PLÈVRE SAINE ET PLEURÉSIE AIGUË
y reste généralisée, comme font, par exemple, les fièvres continues et les fièvres éruptives.
Vit-on jamais une fièvre éruptive passer à l'état chronique ? Ce qui peut persister alors, ce n'est pas la maladie, mais un accident quelconque de celle-ci.
Maintenant il est des maladies générales qui se localisent ; telles sont la pneumonie et la pleurésie, qui ne sont pas des maladies locales, mais des maladies localisées.
Je ne joue pas ici sur les mots; j'entends par maladie locale une affection qui frappe un organe ou une portion d'organe en respectant les autres : telle une entorse. J'entends par maladie localisée une affection qui, après avoir frappé l'organisme entier, se fixe bientôt sur un organe : telles la pneumonie ou la pleurésie' aiguës. Vous voyez d'ici la différence entre les deux sortes de maladies.
Dans les cas de la dernière espèce, il y ci d'abord fièvre, inflammatoire, ou bilieuse, ou adynamique ; puis localisation de la maladie sur telle portion de l'organisme qui offrira le moins de résistance, pars minoris resistentise ; ce sera, dans l'espèce, un organe fatigué par son fonctionnement incessant et de texture élémentaire, le poumon ou la plèvre; au fond, du tissu conjonctif, et rien que cela. Ainsi, dans la pneumonie franche, il y a fièvre inflammatoire d'abord, par l'action du froid, je suppose, sur l'organisme entier, la maladie étant générale comme sa cause; puis localisation de Vimpetus morbide sur le tissu conjonctif du poumon.
Mais le poumon est un organe très vasculaire, où il y a beaucoup de sang, sinon pour la nutrition de l'organe, au moins pour sa fonction; de sorte que la maladie inflammatoire localisée y est très active, dans sa période d'état comme dans sa période de résolution.
Au contraire, les séreuses sont remarquablement pauvres en vaisseaux, l'activité de l'inflammation y est possible au début et par le fait de l'intensité de la fièvre. (On peut même dire q»ê celle-ci n'est jamais aussi franchement ni aussi violemment inflammatoire que dans la pneumonie; non pas parce que la pneumonie engendre la fièvre inflammatoire, mais parce qu'au
8g8 LES l'LBURÉTIQUES.
contraire plus intense est celle-ci, plus elle aura de tendance à j se localiser dans le tissu conjonctif du poumon.) Puis, la flèvre génératrice tombée ou amoindrie, il y a langueur morbide de la plèvre enflammée par faiblesse native dp tissu séreux. Vous comprenez tout ce que peut ajouter à cette langueur morbide la faiblesse radicale de l'individu atteint. De sorte qu'un diathésique n'aura pas une pleurésie comme un non-diathésique ; un scrofuleux, un goutteux, un rhumatisant, ne sera pas pleurétique à la façon de celui qui n'est rien de tout cela.
Mais même cbez l'individu sain, non diathésique et seulement anémique, ou faible, ou momentanément affaibli, l'inflammation de la séreuse n'aura pas l'activité qu'elle posséderait chez un sujet plus robuste, ou chez le môme individu, mais qui n'aurait été affaibli. La résolution y sera plus lente; et, chose considérable, l'hypérémie y persistera un plus long temps en passant du mode phlegmasique au mode hypercrinique ; ou, chose plus grave encore, au lieu de sécréter une matière fibrineuse ou flbrinoséreuse clans laquelle nageront des leucocytes en nombre relativement restreint, ceux-ci prédomineront de beaucoup et la pleurésie sera purulente.
Eh bien, c'est précisément dans de tels cas que l'intervention du médecin est nécessaire ; s'il ne vient pas en aide au malade, il laisse dévier la maladie et la pleurésie se transforme trop souvent en hydropisie de poitrine ; ou, ce qui est plus sérieux, l'affection s'éternise et devient une pleurésie chronique, ou souvent une pleurésie purulente.
Nous allons voir comment notre premier malade a su guérir de sa pleurésie; et comment, au contraire, elle est devenue un hydrothorax chez le second. Nous verrons, dans d'autres leçons, comment se développent certaines pleurésies chroniques, par le fait du malade non moins que du médecin.
Au n° 28 de la salle Saint-Paul entra, le 17 mars, un homme de vingt-huit ans, de haute taille, vigoureusement constitué (X très bien portant jusqu'alors.
Récemment arrivé à Paris, il s'y trouva sans ouvrage, et voyant diminuer rapidement le mince pécule qu'il possédait, il mit & « nourrir une excessive parcimonie. A tel point que, dans les qu*