‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 204 sur 287 · DÉCUBITUS DANS LA PLEURÉSIE · texte numérisé non relu

DÉCUBITUS DANS LA PLEURÉSIE

tion courte depuis qu'il était malade, mais qu'il ne pouvait avoir son souffle et étouffait dès qu'il se couchait sur le côté droit. » Je n'en demandai pas davantage et j'annonçai aux assistants que cet homme avait certainement un vaste épanchement pleurétique à gauche.

Gela dit, je leur fis voir qu'en effet le cœur battait à 2 centimètres en dedans du mamelon droit, que la matité s'élevait jusqu'à la première côte, que le poumon était refoulé jusque vers l'angle sterno-claviculaire gauche ; que la respiration normale était abolie ; qu'il y avait du souffle sans égophonie aux parties supérieures de la poitrine à gauche ; et qu'il n'y avait pas de doute à avoir quant à l'existence d'un énorme épanchement, lequel, dans l'espèce, devait être séreux, la fièvre étant très modérée et sans exacerbations (la température du matin était de 3T°,7, celle du soir de 38°, 7).

Du reste, mon diagnostic, dont le point de départ avait été, je le répète, la suffocation survenant dès que le malade se couchait sur un certain côté, ce diagnostic trouva sa consécration par la ponction que je fis le surlendemain de l'entrée du malade. L'opération donna issue à trois litres et demi de sérosité citrine, du poids de 3",450. Et c'était cette masse liquide que le pauvre homme traînait ainsi avec lui depuis près de deux mois dans un des forts de Paris !

Je pourrais sans profit multiplier les citations; rappelez-vous seulement le cas de mon artilleur du siège de Paris, et cet exemple vous suffira.

Mais ce n'est pas seulement le décubilus qui est intéressant et significatif au cas de pleurésie abondante; la station debout, l'aspect du malade et sa marche ne le sont pas moins.

Celui qui porte un vaste épanchement dans la poitrine, le porte ordinairement d'une façon caractéristique ; il semble que le seau d'eau qui pèse sur un côté de son diaphragme tire en bas toute la partie correspondante de la poitrine ; le fait est que le malade se tient alors légèrement penché de côté, l'épaule un peu abaissée lavant-bras fléchi, la main rapprochée de la ceinture; et c'est "ans cette position qu'il marche, lentement et avec prudence Si en même temps la figure est pâle, que les narines se relèvent à

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chaque inspiration, que la voix soit entrecoupée pour reprendre haleine au milieu d'une phrase, pensez de suite à un épanchement pleurétique très abondant. Une simple tape appliquée alors du plat de La main sur le côté du dos suspect confirmera votre soupçon et complétera le diagnostic. Tout récemment j'ai eu l'occasion de vous signaler à distance un de ces vastes hydrothorax, chez un malade venu à la consultation de l'hôpital. Ce qu'il y avait de plus piquant dans le cas de cet homme, c'est qu'il sortait de l'asile de convalescence de Vincennes, après avoir séjourné près de trois mois dans un service de cet hôpital-ci, et qu'il avait traîné dans chacun de ces lieux son épanchement méconnu. 11 avait 3 litres d'eau dans le côté gauche de la poitrine, que je lui retirai le lendemain de son entrée dans nos salles. C'était donc là une pleurésie latente, s'il en fut; et les médecins qui l'avaient vu ignoraient sans doute ce signe que je vous indique. J'espère que vous n'oublierez pas l'aspect du malade et la façon dont il se tient, lorsqu'un côté de sa poitrine est rempli et alourdi par un vaste épanchement pleurétique.

Au moment où j'allais ponctionner la poitrine de ce malade, il se produisit un incident dont il faut que je vous parle : les élèves du service, vivement préoccupés, m'avertirent qu'ils avaient entendu le murmure vésiculaire à la base même de la poitrine, du côté où je leur avais annoncé l'épanchement, et ils me demandèrent si, nonobstant leur remarque, j'allais procéder à l'opération.

Ils avaient parfaitement entendu, mais mal interprété ; je veux donc vous prémunir contre cette cause possible d'erreur : en effet, la matité est absolue, comme dans le cas de ce malade, dans tout' un côté de la poitrine; il y a de la voussure, une notable dilatation constatée par la mensuration au cyrtomètre ou au ruban; le foie est affaissé ou le cœur refoulé à droite; tout entm vous dénote l'existence d'un vaste épanchement dans un côté dfl la poitrine, et néanmoins un doute obsède encore votre esprit et arrête votre brocart - vous entendez la respiration tout le long de la gouttière costo-vertébrale, et surtout à la base de la poitrine. Vous auscultez à diverses reprises; il n'y a pas de doute, c'est bien le murmure vésiculaire que vous percevez en ces

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