrement les fonctions circulatoires et la vie par la névrite aiguë du plexus cardiaque. Ici le grand sympathique est intéressé, et nous en verrons bientôt les formidables conséquences (1).

Enfin la péritonite trouble les fonctions des organes les plus nombreux comme les plus importants, et particulièrement celles de l'appareil digestif tout entier, qu'elle enveloppe d'une véritable tunique de Nessus. Mais, alors qu'elle est généralisée et rapide en ses allures, il y a embrasement de la totalité du système nerveux de la vie végétative, du plexus solaire à ses dernières ramifications ; alors aussi apparaissent les phénomènes de sidération, conséquences des troubles de ce système.

Eh bien, la pleurésie est incapable de pareils méfaits. Pariétale, elle enflamme (nous venons de le voir) quelques nerfs intercostaux, et produit une douleur qui, si intense qu'elle puisse être, n'est jamais redoutable. Viscérale, elle intéresse quelques points de la couche corticale du poumon, et produit un trouble fonctionnel médiocre en invalidant un certain nombre de vésicules pulmonaires ; c'est là tout le mal qu'elle peut faire.

En effet, les plèvres n'ont aucun rapport de voisinage avec les plexus pulmonaires, de sorte que l'incendie pleurétique ne saurait les atteindre. Le plexus pulmonaire postérieur (formé par un renflement gangliforme des pneumogastriques et quelques filets du sympathique) est situé, vous le savez, derrière la terminaison de la trachée-artère, et pénètre dans les poumons le long des bronches, dans la membrane muqueuse desquelles il se termine. Le plexus pulmonaire antérieur, plus petit, pénètre de la même façon, à la racine des poumons, le long de la face antérieure des

p) Voir, plus loin, leçon XXIV.

peter, — Clin, méd. 3« édit.

/(34 LES l'OlNTS DE COTÉ.

bronches. EL ni l'un ni l'autre de ces plexus n'est en contact avec la plèvre médiastine, pas plus qu'avec la plèvre pulmonaire, 1 laquelle s'arrête aux bronches.

Telle est, messieurs, la raison pour laquelle -on n'observe pas dans la pleurésie cet ensemble formidable de symptômes viscéraux et sympathiques de la péricardite (1) et surtout de la péritonite aiguës et généralisées. Voilà pourquoi il n'y a dans la pleurésie ni cette pâleur, ni cette altération des traits, m ce refroidissement brusque des extrémités, ni cette brutale sidéralion des forces, caractéristiques d'un ébranlement considérable du

grand sympathique.

Seule, la pleurésie diaphragmatique peut être directement redoutable, en raison du trouble fonctionnel quirésulte pour l'hematose de l'inflammation trop intense du diaphragme ainsi que du nerf qui l'anime. Ce sont là toutefois des cas infiniment plus rares qu'on ne l'a dit.

Mais les points de côté ne sont pas seulement le résultat des affections dont nous venons de parler, et en particulier d'une inflammation franche de la plèvre ; on les observe aussi à la suite de simples contusions de la poitrine. Depuis longtemps, M Gosselin appelle l'attention de ses élèves sur les douleurs de côté, si fréquentes et si rebelles, qu'on observe en pareil cas, et qui préoccupent si vivement, quoique bien à tort, les malades. Le savant chirurgien ne peut guère admettre qu'un traumatisme ait porté son action sur la plèvre ; et d'ailleurs une douleur pleurale ne persisterait pas durant des semâmes, et même des mois, sans se traduire par quelque signe physique lequel au contraire fait défaut. D'un autre côté, on ne peut croire à une ostéite costale, parce qu'une ostéite ne se prolonge pas aussi longtemps sans qu'il en résulte du gonflement de 1 os, et M Gosselin n'en a pas constaté. Enfin, la pression sur es côtes n'éveille et n'augmente pas, dans ces cas, la souffrance * un mot, dit M. Gosselin, la douleur ressemble à celle de la névralgie intercostale spontanée. Or, tenant compte de la canM du mal, qui est une contusion, le professeur de la Charité, d ac-

(1) Voir leçon XXIV.

