‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 203 sur 287 · DÉCUBITUS DANS LA PLEURÉSIE · texte numérisé non relu

DÉCUBITUS DANS LA PLEURÉSIE

« Tantôt le malade se couche du côté sain, cl tantôt du côté malade. » Voilà qui est vrai, et bientôt dit. Mais pourquoi ces n tantôt » contradictoires ?

Au début de la pleurésie, quand la paroi de la poitrine est parfois si cruellement endolorie, le malade se couche du côté sain, parce que « cela lui fait mal » de s'appuyer sur une paroi dont les nerfs intercostaux sont enflammés ; et il évite de comprimer le côté qui souffre, absolument comme il s'abstiendrait de peser sur un coude ou un genou douloureux.

Mais plus tard, quand la douleur s'est calmée et que l'exsudation s'est effectuée, l'épanchement gênant l'ampliation du poumon du côté correspondant à la pleurésie, le malade se place instinctivement clans une situation telle que le poumon sain fonctionne dans sa plus grande amplitude, et, pour atteindre ce résultat, il se couche alors sur le côté affecté ; de manière à permettre aux parois opposées de se dilater au maximum et en toute liberté.

Voilà pourquoi le- pleurétique se couche « tantôt du côté sain et tantôt du côté malade » . Dans le premier cas, il cherche à éviter d'aggraver sa douleur ; dans le second, il s'efforce de respirer le mieux possible.

Eh bien, il est des pleuréliques qui ne peuvent absolument se coucher que sur un côté, toujours le même, sous peine de suffoquer dès qu'ils se placent un moment sur le côté opposé. Le côté sur lequel ils sont alors toujours couchés est le côté malade et la maladie consiste en un vaste épanchement. Dans ce cas, en effet, le poumon correspondant étant comprimé par le liquide, la surface de l'hématose est diminuée d'autant; il s'ensuit que le malade place son poumon sain (le seul qui fonctionne efficacement) dans les conditions où il puisse se dilater au mieux de son hématose; c'est-à-dire qu'il se couche sur le côté malade — qui a cessé d'être douloureux — et laisse ainsi toute liberté de dilatation au côté sain. Mais, dès qu'il veut changer cette position, aussitôt le liquide épanché, se déplaçant comme le tronc, en obéissant à la gravité, s'en vient peser sur la cloison du médiastin cl comprimer le seul poumon qui soit valide. De là cette suffocation immédiate qui force le malade à reprendre au plus vite sa position première.

Voici maintenant le point de pratique : quand un malade < vous dira qu'il est habituellement oppressé, et qu'il n'a que de l'oppression; qu'il tousse à peine, mais que a depuis quelque temps il ne peut se coucher que sur un seul côté ; qu'il est immédiatement pris de suffocation dès qu'il essaye de dormi?- sur le côté opposé, » croyez et affirmez que cet individu a un énorme épanchement dans le côté de la poitrine sur lequel il se couche habituellement et sur lequel il est obligé de se coucher exclusivement.

Voici un cas, entre autres, où ce signe, à savoir la suffocation subite par le changement de décubitus, m'a permis d'emblée, et avant toute investigation directe , d'affirmer l'existence d'un énorme épanchement pleurétique.

C'était à la fin du siège de Paris, le 27 janvier 1871 , je recevais à l'hospice de La Rochefoucauld, transformé en ambulance, un artilleur de trente-deux ans, harassé, surmené et affamé comme l'étaient alors nos malheureux soldats. 11 était pâle, oppressé seulement, ne toussait plus et n'avait pas de fièvre. Le médecin-, major, qui ne l'avait jamais ausculté depuis le début de sa maladie (laquelle remontait à deux mois, et bien qu'il toussât alors), l'avait considéré comme un paresseux, lui avait refusé de l'envoyer à l'hôpital et ne s'était décidé à l'évacuer sur La Rochefoucauld que parce que, décidément, le pauvre artilleur avait failli « se trouver mal » la veille étant de service et que ses camarades l'avaient pris en grande compassion.

Le billet d'envoi portait comme diagnostic «bronchite », et l'interne, qui n'avait pas eu le temps d'ausculter le malade, lequel d'ailleurs, je le répète, n'avait pas de fièvre et ne toussait pas, me le désignait comme un homme fatigué plutôt que comme un véritable malade.

Or les premières paroles de ce pauvre homme — ces premières paroles sur lesquelles j'attire toujours votre attention, auxquelles je vous avertis de prendre garde ; ces premières paroles, véritables cris de la souffrance, si expressives, parce qu'elles trahissent ce qu'éprouve habituellement le malade, ce qui le trouble le plus et le préoccupe par suite au plus haut point - les premières paroles de ce pauvre homme avaient été « qu'il avait la respira-

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