‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 234 sur 287 · THORACOCENTÈSE DANS LA PLEURÉSIE AIGUË · texte numérisé non relu

THORACOCENTÈSE DANS LA PLEURÉSIE AIGUË

chement ni son abondance, bien au contraire, mais c'est qu'il savait, d'observation personnelle, qu'à cette période de la pleurésie aiguë rien n'est plus fréquent que de voir les vastes épanchements rétrograder par le seul traitement médical convenablement dirigé. Et les événements firent voir combien ses prévisions étaient justes et sa conduite sage : en cinq jours, à dater de celui où l'on discutait l'opportunité de la ponction de la poitrine, l'épanchement était résorbé. Que ceci vous serve de leçon!

Voici encore un cas, d'autant plus probant que j'étais sur le point de pratiquer la thoracocentèse : en 1878, je prenais possession d'un nouveau service à l'hôpital de la Pitié; un pleurétique s'y trouvait, que l'interne, M. Vermeil, allait ponctionner. Ce pleurélique, au vingt-quatrième jour de sa maladie, avait le côté droit de la poitrine plein de liquide et il n'avait plus de fièvre. J'approuvai l'opération. Mais l'appareil aspirateur ne fonctionnait pas, et l'on dut le porter à réparer ; trois jours s'écoulèrent ainsi; puis, lorsque l'appareil nous revint en état, au moment de ponctionner le malade, nous constatâmes que le niveau de l'épanchement avait notablement baissé. Deux jours plus tard, il avait disparu. La résorption spontanée s'en était effectuée en cinq jours !

Quand le liquide ne se reproduit pas, tout indique qu'il aurait pu disparaître par de tout autres moyens que la ponction de la poitrine. Celle-ci n'était donc pas nécessaire, la maladie pleurétique n'en a pas été notablement abrégée, et il n'y avait pas utilité à ajouter la chance mauvaise, si minime soit-elle, d'une opération à celles que crée déjà la maladie.

Quand le liquide se reproduit, il faut ou ponctionner à nouveau, ou attendre que l'épanchement se résorbe, ce qu'il fait quelque- Ibis; et alors à quoi bon la première opération?

Quand le liquide se reproduit en changeant de nature, qu'au lieu de sérosité, c'est du pus qui s'est épanché, quel bénéfice le malade a-l-il eu de l'opération, et quels reproches le médecin n'at-il pas à s'adresser? Nous le verrons tout à l'heure.

Puisque, en présence d'un épanchement pleurétique récent et alors qu'il y a fièvre ou un état aigu qui s'en rapproche, c'està-dire alors qu'il y a hypérémie de la plèvre ou un grand état d'activité de celle-ci, on peut espérer que la séreuse sera capa-

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ble de résorber spontanément le liquide; et puisque, d'autre part, on n'est jamais sûr que l'épanchement ne se reproduira pas, pourquoi ne pas rester médecin? et à quelle fin tenter une aventure chirurgicale dont le bénélice n'est rien moins que certain, et qui présente au contraire les chances mauvaises d'une opération, quelle qu'elle soit.

Vainement citera -t-on des faits — et en tel nombre qu'on voudra— de guérison à la suite d'une seule ponction pratiquée quelques jours seulement après le début de la pleurésie; je ne vois dans ces cas heureux que des faits où la résorption aurait eu lieu par tout autre moyen que la ponction, et par un traitement médical ou la marche naturelle de la pleurésie. La guérison de la pleurésie s'est alors effectuée malgré l'opération.

Tandis que dans les cas incontestables où la transformation et l'aggravation de la maladie ont suivi la thoracocenlèse, celle-ci seule est à incriminer; et je n'hésite pas à le faire.

En effet, la ponction capillaire dans la pleurésie aiguë, j'entends pendant qu'il y a fièvre et pour tirer de petites quantités de liquide seulement — alors que le médecin n'a pas la main forcée par l'abondance de l'épanchement — cette ponction est-elle toujours innocente?

Hardiment je réponds non!

Irrationnelle en ce sens qu'elle ne combat qu'un effet de la pleurésie et reste impuissante contre l'acte sécrétoire ultérieur, elle est malfaisante en cet autre sens que la sécrétion, primitivement séreuse, peut changer, et change souvent de nature, pour devenir purulente. Que s'est-il passé? En quoi la ponction aspfi ratrice de la plèvre enflammée a-t-elle pu modifier à ce point l'acte inflammatoire, que celui-ci change de type et fasse du pus au lieu de faire de la sérosité? L'hypothèse la plus vraisemblable me semble être la suivante :

La phlegmasie d'une membrane séreuse quelconque a pour condition primordiale, nécessaire, obligatoire, une hypérémi^ Or, cette hypérémie passe d'autant plus volontiers au mode Injpercrinique que la fonclion physiologique de la séreuse est de décréter de la sérosité. En conséquence, l'hypérémie inflammatoire n'est que l'exagération de l'hypérémie nécessaire à toute sé

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