NÉVRALGIE DIAPHRAGMATIQUE. 435

cord ici avec Beau, ne serait pas éloigné de croire que cette douleur est due à une névrite traumatique. Et l'on conçoit que le corps contondant a fort bien pu produire une attrition plus ou moins profonde et étendue d'un tronc ou d'un rameau nerveux. Seulement la démonstration matérielle a toujours manqué jusqu'ici à M. Gosselin.

Dans tout cela, une chose est certaine, c'est qu'il y a douleur nerveuse — ou, pour parler grec, névralgie; — et ce qui le démontre, même au cas de pleurésie, c'est que la pression n'est pas seulement douloureuse sur tout le trajet d'un espace intercostal, mais aussi qu'elle est le plus pénible en des foyers bien connus, qui sont les points d'émergence des rameaux nerveux ; et qu'enfin elle éveille de la souffrance au sommet des apophyses épineuses des espaces correspondants.

Or, n'est-il pas probable qu'en cas d'inflammation un peu vive, telle qu'on l'observe dans la pleurésie, par exemple, le nerf se trouve compris e t compromis clans la sphère de l'irritation inflammatoire, dont le point de départ est la plèvre, et qui rayonne au loin ? N'est-il pas vraisemblable que le nerf intercostal subit alors ce qu'éprouvent les nerfs des vaisseaux plongés dans une atmosphère inflammatoire? Au voisinage d'un phlegmon, par exemple, non seulement les vaisseaux sont plus dilatés, mais encore ils sont animés de battements plus énergiques que ceux d une partie homologue : ce qui veut dire qu'il y a paralysie, ou tout au moins parésie de la tunique contractile du vaisseau, qui résistant moins à l'ondée sanguine, se laisse dilater davantage par elle, et en traduitplus passivement l'impulsion. Seulement en cas d'irritation inflammatoire transmise au nerf intercostal,' action porte sur la sensibilité, le nerf étant mixte, et il y a douleur; tandis que lorsque cette irritation s'exerce sur un nerf vaso-moteur, nerf de mouvement, l'action morbide porte sur la mot.hle, et il y a parésie. Mais le phénomène est identique dans les deux faits. 4

On voit de ses propres yeux, ce phénomène du rayonnement n «o,re s'accomplir s'il s'agit de phlegmon; on ne le Pas dans le cas de pleurésie, Et, en vérité, quand celle-ci

est aiguë ol simple, la propagation do la phlogoso n'est jamais telle, qu'elle se fasse jusqu'à la peau et que la pavai de a poitrine soit ainsi envahie dans toute son épaisseur. Mais le bit est fréquemment réalisé quand cette pleurésie devient purulente ; auquel eas l'inflammation a si bien rayonné, que toute la paro, est prise, jusques et y compris la peau, qui rougit, P™ » <*»"' en un point ; c'est l'empyème. Eh bien, .1 n'y a point là différence dans la nature du processus morbide, mais difeence dans son intensité seulement; et ce qui est vrai et matériel lemen démontré pour la pleurésie purulente abeédée est également vrai au degré près, pour la pleurésie aiguë simple.

I y a plus : 1 inflammation chronique delà plèvre rayonne te lementtout à l'entour, qu'il en résulte pour les tissus adjaeen s nn état d'hypérémie habituel, dont l'hypertrophie peut être la conséquence ainsi se produisent pour les côtes les plus direct ment en rapport avec le foyer pleurétique les osteophyte s «pj M Parise de Lille, a décrits dans un bon travail. Ce travail d os- "fiea n accom lit dans le périoste adjacent à la plèvre made c'est dans son épaisseur que se développent les granulation osseuses, qui forment plus tard des lames superposées u tissu osseux de la côte, avec lequel elles naissent par se souder.

