THORACOCENTÈSE DANS LA PLEURÉSIE AIGUË
on n'a rien fait contre celle-ci ; la diphlhérie comme la pleurésie, intactes, c'est-à-dire non touchées, restent telles que devant.
A la suite de la ponction d'un épanchement pleurétique récent, il peut donc arriver, et il arrive en effet, une de ces trois choses : ou l'épanchement ne se reproduit pas, ou il se reproduit tel qu'il était, ou il se reproduit autrement.
11 est incontestable que, dans un certain nombre de cas, le liquide ne se reproduit pas à la suite de la ponction, et qu'ainsi le malade est débarrassé par l'opération.
Eh bien, je dis que, dans ces cas, la guérison aurait pu être obtenue par des moyens médicaux et sans paracentèse. L'observation la plus rigoureuse et la plus répétée démontre assurément que dans le cours de la pleurésie, alors que la maladie est encore active, des épanchements, môme abondants, se résorbent en quelques jours, et par des moyens médicaux.
A l'appui de cette assertion, je pourrais vous citer des faits personnels; j'aime mieux emprunter le suivant à la pratique de mon collègue et ami M. Cadet-Gassicourt :
Une femme de trente ans, entrée le 28 mars dernier, salle Sainte-Marie, n° 14, dans le service de M. Cadet-Gassicourt, pour un embarras gastrique fébrile, allait en sortir guérie lorsque, le 1M avril, puis le 2, elle fut prise de frissons avec un point de côté sous le mamelon gauche.
Dès le 2 avril, on examine avec soin la poitrine et l'on ne constate rien, sinon un peu d'obscurité du son à la percussion de la base gauche de la poitrine, en arrière.
Le lendemain, la pleurésie dont on soupçonnait la venue se révélait enfin par l'existence d'une matité encore peu étendue, avec souffle très évident et cgophonie du côté gauche.
En même temps, le pouls était fréquent, la peau chaude et la température axillaire à 38 degrés.
On prescrit un large vésicatoire et de l'oxymel scillitiquc.
Les jours suivants, on pouvait suivre les progrès graduels de l'épanchement, et l'oppression, qui, au début, avait été peu intense, augmentait au point que la malade ne répondait plus que d'une voix entrecoupée aux questions qui lui étaient faites.
Le 12 avril, la matité se percevait en arrière jusqu'au niveau
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de l'épine de l'omoplate, en avant à partir de quatre travers de doigt au-dessous de la clavicule; il était .évident que l'épanchement était considérable. La fièvre persistait avec 38 degrés le matin et 38°, 4 le soir.
Le 13, en raison des signes physiques, et parce que la pointe du cœur était légèrement déviée à droite, M. Cadet-Gassicourt faisait observer à ses élèves qu'on aurait pu pratiquer la thoracocentèse; mais, parce que la fièvre existait encore, que la pleurésie était dans sa période d'acuité, que l'épanchement datait d'une dizaine de jours seulement, il pensa que la résorption en était possible encore par des moyens médicaux, et peut-être dans un délai de quelques jours seulement.
En conséquence, il fit appliquer de nouveau un très large vésicatoire, prescrivit une potion avec 4 grammes de teinture de digitale, et le régime lacté. Ce jour-là même, la malade se sentit un peu soulagée.
Le lendemain , l'oppression était moindre , l'épanchement n'avait pas augmenté, la fièvre tombait et la température revenait à 37 degrés.
Du 15 au 17, on suivait de jour en jour et avec le plus grand soin la diminution graduelle de l'épanchement : la pointe du cœur revenait à sa position normale, et la respiration s'entendait dans une étendue de la poitrine chaque jour plus grande.
Le 18, la malade pouvait être considérée comme complètement guérie. 11 n'y avait plus de symptômes généraux; la respiration s'entendait dans tout le côté gauche, affaiblie, il est vrai, dans la moitié inférieure, où persiste sans doute une couche épaisse de fausses membranes.
Trois semaines plus tard, la guérison ne s'était pas un seul instant démentie (I).
Il est difficile de trouver une observation plus probante : on savait la date exacte du début de la pleurésie, qui s'était développée à l'hôpital; on en avait suivi les progrès quotidiens, et si M. Cadet-Gassicourt s'abstint volontairement de pratiquer la thoracocentèse, ce n'est pas qu'il ignorât l'existence de l'épan-
(l) Observation recueillie par M. Hirne, interne ilu service.