PLÈVRE SAINE ET PLEURÉSIE AIGUË
tre jours qui précédèrent son entrée à l'hôpital, il se contenta de 50 centimes d'aliments par jour. Cette alimentation insuffisante provoqua de la diarrhée, pendant les trois derniers jours. Ce n'est pas tout; l'essentiel étant de ne pas mourir de faim, il réservait tout son argent pour se nourrir et vivait en plein air; il avait élu domicile sous une arche de pont où il passait les nuits, et cela par les froids rigoureux de ces temps derniers.
Sous l'influence combinée d'une alimentation incomplète, d une habitation ouverte à tous les vents du ciel et d'une diarrhée de trois jours, il devint incapable de résister à l'inclémence des éléments, « prit froid » et eut une pleurésie ; mais cette pleurésie — chez un individu de vingt-huit ans, naturellement vigoureux, d'un tempérament nervoso-sanguin, le plus résistant de tous — cette pleurésie, dis-je, était le résultat d'une opportunité morbide accidentelle, elle n'était elle-même qu'un accident. Je ne saurais, en effet, trop le répéter : les maladies aiguës ne sont que des maladies accidentelles, absolument étrangères à l'organisme, et que, par conséquent, celui-ci s'efforce de rejeter loin de lui.'
Voici donc ce qui arriva. Cet homme nous est venu avec une peau à peine chaude, un pouls peu fréquent, une température de 37 degrés le matin et de 38 degrés le soir ; tels étaient les signes réactionnels.
Voyons maintenant les signes physiques. Vous savez ce que je vous ai dit de la courbe de Damoiseau : qu'elle sert à révéler certains épanchements et à en déduire- le diagnostic, comme lavait fait Damoiseau lui-même, et surtout le pronostic, comme je 1 ai fait, moi. allant en cela plus loin que l'inventeur.
Eh bien ! cet homme avait la courbe demi-parabolique par excellence, et la hauteur à laquelle se trouvait cette courbe était de 24 centimètres, prise à 10 centimètres en dehors de la colonne vertébrale. Je vous dis aussitôt : « Il n'y a pas là de sérosité ou Un y en a que très peu; c'est donc une pleurésie fibrineuse qui marchera très rapidement vers la résolution. Point n'est be' soin ici d'opération et le malade guérira par l'application d'un vésicatoire ou deux. »
En effet, le 18 mars au matin, on appliquait un vésicatoire, et le 20 mars, deux jours après, nous constations que la hauteur de
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la courbe, prise sur la môme ligne que précédemment, n'était plus que de 10 centimètres. Parallèlement, nous pouvions constater que l'égophonie avait diminué. Ce malade était guéri, messieurs ; il n'y avait plus l'ombre de fièvre, presque plus de dyspnée, et il demandait à manger, en des termes môme assez impérieux. Son organisme se ressouvenait de ses 50 centimes d'aliments d'autrefois.
Ainsi, vous voyez là une pleurésie aiguë, qui reste aiguë, parce qu'elle est essentiellement accidentelle, et que l'organisme se refuse à la transformer en une fonction morbide permanente. Ceci m'amènera, tout naturellement, à vous parler de notre second malade.
On pourrait dire, messieurs, que les maladies chroniques sont des maladies diaihésiques, c'es t-à-dire qu'elles se développent chez des individus en puissance de diathèse. Vous en pouvez voir déjà un exemple chez cet individu qui, couché d'abord au n° 17, occupe actuellement le n° 27. Cet homme est tuberculeux, et il a eu une pleurésie chronique, par suite de ce vice rédhibitoire de son organisme, la tuberculose. Jamais sa pleurésie n'a été- franchement inflammatoire, et il nous a fallu intervenir activement pour l'en délivrer, d'abord par la ponction, puis par des vésicatoires. « Or une maladie chronique d'emblée est une maladie constitutionnelle. » Voilà où j'en voulais venir.
Pour notre second malade du n° 28, il est tout le contraire de son prédécesseur. C'est un homme de cinquante-cinq ans, qui en paraîtau moins soixante. 11 estné dans d'assez mauvaises conditions ; il est lymphatique, cela se voit de prime abord; il a « une mauvaise graisse », comme on dit vulgairement. Dès l'âge de huit ans, il a eu une conjonctivite et une blépharite ciliaire qui sont restées ■ chroniques; c'est donc un scrofuleux, quoique la scrofule se soit bornée chez lui à cette bénigne manifestation. Dès l'âge de quinze ans, il entra dans une chapellerie de province, et vécut depuis lors d'une existence sédentaire, confiné tout le jour dans 1 un quelconque de ces étroits ateliers où s'étiolent les êtres humains.
11 avait dix-neuf ans lorsqu'il vint à Paris, et à l'âge de vingt ans il avait déjà une pleurésie qui n'était rien moins qu une pleurésie ordinaire, puisqu'on lui mit, par applications succès-