Maintenant faisons, si vous le voulez bien, ^ ~

chose permise en matière scientilique. Supposons ce qui e| aiment réalisable, très exactement connus l'ocigine le counexions le trajet et les irradiations d'un nerf tel que le d S l aa«ue, par exemple; sachant d'ailleurs que — d'un nerf n'est point seulement centrifuge, mais aussi cent npè , r'est à-dire .que si l'excitation d'un tronc nerveux se propage

—ment à ses expansions terminales ^iproquen ^ Pirritation d'une de ces expansions on, . « ,

d'entre elles/peut remonter vers le tron témoin ce f ^ ■ vulgaire qu'on l'en néglige scientifique men de lendoo ment de toutes les branches du nerf maxillaire inférieur, à la suite de la lésion (et encore y - UU «» très petit «.et nerveux qui avoisine un très petit o n. c dentaire; et non seulement endolorissemcnt de cette

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d'où émane le filet compromis, mais de la branche adjacente, inférieure ou supérieure, du trijumeau, voire même des trois branches de ce nerf. Fort de ces données, demandons-nous ce que devrait produire de symptômes l'irritation des rameaux du nerf diaphragmatique en rapport avec la plèvre qui tapisse le diaphragme, dans le cas de lésion de cette portion de la plèvre ; en d'autres termes, inventons, pour ainsi dire, la névralgie dia* phragmatique.

Il est bien évident, par ce que nous savons des névralgies en général, que les mouvements du muscle diaphragme provoqueront ou exaspéreront la douleur, ce qui va, par contre-coup, gêner les mouvements de ce muscle, et par suite entraver la respiration dont il est le principal agent mécanique ; que de même, la pression sera douloureuse partout où des filets de ce nerf sont accessibles à notre investigation, c'est-à-dire aux insertions du diaphragme, le long de la base du thorax, en avant comme en arrière, et à la face inférieure du diaphragme, que nous pouvons comprimer à sa partie antérieure, en refoulant de bas en haut la paroi de l'abdomen.

Voilà pour les expansions terminales.

Il est tout aussi évident que la pression du tronc du nerf phrénique sera pénible, et que, par conséquent, le malade souffrira si on comprime en avant du scalène antérieur, là où passe le nerf phrénique avant de s'engager dans le thorax.

Voilà pour le tronc du phrénique. Voici maintenant pour les origines de ce nerf et ses anastomoses :

Il naît, vous le savez, des troisième, quatrième et cinquième paires cervicales, et quelquefois reçoit un filet de la seconde paire ou de la sixième. Et cette multiplicité dans l'origine doit déjà vous faire supposer la multiplicité dans le retentissement possible de la douleur. Ce n'est pas tout : il s'anastomose avec la branche descendante de l'hypoglosse, avec le grand sympathique par des fibres arciformes, avec le cordon de communication des ganglions cervicaux supérieur et moyen, et souvent avec le ganglion cervical inférieur; enfin, avec des filets du nerf sous-clavier.

L'ébranlement douloureux subi par le nerf phrénique pourra

donc retentir sur presque toutes les branches d'origine du plexus cervical superficiel et profond, et se transmettre par voie de propagation aux branches terminales de ce plexus : d'où la douleur possible à la région du cou, de la clavicule et môme de la mâchoire inférieure, par le fait de la névralgie diaphragmaUque.

Mais je n'ai pas fini : les cinquième et sixième paires cervicales contribuent à la formation du plexus brachial et fournissent directement les nerfs des muscles de l'épaule (nerfs des muscles sus et sous-épineux, des grand et petit ronds, du sous-scapulaire) ; et enfin la première grosse branche importante du plexus brachial est le nerf circonflexe, qui anime le deltoïde ; de sorte que la névralgie du nerf diaphragmatique pourra retentir dans l'épaule correspondante.

Enfin on conçoit que ce retentissement pourra se faire sentir iuSque dans le bras, en raison de la loi de communauté d'origine qui régit les irradiations extrinsèques, le plexus brachial ayant en commun avec le plexus cervical les cinquième et sixième

paires cervicales.

Eh bien, tout ce que je vous dis là de la névralgie diaphragmatique est plus qu'une hypothèse : c'est un fait, réalise dans e cas de pleurésie diaphra gmatique, pleurésie à symptômes tellement étranges si l'on méconnaît les irradiations de la douleur pTnlmédiaire du phrénique, et tellement simples si on les interprète anatomiquement-

Le malade du »• m de .a salle Saint-Charles vous en a ou un bel exemple, et d'autant plus intéressant pour nous, que nous avons vu naître sa pleurésie.

