NÉVRALGIE CARDIAQUE
accidents de l'angine de poitrine. Qu'il me suffise de vous rappeler que Diderot, que H un ter — des gens de lettres, des savants, g vit us irritabile — ayant une maladie cardio-aortique, comme les symptômes ou l'autopsie l'ont prouvé, avaient des attaques d'angine de poitrine et en sont morts.
II. Mais il est des cas où se manifestent les symp tômes doulou- ■eux de l'angine de poitrine sans qu'il y ait lésion de l'aorte ni lésion concomitante du plexus cardiaque. C'est alors une simple névralgie de ce plexus. On conçoit qu'il puisse aussi bien en être affecté que toute autre portion du système nerveux. Ces faits d'angine de poitrine par névralgie du plexus cardiaque sont incontestables. On observe cette névralgie chez les névropathes, parfois associée à d'autres troubles du système : ainsi dans la névropalhie cérébro-cardiaque de Krishaber, dans l'irritation spinale, chez les hystériques.
Les cas signalés par Krishaber sont extrêmement nets et significatifs : il y a absence complète de douleur spontanée ou à la pression dans l'intervalle des attaques, au niveau des points d'élection de cette douleur. Les bruits aortiques sont très purs; il n'y a pas de dilatation du vaisseau ni d'antécédent personnel rhumatismal ou goutteux. Tous les névropathes cérébro-cardiaques n'ont pas nécessairement l'angine de poitrine ; mais ceux qui l'ont, l'ont complète, au moins dans ses symptômes sympathiques et pneumogasiriques; ils éprouvent alors le refroidissement des extrémités, et ont la sensation de mort imminente; mais jamais Krishaber n'a vu ses malades succomber à l'attaque, si violente fût-elle. Ce qu'il y a de curieux, c'est que les symptômes laryngés (sensation de constriction, de gêne, comme par le fait d'un corps étranger) sont parfois asssez prononcés et assez persistants en dehors des attaques pour que le malade vienne consulter à ce sujet, se croyant atteint d'une affection du larynx.
J'ai observé de ces faits de simple névralgie du plexus cardiaque : dans un cas très net, survenu au commencement d'un repas (d'un repas, notez ce fait), après l'ingestion de quelques bouchées seulement, le malade fut pris d'un sentiment d'angoisse
douloureuse dans la région rétro-sternale supérieure ; il n'y avait pas douleur dans les bras, mais ils étaient comme alourdis; il y avait pâleur excessive de la face, refroidissement des extrémités et tendance à la syncope. Quand j'arrivai, quelques minutes après le début de l'accident, le visage n'était pas seulement d'une excessive pâleur, mais les yeux étaient un peu excavés, comme par une attaque do choléra ; la voix était éteinte, la peau froide, couverte d'une sueur abondante et visqueuse, le pouls filiforme et ralenti, battant 50 fois seulement (le pouls normal du sujet est de 76). Une douleur sourde existait encore à la région du plexus cardiaque, avec sentiment de gêne, de constriction et de plénitude, portant parfois le malade à faire de grandes inspirations ou à pousser des soupirs.
L'attaque avait été assez violente pour que le malade en restât deux jours très affaibli. Le pouls ne reprit son ampleur et son rhythme qu'au bout de ce temps. Quelques jours avant cette grande attaque, le malade avait éprouvé des symptômes analogues, mais très peu accentués encore. Depuis quelque temps, il était sous l'impression de vives préoccupations de famille, et la maladie d'un enfant qu'il aime tendrement était venue mettre le comble à ses ennuis. 11 va sans dire que le personnage est très nerveux : « il prend les choses très à cœur, » comme on dit ; mot significatif dans l'espèce, puisque c'est d'une névrose cardiaque
qu'il s'agit. .
Vous remarquerez le début de l'attaque après 1 ingestion de quelques parcelles d'aliments, c'est-à-dire par le fait de l'excitation des filets gastriques du nerf vague, chez un sujet dont le cœur moral, c'est-à-dire le système nerveux cardiaque, étai ébranlé depuis un certain temps. Ainsi l'excitation parlant des filets gastriques du nerf vague retentit sur les filets cardiaques du môme nerf; et il semble bien que, dans ces cas, il y ait eu prédominance d'action morbide du pneumogastrique cardiaque. sinoS action exclusive de ce nerf, puisque le pouls était ralenti. Mais D y a des cas où l'action du grand sympathique l'emporte, puisque dans le fort de l'attaque, le malade ne peut faire un mouvement sans que les battements du cœur soient accélérés, au point d augmenter de dix ou vingt par minute ; et cela, bien qu il y ait snnul-