PLEURÉSIE PURULENTE , ASPIRATION ET INJECTIONS
remplace par l'ajutage intermédiaire. Pour éviter que l'air ne pénètre dans la cavité de la plèvre au moment où l'obturateur est retiré, on engage le malade à ne pas respirer, et l'on visse rapidement l'ajutage à robinet, on l'invite également à retenir sa respiration lorsqu'on a retiré cet ajutage pour le remplacer par l'obturateur. Ainsi l'air ne pénètre pas plus dans la plèvre à ce moment qu'il ne l'a fait pendant le lavage et l'injection.
Le jeu du piston de l'aspirateur permet d'imprimer au liquide la force de projection jugée nécessaire, et l'injection est dosée, retirée de la plèvre ou laissée à demeure, suivant qu'on le juge à propos.
Par cette méthode des lavages et des injections pratiquées avec' l'aide du trocart thoracique, M. Dieulafoy a obtenu la guérison d'une pleurésie hémorrhagique et purulente; mais ce traitement a complètement échoué chez un malade de mon service (I). Yoici le cas de guérison emprunté à la pratique de M. Dieulafoy:
Une jeune fille était atteinte de pleurésie chronique du côté gauche. Au huitième mois de la maladie, la ponction fut décidée et donna issue à 3 litres de liquide très fortement coloré par le sang. Six mois après, on constatait un nouvel épanchement d'au moins 2 litres de liquide. Un mois plus tard, M. Dieulafoy pratiqua l'aspiration, mais s'arrêta après avoir retiré 1 litre de liquide très sanguinolent. Il ne voulait pas soumettre à une trop vive aspiration une plèvre qui paraissait tellement disposée aux hémorrhagies. A quatre jours de là, il retira encore 1 litre de liquide de même apparence et d'assez mauvaise odeur. Le surlendemain, nouvelle aspiration de 1 litre de liquide sanguinolent ayant une odeur de macération très prononcée.
Deux jours après, même opération suivie du même résultat. Une cinquième aspiration fut faite trois jours plus tard :1e liquide était moins rouge, il avait une teinte grisâtre et contenait une abondante quantité de globules de pus; c'est-à-dire que la pleurésie hémorrhagique s'était transformée en une pleurésie purulente, ainsi que nous l'avons vu à la suite des ponctions répétées. Le bénéfice obtenu par ces évacuations successives do la plèvre
(I) Voir, plus loin, p. 671.
fir,2 LES PLEURÉTIQUES.
élait IbrL passager et, même très problématique, l'épanchemenl se reformant avec une grande rapidité, au détriment de la vitalité de la plèvre, qui, au lieu de faire du liquide hémorrhagique, faisait du liquide purulent; au grand dommage surtout de l'organisme, lequel s'altérait en môme temps que la plèvre, la malade ne digérant plus aucun aliment, l'amaigrissement devenant extrême et la température étant fort élevée ; de sorte enfin que M. Dieulafoy proposa au docteur Yeillard, dont cette jeune fille était la cliente, l'établissement d'un tube thoracique à demeure. On en était là lorsque, cinq jours après la cinquième ponction, un pneumothorax se produisit. La dyspnée était excessive, il y avait cinquante ■inspirations par minute et cent trente pulsations. L'état général était des plus alarmants.
« Cependant le trocart thoracique n° 1 fut mis en place dans le septième espace intercostal, fixé au moyen de rubans de fil et de collodion, et il fut possible de faire dans la journée deux lavages et deux injections. Le liquide retiré avait l'odeur du sphacèle; aussi les lavages furent-ils faits avec de l'eau tiède chargée de phénol, et les injections composées de 400 grammes d'eau pour 4 grammes de sulfate de zinc.
« Les lavages furent continués le lendemain et les jours suivants ; sous l'influence de ce traitement, l'état de la malade s'améliora rapidement, et dès les premiers jours le changement était notable. L'odeur infecte du liquide avait disparu. La purulence était moindre et la gravité des symptômes généraux s'amendait sensiblement. La malade prenait du lait, des œufs et du vin, qu'elle digérait parfaitement.
« La cavité de la plèvre s'oblitérait, mais bien lentement; car, après un mois de ce traitement, on pouvait injecter sensiblement la même quantité de liquide. Cependant, au bout d'un mois, les signes du pneumothorax commencèrent à disparaître ; la malade reprenait des forces, elle mangeait de bon appétit et pouvait se lever et faire quelques pas dans sa chambre.
« Un mois plus tard, la jeune malade commença à sortir : à ce moment le lavage et l'injection du soir furent supprimés, et on ne fit plus qu'une fois par jour, le matin, la toilette de la plèvre. Le liquide conservait encore sa nature purulente, mais le poumon