Ce te femme, Je je vous ai déjà signalée à propos es n , vraies intercostales droites, dont elle souffra.t en .,u 11 t, à « "1 do ses eoliqoe, hépatiques, avait éprouvé eu ma, tous le mp 6m e lauévral ie diaphragmatique, vraisemolah.emen svm tomatique elle-même d'une pleurésie d.aphragmat.que , au li mtho»énie le donne-t-ello à supposer. Vmo iL falS ' elle est outrée le 7 mai dans la salle San* Cha ou 'o liques hépatiques remontant à une — de „ s el vomissait et souffrait de l'hypochoodre drott, n » u aC t Pas de Uévre et «Ml » M »™ au travad, quand.

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enfin, la douleur croissant et les forces faisant défaut, la malade dut s'avouer vaincue et entrer à l'hôpital.

Le soir môme, le chef de clinique, M. Duguet, lui fit appliquer des ventouses scarifiées, qui calmèrent notablement ses souffrances; un vésicatoirc, que j'ordonnai ensuite, compléta le soulagement. Elle avait d'ailleurs le foie assez volumineux et douloureux, notamment au niveau de la vésicule biliaire. Il est inutile de vous rappeler qu'il y avait de l'ictère.

Le 19 mai, les coliques reparurent, pour céder à l'application d'un second vésicatoire ; en même temps, la teinte ictérique se fonçait encore davantage.

Enfin, trois jours plus tard, le 22, la malade m'arrêtait à son lit pour me dire qu'elle se sentait très oppressée. Pourquoi cette oppression, sinon parce que la malade avait une des complications possibles des affections du foie ? Mais était-ce dans le foie lui même qu'était le point de départ de l'oppression? Etait-ce plus vraisemblablement dans un organe voisin?

Ce problème clinique fut, séance tenante, résolu devant vous à l'aide de l'expérience que vous connaissez. J'appuyai successivement le doigt sur chacune des insertions costales du diaphragme, et chaque fois la malade redressait vivement le tronc pour se dérober à la douleur dont elle se plaignait non moins vivement.

J'appuyai sur la clavicule droite à sa partie moyenne, elle était douloureuse. Il en était ainsi de l'épaule correspondante.

Mais ce ne fut pas tout : je comprimai le phrénique au cou en avant du scalène antérieur, et non seulement la malade en éprouva de la douleur, mais elle nous dit que par cette compression « elle sentait sa respiration s'arrêter et qu'elle s'arrêtait là » (et, ce disant, elle montrait son diaphragme). Voilà, j'espère, qui vaut bien une vivisection ; et cette femme, physiologiste sans le savoir, nous a donné une excellente démonstration expérimentale.

Or, ce n'est pas là le seul point intéressant du fait que ie vous rappelle.

H n'est pas douteux qu'il y ait là tout au moins névralgie diaphragmaUque, mais n'y a-t-il pas aussi pleurésie? La chose est

u0 LES POINTS DE COTE.

assez, probable, parce que, depuis deux à trois jours, cette malade a un petit mouvement de fièvre qu'on ne peut rapporter m à une colique hépatique simple ni à une simple névralgie. Seulement (comme cela arrive souvent dans les pleurésies diaphragmatiques, pour des raisons que je vous ai dites à propos d'autres malades), il n'y a ici ni souffle ni égopbonie. Quant à la matité postérieure, évidemment augmentée, comme elle siège à droite, on ne peut savoir si elle est due à un exsudât pleurétique ou au plus grand volume du foie.

Mais pour qu'il y ait pleurésie diaphragmatique, étant donnée la cause, elle ne peut être qu'une pleurésie par propagation, et il faut bien qu'il y ait eu, au préalable, péritonite diaphragmatique. Et pour qu'il y ait eu péritonite diaphragmatique, il faut, de toute nécessité, qu'il y ait eu antérieurement péritonite sus hépatique. De sorte qu'il a dû y avoir ici cet enchaînement c e phénomènes : d'abord, une colique hépatique classée, o està-dire une irritation due au passage de calculs biliaires dans le canal cholédoque, et nécessairement dans le canal cystique ; puis une inflammation possible de ces conduits et de la vésicule biliaire; puis, une propagation de cette inflammation dans les canaux biliaires intra-hépatiques, puis au tissu hépatique circonvoisin; c'est-à-dire ce que, dans son langage pittoresque Trousseau appelait « une broncho-pneumonie du foie >> . Or je vous ai dit que dès l'entrée de la malade a 1 hôpital, quinze ours avant les accidents actuels, j'avais constaté une augmentation de volume du foie, symptomatique déjà tout au moins d'une congestion de l'organe, qui était douloureux.

