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LÀ SCIENCE MODERNE ET LA TRADITION

On peut, sans irrévérence pour le présent, croire que la médecine a compté dans le passé quelques grands hommes, et que ces gens-là n'étaient ni des fous ni des sots. L'observation médicale ne date pas d'hier, non plus que la présomption.

Pour moi, que vous voyez à l'œuvre, j'accepte avec reconnaissance les nombreux dons de la science moderne : la percussion, je la veux pratiquer avec une précision telle, que j'en ai imaginé un instrument spécial, le plessigraphe (pardonnez-le-moi !); l'anatomie pathologique, je passe parfois de longues heures à en faire, et quelques-unes de mes conférences sont là pour vous prouver que je ne la tiens point en moindre estime que la physiologie ; quant à la température dans les maladies, je ne la recherche pas seulement vers les centres, mais à la périphérie; et non seulement à la périphérie, mais au plus près de la lésion (1).

Ce que je veux dire, c'est que l'idéal du médecin doit être de concilier la tradition dans ce qu'elle a d'inébranlable avec ce qui peut rester de définitif parmi les travaux modernes ; de ne pas se prendre d'une folle passion pour toutes les nouveautés médicales ; de ne les accepter, au contraire, qu'avec une prudente réserve. Là est, je crois, la sagesse. Le progrès ne consiste pas à changer de système tous les quarts de siècle, l'organisme des malades ne se modifiant pas radicalement tous les vingt-cinq ans. Un tel progrès, c'est le désordre, et la victime n'en est point le médecin, mais le malade.

C'est pourquoi j'ai voulu comparer la pratique de nos devanciers à celle de nos contemporains, au cas de pleurésie, et j'ai trouvé que la comparaison n'était pas à l'avantage de ceux-ci. Cela change d'ailleurs un peu et ne fait pas de mal, de relire les vieux maîtres.

Pour en revenir au traitement de la pleurésie par la médication antiphlogistique, en voici les résultats, empruntés aux tfa-

(I) Voir une parl.ie de mes recherches sur les Températures morbides locales, t. I, leçon XXX, p. 655, et même leçon, d'une part [température locale de la paroi thoracique après la ponction de la plèvre), d'autre part [température locale, le ta paroi abdominale après la ponction de l'ascile' ; t. Il, leçon LXXI [température locale dans la tuberculisation pulmonaire), et enfin leçon LXXVII [température intra-utérine avant, pendant, après l'accouchement, et dans 'le cas (le melrite puerpérale).

6g6 LES PLEURÉTIQUES.

.vaux de deux hommes qui ont illustré l'école de Paris, Andral et Bouillaud.

Dans dix cas de pleurésie aiguë, traités par les émissions sanguines et les vésicatoires, la guérison eut lieu très rapidement (1).

Dans les trois premiers cas, il n'y eut môme pas d'épanchement, la maladie fut pour ainsi dire jugulée.

Le premier malade était un homme de vingt-neuf ans, rohuste et bien portant; dans la matinée du 18 avril 1822, frisson ; la nuit, violent point de côté à droite et toux sans expectoration. Dans la soirée du 12, entrée à la Charité et saignée immédiate.

Dans la matinée du 13, l'aspect, comme l'état général, était celui de la pleurésie aiguë ; la face était rouge et animée ; il y avait une vive douleur sous le sein droit, qui augmentait par la toux, les mouvements respiratoires, la percussion et la pression intercostale ; mais il n'y avait pas de matité, bien que la respiration fût plus faible à droite qu'à gauche. Le pouls était dur et médiocrement fréquent. On fit encore une saignée de 12 onces et on appliqua quinze sangsues sur le côté douloureux. Le sang des deux saignées présenta un caillot à bords retroussés, couvert d'une couenne épaisse et entouré d'une sérosité abondante. 11 s'agissait bien là évidemment d'un état inflammatoire qui n'était pas celui d'une bronchite.

Le lendemain, cinquième jour de la maladie, la douleur pleurétique ne se fait plus sentir que dans les fortes inspirations ; le bruit respiratoire s'entend également bien partout ; mais la fréquence du pouls persiste et aucune sueur n'a eu lieu. Troisième saignée de 8 onces, à couenne très mince recouvrant un large

caillot. . ... .

Le sixième jour, la douleur pleurétique avait complètement disparu ; le malade avait sué pour la première fots ; il toussait a peine, n'avait plus de fièvre et se sentait très bien. On ne prescrit

que de la tisane. J Le septième jour, le bien-être qui avait immédiatement smv

la sueur critique de la veille est un peu moindre ; il y a un peu de

malaise, des borborygme* et de la constipation. On donne2onc<S

d'huile de ricin.

(1) Andral, Clinique médicale, t. IV, p. 411 et suiv., 1834.

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