KYSTE PURULENT DE LA PLÈVRE
Occupations, espérant que l'exercice et le grand air achèveraient la cure. Le malade sortit en effet, et, un mois plus tard, un élève que j'envoyai à sa demeure pour y prendre de ses nouvelles, constata la cicatrisation définitive de la fistule, qui s'était fermée depuis dix jours. Depuis lors, j'ai appris que la guérison était définitive, la fistule ne s'étant jamais rouverte.
Ce cas est fécond en enseignements de plus d'une sorte : il prouve d'abord, et une fois de plus, la complète inutilité, et par suite le danger, dans les épanchements pleurétiques abondants et apyrétiques, de la révulsion par les vésicatoires (on en mit quatorze!) comme de la dérivaLion (diurétiques de toute nature) ; il prouve que dans les cas où l'on n'a pas su entraver la formation de telles inondations dans la plèvre, il n'y a qu'un seul moyen d'en débarrasser celle-ci, la paracentèse de la poitrine ; il prouve enfin que si l'on n'y a pas recours, la nature alors y pourvoit par la rupture spontanée de la paroi thoracique : et c'est ce qui eutlieu chez notre malade, lequel eu t cette double malechance qu'on ne sut pas empêcher son épanchement pleural de se faire, et qu'on ne sut pas davantage y remédier une fois celui-ci formé.
Ainsi vaste épanchement d'abord, empyème plus tard : tel fut ici le bilan de la médication antisanguinaire.
Vous avez vu les difficultés, les lenteurs, mais aussi le triomphe de la médication substitutive. Cet homme était épuisé par une suppuration très prolongée, non moins que par le siège de celle-ci qui portait atteinte à son hématose. Une des difficultés du traitement était l'existence d'une fistule pleuro-bronchique; je craignais de produire des accidents vers les bronches en injectant dans le kyste pleural des liquides irritants, et c'est ce qui eut heu quand j'injectai de la teinture d'iode étendue. Une autre difficulté se trouvait dans l'étroitesse et l'irrégularité du trajet fistuleux; une fois celui-ci dilaté et régularisé, le pus cessa de séjourner dans la plèvre, ce qui fut une première amélioration La nature puis la quantité en furent modifiées par les injectionsnouvelle et féconde amélioration. La couleur rosée du liquidé prouvait que l'irritation allait alors jusqu'à produire la rupture de petits vaisseaux; et ce ne fut pas un mal. Enfin, ce malade guérit; mais je dois vous avertir que vous
ne
Rî)0 Les pleurétiques.
serez pas toujours aussi heureux, car il résulte des recherches de M. Oulmont que la mort dans la pleurésie chronique a surtout été observée lorsqu'il y avait simultanément fistule pleuro-bronchiquc et tistule pleuro-cutanée.
Le cas de ce malade que nous avons observé ensemble n'est rien moins qu'exceptionnel : vous en verrez de semblables à tous les âges, même chez les enfants et par suite des mômes causes, l'insuffisance du traitement. Aussi m'en a-t-il rappelé d'autre? qui m'avaient vivement frappé durant mon internat.
C'était à l'hôpital des lînfants malades, non pas dans le service de mon cher et savant maître M. Roger, qui traite encore Lel pleurésies aiguës par les émissions sanguines, mais dans le service d'un médecin naturiste, c'est-à-dire qui observe ce que l'on appelle la marche naturelle des maladies, et dans les salles duquel on pouvait voir ce que fait parfois la nature abandonnée à ellemême, surtout au cas de pleurésie : c'était fort édifiant.
Un jour, entre autres, un médecin de la ville, qui n'osa* pas faire la ponction de la poitrine, avait envoyé à l'hôpital pour j être opéré un jeune garçon de huit ans. L'enfant avait tout le côté gauche du thorax rempli de liquide. Nonobstant 1 urgence, l'opération ne fut pas faite; on se contenta d'appliquer de la teinture d'iode sur la poitrine. Le pauvre petit avait de la fièvre, il était fort oppressé ; il ne quittait pas son lit; néanmoins on ne voulait toujours pas l'opérer. La nature se chargea de le faire, mais assez mal; la paroi thoracique se rompit à la partie antérieure du deuxième espace intercostal; du pus s'écoula en abondance, mais la rupture s'était faite trop haut, de sorte que l ecoulement par la plaie, qui resta flsfuleuse,ne déversait au deh rs que le trop-plein du kyste pleural; c'était comme un écoulement par regorgement qui ne soulageait en rien le malade L oppression resta la même, il y eut de la fièvre hec tique de > ta diarrhée survint, et le petit malade succomba dans le maïasme A l'autopsie, on ne trouva pas de tubercules : la pleurésie puni
lente avait suffi à la mort. .
Semblable terminaison eut lieu, dans le même service et de ■ même façon, chez un autre petit malade qui fut traité de même Sorte, c'est-à-dire parla contemplation.
PLEURÉSIE Et MÉDECINE NATuRlSTÈ. 591
Il était entré avec une pleurésie aiguë qu'on laissa devenir chronique : un épanchemcnt s'était fait, qui occupait tout le côté gauche de la poitrine. La thoracocentèsc, qui était si bien indiquée, ne fut cependant pas pratiquée. La paroi thoracique s'ulcéra à la partie antérieure du troisième espace intercostal. Durant plusieurs semaines le pus s'écoula par la plaie fistuleuse. L'opération de Tempyème en un point plus déclive de la poitrine, qui s'imposait en quelque sorte, ne fuL pas plus pratiquée que dans le cas précédent, et le malade succomba comme le premier. Il n'était pas plus tuberculeux que lui.
Ainsi moururent.de pleurésie purulente deux enfants qui ne périrent que parce qu'on avait trop compté sur la nature ; laquelle est comme le ciel, qui « n'aide que ceux qui s'aident euxmêmes. »
LES PLEU RÉTIQUES.