Je vous ferai remarquer encore, à ce propos, que ni le chef de olinicrue M. Duguet, ni moi n'avons négligé d'avoir recours aux SnslguL locales, lorsqu'elles nous ont paru indique.; ; malgré l'anémie apparente, qui arrête trop souvent de n jours la main du médecin, au grand détriment du malade. 1 bénéfice de ces émissions sanguines, immédiat — ^ ai évident, que la malade les réclamait elle-même à chaque tour de ses crises douloureuses.

Je dis maintenant que la nature de la douleur e se su ad* tiens dans la pleurésie diaphragmatique, ne se pouvant concei

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que par l'irritation du nerf phrénique, elles prouvent en faveur do la théorie de Beau, quant à la névralgie ou à la névrite inlercostale concomitante de la pleurésie; et je m'étonne qu'il n'aitpas songé à invoquer cet argument clinique. D'ailleurs, tout cela n'est, en dernière analyse, que la vérification, dans un cas particulier, de cette proposition générale formulée par un homme à l'esprit éminemment généralisateur et philosophique, M. Bouilïaud, à savoir, que « la douleur pongitive de la phlegmasie des membranes séreuses est due à l'extension de l'inflammation aux nerfs sous-jacents. »

Ce que vous avez observé du côté du phrénique droit chez notre malade, à l'occasion d'une colique hépatique, vous l'observerez, messieurs, non seulement dans tous les cas analogues, mais dans les affections du foie les plus diverses, alors qu'il y aura périhépatite, et pour les mômes raisons. — La douleur à l'épaule droite, signalée dans ces affections, n'est autre que la douleur du nerf circonflexe par névralgie du phrénique.

Eh bien, de même vous pourrez observer cette douleur à l'épaule, mais du côté gauche, dans le cas de périsplénite ; — et toujours par le fait d'une névrite diaphragmatique, dont il faut alors rechercher l'existence à l'aide des signes que je viens de vous indiquer.

Mais je n'ai pas épuisé le sujet : rien n'est fréquent comme la névralgie diaphragmatique, au cas de maladie grave de l'aorte, et elle est alors régulièrement méconnue. C'est parce qu'il y a lésion de l'aorte qu'il y a souffrance du phrénique par névrite, dans Y angine de poitrine, Y insuffisance aortique et même le goitre exophthalmique. Le fait de la coexistence de la névralgie diaphragmatique dans ces trois ordres d'affections est incontestable : il suffit d'y regarder pour le voir, bien qu'on ne l'ait pas encore fait avant moi (1).

Mais comment y a-t-il névralgie diaphragmatique par lésion de l'aorte? Je vous exposerai bientôt (2) le rôle d'intermédiaire que joue le péricarde au cas d'angine de poitrine. Or, il est pro-

(1) Voir Névralgie diaphragmatique dans Archives de médecine 1871

(2) Voir, plus loin, leçon XXIII, les observations et les pièces anatominues «■ 1 appui. 1

bable que le mécanisme est le môme dans l'insuffisance aortique (que je vous ai prouvé (I) être le plus souvent «lue à une lésion primitive de l'aorte) et dans le goître expphthalmique (où, après d'autres, j'ai trouvé également des lésions aortiques) (2).

C'est précisément la relation presque constante de la névralgie diaphragmatique avec ces affections qui donne aux souffrances du phrénique une si haute importance séméiotique, puisqu'elles peuvent, une fois reconnues et interprétées, vous mettre sur la voie d'une lésion de l'aorte méconnue du malade comme du médecin (3).

Dans tous ces cas, les douleurs du phrénique étaient le fait d'une névrite, mais il en est d'autres où elles dérivent d'une perturbation névrosique, d'une névralgie, chez des hystériques, par exemple, ou des épileptiques, ainsi que je l'ai observé (4).

D'autres fois les douleurs du phrénique peuvent survenir à l'occasion d'un refroidissement, et il est probable qu'alors ellesi dérivent d'une périnévrite rhumatismale.

