L'ANGINE DE POITRINE
rieure et jusque dans la région temporale une douleur assez vive pour s'opposer à la mastication des aliments.)
La sternalgie, à son maximum, est accompagnée delà plus vivo angoisse : c'est une sensation d'oppression accablante, de suffocation, « comme une pause de la vie, » dit Elsner ; il semble au malade qu'il va mourir.
Telle est à peu près la description classique, abstraite, idéale, de l'attaque d'angine de poitrine; mais, si vous lisez attentivement les descriptions des auteurs, ou si vous analysez leurs observations, vous constaterez les plus grandes discordances.
Les uns affirment que le pouls n'est pas modifié ; d'autres, qu'il l'est; — les uns, que la respiration n'est nullement gênée ; d'autres, qu'elle l'est jusqu'à la suffocation.
C'est qu'en réalité l'angine de poitrine est un assemblage très complexe de phénomènes morbides, et non pas une maladie à contours nettement arrêtés ; elle est même le plus souvent un épipbénomène plutôt qu'une affection indépendante, et elle est aussi variable dans son type anatomique que dans son type symptomatique. Je veuxdire qu'elle peutsurvenir parle fait de lésions chroniques du cœur et des gros vaisseaux, comme par celui de maladies très aiguës du péricarde, et peut-être de la plèvre diaphragmatique; et cette variété dans la cause matérielle de la maladie explique la variété dans la description qu'en ont donnée les auteurs. Ce n'est pas qu'ils aient mal observé, c'est qu'ils étaient en présence de cas où les symptômes étaient tels qu'ils ont dit qu'ils étaient ; et si les uns ont écrit que le pouls était troublé, et d'autres qu'il ne l'était pas, c'est que les phénomènes qu'ils observaient étaient de nature différente, et que l'angine de poitrine ne se ressemble pas à elle-même.
Ainsi Schmidt rapporte que le pouls est alors très troublé, souvent concentré, petit et inégal, parfois intermittent, et que le malade a des palpitations. Parry mentionne également l'irrégularité du pouls chez quelques malades. Au contraire, Wichmann et Jurine disent n'avoir point constaté d'irrégularité ni d'intermittence dans le pouls.
Vous avez vu tout à l'heure que Stokes signale les palpitations tumultueuses de son malade, et vous avez pu vous-mêmes obser-
ver l'excessive fréquence et la grande irrégularité du pouls, non moins que les palpitations douloureuses de nos malades des n0B 3, 9 et 17.
Et si d'autres, comme Wall, comme Schmidt, ont dit que la respiration était troublée ou compromise dans l'angine de poitrine, ce n'est pas qu'ils l'aient inventé, c'est qu'elle l'était bien réellement dans les cas qu'ils observaient, comme elle l'était chez nos malades des n08 3 et 17.
Gela est tellement vrai, que c'est le malade qui fait souventla narration de ses souffrances, et qu'il n'est pas dans son récit dominé par le désir de j'aire concorder ses symptômes avec les exigences d'une conception physiologique à priori. Ainsi, un des malades d'Heberden lui écrivait : « La douleur m'occasionne ou une légère défaillance ou de la gêne dans la respiration. » Wall disait que son malade éprouvait une violente dyspnée ou plutôt une sensation de suffocation; et Schmidt déanissait même l'angine de poitrine dolor cum constrictione pecloris et summo gradu
dyspnœse conjunctus.
En vain objecterait-on que l'angine n'était pas simple, en de pareils cas, qu'elle était compliquée ; l'angine simple, prise comme type de description, étant une abstraction idéale dont on serait fort embarrassé de présenter des exemples copiés d'après nature.
En conséquence, reprocher aux auteurs leur discordance dans l'exposé symptomatique serait en réalité reprocher à la maladie de n'être pas simple; il est en effet fâcheux que la matière vivante, essentiellement complexe dans ses phénomènes, ne se prête pas facilement aux besoins de l'analyse, et que les types morbides ne soient pas tellement simples et univoques, qu'on puisse aisément les cataloguer pour les ranger ensuite sur les rayons invariables d'un casier nosologique inflexible.
Mais que voulez-vous! cela est ainsi. Le plus sage serait de s y
conformer. t . „
Comment, après cela, doit-on comprendre L'angine de poitrine . Ici les théories n'ont pas manqué, et le moindre reprochequ on puisse faire aux plus récentes, est d'avoir trop simplifié la compréhension physiologique des phénomènes.