‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 186 sur 287 · LÉSION PERMANENTE ET PÉRIODICITÉ · texte numérisé non relu

LÉSION PERMANENTE ET PÉRIODICITÉ

quelconque du nerf pneumogastrique (qui serait mieux nommé pneumo-cardïo-gastrique). L'excitation peut être physiologique ou pathologique. L'excitation physiologique ne produit l'attaque qu'en cas de lésion du plexus cardiaque, ou chez les individus doués d'une rare excitabilité.

. L'excitation cardiaque est une émotion vive, telle que la colère, le chagrin, dont on sait l'action sur le cœur, ou un effort plus ou moins considérable, qui, mécaniquement, demande à cet organe un surcroît de travail. Cependant, pour les émotions de l'âme, je fais une réserve quant à l'action primitive sur le pneumogastrique : il me semble qu'elle s'exerce d'abord sur le sympathique, ■d'où elle rayonne dans les intrications du plexus sur les filets vagues anastomosés.

L'excitation pulmonaire est « la marche contre le vent », signalée par tous les auteurs, les grands efforts respiratoires, etc. • Nous verrons tout à l'heure que l'excitation pulmonaire peut être morbifique et due à l'action du tabac.

L'excitation gastrique se produit par l'ingestion des aliments : aussi voit-on l'attaque survenir non pas à la suite seulement d'une débauche de table, mais même par le fait et au début d'un très léger repas. Tous les auteurs ont cité de ces cas, bien qu'aucun n'ait songé à en donner la théorie que je vous soumets, et l'explication que j'en ai tentée (1).

A ceux qui pourraient objecter (il en est et il en sera) à la théorie soutenue ici par moi, qu'ils ne sauraient comprendre des attaques paroxystiques séparées par des rémissions plus ou moins prolongées, alors qu'existerait une lésion matérielle du plexus cardiaque et de son support l'aorte, je répondrai que c'est là précisément ce que l'on observe dans les maladies du système nerveux avec lésion matérielle. De sorte que les attaques -d'angine de poitrine avec et par névrite du plexus cardiaque ne se comprennent ni mieux ni moins que les douleurs fulgurantes (intermittentes) de l'ataxie locomotrice, avec dégénérescence gélatineuse (permanente) des cordons postérieurs de la moelle ; ni mieux ni moins que les attaques éclamptiques (intermittentes

(1) Voir, plus haut, mémo leçon, p. 477.

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elles aussi) des tumeurs (permanentes elles aussi) du cerveau. Ou plutôt cela se produit de la môme façon : la lésion s'effectue » et le trouble fonctionnel s'ensuit; puis une certaine tolérance s'établit, il y a apaisement de l'organe au contact de la lésion; et cela dure le temps que cela peut, jusqu'à ce qu'une aggravation de la lésion, une hypérémie nouvelle, que sais-je encore? vienne rompre la trêve et faire recommencer les hostilités, c'està-dire les symptômes paroxystiques.

Mais, d'ailleurs, qu'on observe avec soin les malades atteints de lésions graves de l'aorte et de lésions concomitantes du plexus, et l'on verra qu'ils souffrent, mais d'une façon très tolérable, en dehors de leurs attaques ; que les douleurs se font sentir dans certains mouvements de l'épaule, du cou, et surtout de la poitrine : que ces douleurs sont provoquées par la pression en certains points d'élection que j'ai signalés. Ces souffrances, cette gêne sourde, correspondent à la lésion permanente; l'explosion des symptômes de l'angine ne survient qu'à l'occasion d'une excitation fonctionnelle, d'une poussée congestive ou d'une aggravation de la lésion.

C'est précisément à propos de l'angine de poitrine que Trousseau a insisté sur la périodicité souvent parfaite qu'affectent quelquefois les névralgies sous la dépendance d'une lésion organique

grave (1). . J

Ceci m'amène à vous parler de l'idiosyncrasie, si ridiculisée — chose et mot - par quelques médecins contemporains, qui admettent néanmoins sans broncher le « bouquet » des vins et ; le « fumet »» des viandes. Or, que sont ce bouquet et ce fumet, . sinon une manifestation toute matérielle de l'idiosyncrasie dm vin et de la viande? Donc, bravant le ridicule, je dirai que l'idiosyncrasie prédispose fortement à l'angine de poitrine.

Nous avons assez longuement examiné ensemble, l'état nerveux de nos malades des n« 3, 9 et 19 de la salle des femmes; Stokes a trop explicitement signalé le nervosisme du malade dont ie vous ai cité l'histoire, pour que j'aie à insister sur cette, question de l'idiosyncrasie et de son rôle dans l'explosion des

(1) Trousseau, Clinique médicale, t. II, p. 533, 4« édit.

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