TRAITEMENT PAR LES CAUTÈRES MULTIPLES. G
moins que ses néfastes résultats, chez le malade du n° M, qui subit en sept semaines la torture de huit vésicatoires et de quarante-trois purgations (4); du n° 42, qui fut tourmenté par quatorze vésicatoires et les diurétiques les plus variés (2). Or, je sais des cas où des malades se meurent tout à la fois de leur pleurésie purulente (qui nécessiterait le traitement chirurgical dont je vous parlerai prochainement) (3) et de la médication vomitive, qui ne fait rien résorber.
Le mieux assurément serait de ne rien faire — c'est-à-dire de continuer la belle médication qui a présidé à la naissance de répanchement, l'expectation ! Au moins n'ajouterait-on pas la spoliation aux troubles de l'hématose, et ne serait-on malfaisant qu'à demi. On n'enlèverait pas alors une partie de son sérum à ce sang déjà mal hématosé par l'amoindrissement de la surface pulmonaire, ajoutant ainsi X anémie par quantité à X anémie par qualité/
Maintenant, puisque par leur abstention systématique les médecins de nos jours sont arrivés à ce glorieux résultat de transformer, je le répète à dessein, une affection médicale en une affection chirurgicale, voyons ce que doit être l'opération de chirurgie devenue nécessaire, et ce à quoi elle obvie seulement.
Ce sera le sujet de la prochaine leçon.
Cependant je dois auparavant signaler ici la possibilité de la guénson d'un épanchement très abondant par l'emploi d'un moyen injustement tombé en désuétude, l'application de cautères suppurants sur la poitrine.
Ce moyen, autrefois consacré au traitement de la pleurésie chronique ou de celle qui traîne en longueur, a été mis en œuvre par un très distingué médecin de Neuilly, le docteur Godlecki pour traiter des épanchements pleurétiques même aigus S'inspiranl de la pratique du docteur Lamotte, qui appliquait ainsi les cautères depuis plus de vingt-cinq ans, M. Godlecki a traité de la sorte « un nombre considérable d'épanchements pleurétiques et toujours avec un succès invariable. » Ce moyen consiste à mettre
(1) Voir, plus haut, leçon XXVIII, p. 579.
(2) Voir, plus haut, leçon XXVIII, p. 583.
(3) Voir, plus loin, leçon XXX.
628 LES PLEURÉTIQUES.
de six à douze cautères sur la paroi thoracique, soit avec la potasse caustique, soit avec la paie devienne (I). La douleur est moins vive et moins persistante par la pâte de Vienne, et je crois cette dernière préférable.
A l'exemple de M. Godlecki, un médecin très distingué de Paris, le docteur Antonin Martin, a appliqué cette médication avec un succès complet dans trois cas, et avec un succès relatif pour un quatrième malade.
Dans un de ces trois cas de guérison il s'agissait d'un jeune homme lymphatique et tuberculeux, qui contracta une pleurésie dans une excursion dite « de plaisir » à Londres. 11 en revint avec le côté droit de la poitrine plein d'eau. La pleurésie avait été très fébrile. M. Antonin Martin fit appliquer successivement six ventouses scarifiées, puis deux vésicatoires ; mais la résorption ne se fit pas. Le 8 juillet 1877, au quinzième jour de la maladie, M. Antonin Martin me fit appeler, et je conclus à la nécessité de la thoracocentèse. Mais le malade, pusillanime, s'y refusa. M. Antonin Martin eut alors l'heureuse idée de proposer et d'appliquer, le 11 juillet, sept cautères sur la poitrine, les trois premiers au niveau du sixième espace intercostal, les quatre autres au niveau du neuvième. « Le malade n'en pouvait plus alors, m'écrit M. Antonin Martin; je croyais qu'il devait mourir dans un accès d'orthopnée.
« L'épanchement diminua progressivement, quelquelois de 5 à 6 centimètres du jour au lendemain.
« Le 24 juillet, treize jours après l'application des cautères, le malade fut en état d'être transporté chez son beau-frère.
« Le 8 août, il faisait sa première sortie sur le quai d'Orsay; le 14 il revenait me consulter chez moi, et je constatais la disparition de l'épanchement, mais de la matité due à des faussé membranes, des frottements pleuraux et... des craquements au
sommet! .1 « Depuis sont survenues des bémoptysies très graves et le, tu
hercules se sont ramollis. »
Cet homme, que j'ai revu à l'état de phthisique en 18.9, a donc
(l) Godlecki, Moniteur Ihérapculiqu
e, 7 mars 1877.