LÉSIONS DANS L'ANGINE DE POITRINE
Mais d'abord disons de quelles lésions l'angine de poitrine peut être l'expression plus ou moins directe.
On est généralement d'accord pour attribuer le plus souvent l'angine de poitrine à des lésions chroniques du cœur, des gros vaisseaux, et surtout de ses vaisseaux propres, les artères coronaires. 11 n'est pas douteux, d'un autre côté, qu'on ne l'ait observée dans quelques cas de maladies aiguës, intéressant par voisinage le centre circulatoire, par exemple dans la péricardite (1).
Les lésions chroniques signalées parles auteurs sont, par ordre de fréquence : 1° la dégénérescence athéromateuse, et surtout calcaire (ossification), des artères coronaires, trouvée 18 fois sur 33 cas analysés par Larligue ; 2° des lésions analogues de l'aorte à sa tunique interne, avec vascularisation possible de la tunique externe, et rayonnement de l'hypérémie jusqu'au plexus cardiaque (phénomène signalé par Lancereaux) ; 3° des lésions du cœur, siégeant aux valvules sigmoïdes de l'aorte ou à la valvule mitrale, ou des altérations de texture, et surtout la dégénérescence granulo- graisseuse, et enfin, phénomène connexe, l'hypertrophie des parois et la dilatation des cavités.
Revenons un instant sur l'ossification des artères coronaires découverte par Jenner, et sur laquelle Parry et Kreysig ont insisté. Cette lésion n'est pas isolée ; elle fait partie d'une dégénérescence générale du système aortique qu'elle implique ; et, dans cette dégénérescence générale, celle des artères coronaires est une des plus profondes pour des raisons toutes physiques, que je vous ai exposées en vous parlant de YEndartérite (loi des courbures des artères et de la quantité de mouvement de l'ondée sanguine [2]). Par conséquent, les auteurs ont eu raison de signaler la lésion des artères coronaires dans l'angine de poitrine, mais ils ont eu tort de ne point rechercher toujours les lésions simultanées et de même nature de l'aorte et du cœur. Par conséquent, dire : lésions des artères coronaires, revient à dire, à fortiori: lésions de l'aorte.
Il serait d'ailleurs bien peu sensé de croire la lésion des artères coronaires capable de produire l'angine de poitrine : supposer une telle chose serait aussi peu rationnel que d'attribuer cette
(1) Voir, plus loin, p. 479.
(2) Voir VEndarlérile, XVe leçon, p. 290 et 291.
angine à l'ossification des cartilages costaux, comme l'avait fait Rougnon.
Au fond, on s'est borné à constater une coïncidence. L'enchaînement pathogénique est bien autrement complexe, ainsi que nous le verrons dans un instant.
La lésion des artères coronaires implique, ai-je dit, celle du système aortique. La plupart des sujets sont âgés ; la vieillesse est une cause de dégénérescence athéromateuse ou calcaire, non seulement des vaisseaux, mais du cœur, ou mieuxdel'endartèreet de l'endocarde, ou mieux encore de certaines parties de celui-ci; de sorte qu'il y a dans ce cas non plus seulement maladie des artères coronaires, mais maladie semblable de l'aorle et du cœur. Par conséquent, le cœur est infiniment plus intéressé dans la question qu'on ne le supposait d'abord.
Mais la lésion des artères coronaires ne saurait expliquer les douleurs, phénomène si important de l'angine. Il était donc assez naturel de chercher à en placer le siège dans un appareil nerveux intra-thoracique : Jurine, de Genève, émit, par voie d'exclusion, l'idée que « la cause essentielle de cette maladie dépendait d'une affection des nerfs pulmonaires, qui dérange l'exercice des fonctions des poumons (1). » Depuis lui, on a été plus avant vers la vérité, en localisant la maladie dans les nerfs cardiaques 1 ainsi l'angine de poitrine serait une névralgie de ces nerfs. Au lieu de névralgie', dites névrite dans la plupart des cas, et vous aurez la théorie définitive de cette affection.
Mais si la doctrine qui fait de l'angine de poitrine une névralgie des nerfs cardiaques était bien près d'être la vraie, en est-il ainsi de celle qui, dissociant ces nerfs que la nature a si intimement confondus, va chercher dans le plexus cardiaque les filets du pneumogastrique et attribue à ceux-ci seulement les phénomènes de l'angine? de sorte qu'en définitive cette affection serait une simple névralgie des pneumogastriques.
Cette théorie s'appuie exclusivement sur l'expérience si connue de Weber, laquelle a démontré que l'excitation du tronc de ces
(1) Jurine, Mémoire sur l'angine de poHWno, dans l'Encyclopédie médicale, p. 413.
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nerfs diminuait, puis arrêtait les battements du cœur; tandis qu'au contraire leur excision était suivie d'une accélération remarquable «les contractions cardiaques. Or, quand les pneumogastriques sent excisés, il est bien évident qu'il n'y a plus clans le plexus cardiaque que les rameaux du grand sympathique; et, si les battements du cœur s'accélèrent dans ces conditions nouvelles, c'est que le sympathique serait le nerf accélérateur du cœur, tandis que le pneumogastrique en serait le retardateur ou régulateur, puisque son excitation, lorsqu'elle est modérée, diminue les contractions de l'organe, et les fait cesser lorsqu'elle est forte.
S'inspirant de cette expérience et considérant que l'arrêt du cœur produit la syncope, considérant d'autre part que l'angine de poitrine peut faire mourir subitement, on a attribué dans ce cas la mort subite à une syncope, et cette syncope à l'arrêt du cœur par excitation du pneumogastrique. Dans cette théorie, trop simple pour être vraie, il faudrait d'abord démontrer que la mort est due à une syncope, ce qui est loin d'être constant.
Comme, d'ailleurs, dans l'expérience de Weber, il y a arrêt du cœur et qu'un pareil phénomène est tout l'opposé des palpitations, on a ete entraîné, dans la théorie que je discute, à nier l'existence de palpitations dans l'angine de poitrine; comme, dans l'expérience physiologique, il n'y a pas d'oppression, on a également me la dyspnée chez les malades atteints de cette affection. Ainsi subordonnant la clinique à une expérience de physiologie, on â rejeté les faits qui ne se pliaient pas à la théorie. La vérité est que celle-ci est trop étroite pour être exacte.
Il s'en faut bien, en effet, messieurs, que l'angine de poitrine soit une névrose pure et simple du pneumogastrique ; et j'espère vous démontrer aujourd'hui qu'elle peut être due •
I. A une névrite duplexas cardiaque, avec ou sans névrite concomitante des phréniques;