‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 227 sur 287 · ACCIDENTS DE LA TIIORACOCENTÉSE · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DE LA TIIORACOCENTÉSE

au retour de répanchement, donnant lieu à ces signes si curieux mentionnés par Landouzy clans quelques cas d'épanchements pleurétiques.

Le 27, l'état général était des plus graves, l'émaciation, rapide, indiquait une fin prochaine : la douleur de la paroi thoracique gauche était devenue telle, qu'il était impossible d'y appliquer le thermomètre pour y prendre la température, la pression des espaces intercostaux étant intolérable.

Le 30, le malade succombait à sept heures du matin avec une oppression considérable.

A l'ouverture du thorax on trouva, dans la cavité pleurale gauche, 2 100 grammes de liquide purulent, mais beaucoup moins épais qu'au moment de la ponction. Le poumon était ratatiné et semblait réduit au lobe supérieur. La plèvre viscérale, la plèyre pariétale surtout, ainsi que la plèvre diaphragmatique , étaient épaissies et recouvertes d'une couche très épaisse d'exsudats fibrineux très adhérents.

. Sur une coupe du poumon gauche, granulations tuberculeuses miliaires très nombreuses, surtout au sommet.

La partie inférieure du lobe supérieur droit, et tout le lobe inférieur droit, étaient farcis de tubercules.

Le cœur était déplacé et sa pointe située au niveau de l'appendice xiphoïde. Il y avait 180 grammes de liquide dans le péricarde, qui était très épaissi et très vasculaire.

Il n'est pas douteux qu'ici la mort n'ait été la conséquence du réveil de la fièvre de suppuration et de l'épuisement dû à la sécrétion de 2 000 grammes de pus en dix jours; de sorte qu'on ne saurait nier que la ponction de la poitrine n'ait été la cause accélératrice de la mort.

On peut rapprocher ce fait de celui de notre malade du n° 11, dont je vous ai parlé dans ma XXVIIIe leçon (1), et où les ponctions furent évidemment malfaisantes. Nous verrons tout à l'heure les ponctions successives plus malfaisantes encore au cas de pleurésie aiguë.

Je discuterai également bientôt la conduite à tenir alors que

(I) Voir leçon XXVIII, p. 579.

i'ktkr.— Clin, mdd. 3° édit.

0S8 LES PLEURÉTIQUES.

la pleurésie purulente est d'origine tuberculeuse ; mais ce que je devais vous faire voir, à propos de ce malade que vous ave/, observé avec moi, c'est le mauvais effet des ponctions répétées : véritable supplice renouvelé des Danaïdes, mais où c'est le malade qui est le supplicié.

Enfin la ponction est faite de la façon la plus prudente, et avec la lenteur la plus sage, à l'aide d'un instrument aspirateur; elle est faite pour la première fois, d'urgence, et en vue d'évacuer un épanchement abondant, que le malade est hors d'état de résorber; l'opérateur a donc mis de son côté toutes les chances de succès et l'opération marche d'ailleurs à souhait; or, voici cependant que le malade succombe, et succombe subitement vers la fin, ou peu de temps après l'opération.

Il n'y a pas à dire que la mort ne soit pas le fait de celle-ci; c'est bel et bien l'opération qui a été l'artisan de la mort, bien que l'opérateur en soit absolument innocent.

Dans un cas qui a été observé par mon ami le docteur E. Besnier, où la pleurésie était purulente et le malade épuisé, on pouvait encore attribuer la mort à l'épuisement antérieur à la ponction; dont le malade était incapable de supporter la douleur, comme il était hors d'état de tolérer la brusque variation de pression résultant du vide opéré dans la cavité pleurale par l'évacuation du liquide. Mais, dans d'autres cas, mentionnés par M. Desnos et par M. A. Legroux, où la pleurésie était franche, séro-fibrineuse, et les individus robustes, l'état de santé préalable à l'opération ne peut être invoqué. Ainsi la ponction de la poitrine, au cas de pleurésie, peut être cause de mort — et il faut que vous le sachiez pour ne pas opérer à la légère; pour ne pas considérer cette opération comme innocente et sans danger; pour ne pas oublier d'en signaler les éventualités possibles à la famille, afin de dégager votre responsabilité, à l'occasion de l'accident le plus terrible qui puisse arriver à un opérateur, celui de voir succomber son opéré par le fait de l'opération. La mort a lieu, dans ces cas, soit par syncope, comme le pense justement M. Legroux, soit par brusque et énorme congestion pulmonaire! comme l'enseigne non moins justement M. Desnos. Au fond, le

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