Mais m' objecterez-vous, messieurs, pourquoi et commenteette névralgie diaphragmatique, que vous dites si fréquente, a-t-elle été méconnue jusqu'à vous? La douleur est un fait à trop grand fracas pour qu'on le méconnaisse ainsi! On ne méconnaît pas la douleur, en effet; mais on peut en mal interpréter la nature et l'origine. Dans la plupart des cas, la douleur du phrénique est rapportée alors à une névralgie intercostale des espaces inférieurs; et c'est en pressant sur les points douloureux spéciaux (aux insertions diaphragmatiques, au-devant du scalfcne anténeui et sur les parties latérales du cou) que je démontre 1 erreur ; dont mon collègue convient volontiers s'il est chirurgien mais avec moins bonne grâce, s'il est médecin; et cela, d'abord parce que je suis médecin moi-môme, ensuite, parce que cette toute pet e chose, la névralgie diaphragmatique, ne nous vient pas d Aile-

^attenant la raison de ces méprises est foute doctrinale; elle

(1) voir, plus haut, la leçon VIII sur I ,2 Voir Clinique médicale de Trousseau, t. H, p. o89, 4 ..ni. (il) Voir, plus loin, leçons XXIII et XXIV. (4) Voir, plus loin, leçon XXIN .

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vient de ce qu'on a toujours considéré jusqu'ici le nerf phrénique comme un nerf exclusivement moteur, parce qu'il est exclusivement destiné à un muscle, et qu'on l'a ainsi involontairement rapproché du nerf facial. C'est là une erreur manifeste : à la face, il y a division du travail d'innervation : le facial préside à la mo tilité, le trijumeau à la sensibilité; nulle part ailleurs cette division ne s'observe, tous les nerfs y sont mixtes, c'est-à-dire moteurs et sensitifs ; de sorte qu'on aurait grand tort de comparer le phrénique, parce qu'il se distribue à un muscle, comme étant un nerf de mouvement seulement. 11 est mixte par ses origines comme par ses fonctions; il ne donne pas seulement au diaphragme le mouvement, il lui départit la sensibilité.

Est-ce que l'on songerait un instant à refuser aux muscles cette propriété? Ils l'ont tant et si bien, qu'elle y est commune et spéciale. Par la sensibilité commune, le muscle sent quand on le touche, et souffre quand son sarcolème est rhumatisé, dans la pleurodynie ou le torticolis ; comme il souffre encore, et cruellement, quand ses fibres sont déchirées, ainsi qu'il arrive dans la rupture du plantaire grêle et certains cas de lumbago. La sensibilité spéciale du muscle le fait mesurer sa contraction au degré que la volonté a résolu, et proportionner ainsi l'effort au but qu'il faut atteindre. C'est la perversion ou la perte de cette sensibilité spéciale (par dégénérescence scléreuse des cordons postérieurs de la moelle ou sensitifs) qui eptraîne le désordre presque grotesque de la contraction musculaire dans l'ataxie locomotrice.

On a donc de la sensibilité musculaire la preuve physiologique comme la preuve pathologique. Eh bien, il en est ainsi de la sensibilité du phrénique : il est sensible au toucher à la région du cou; il l'est bien autrement encore à l'excitation électrique par les courants induits. C'est ce que Duchenne (de Boulogne) a maintes fois constaté. Dans un cas môme, il a, par la faradisation d'un phrénique, déterminé une contracture' douloureuse d'une moitié du diaphragme, qui persista fort longtemps. Enfin la preuve pathologique de la sensibilité du phrénique, c'est qu'il souffre dans la péricardite, ainsi que Boudlaud l'a fait voir; dans la pleurésie diaphragmatique ,

comme l'a démontré Noël Guéneau de Mussy, et comme je vous l'ai fait voir après eux. Pour toutes ces raisons, qu'il serait superflu de développer davantage, la névralgie du phrénique ne peut donc pas plus être niée que sa névrite. Je sais d'ailleurs que deux médecins du plus grand mérite, Potain et Axenl'eld, ont observé des faits semblables aux miens, et que, depuis que j'ai décrit la névralgie diaphragmatique, on en a su voir des cas jusque-là méconnus.

Dans ma prochaine leçon, je vous parlerai de V angine de poitrine.

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