‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 244 sur 287 · DU CHAGRIN DANS LES MALADIES · texte numérisé non relu

DU CHAGRIN DANS LES MALADIES

tient ;\ la différence môme des malades. Si, en effet, vous entrez dans les détails, vous voyez que, clans les hôpitaux, ce sont surtout les vieillards qui succombent à leur pneumonie; de sorte que vous arrivez à cette conclusion définitive, que la mort par la pneumonie est incomparablement plus fréquente chez les vieillards que chez les jeunes individus.

Au fond, dans les races fortes, où il n'y a aucun vice rédhibitoire, créé par les excès ou les diathèses, la pneumonie est une manière de mourir, et constitue la fin naturelle des vieillards.

Les raisons de ce fait, nous les trouverons bientôt dans la bassesse histologïque du poumon en général; et celles qui font alors le plus souvent se localiser l'inflammation au sommet, nous les découvrirons dans les conditions de fonctionnement moindre de cette partie de l'organe.

Mais l'alcoolisme, je ne saurais trop le redire, produit la sénilité prématurée ; les diathèses mettent l'organisme en état de sénilité au moins pour certains tissus, et jettent ainsi certains organes dans l'opportunité morbide, de telle façon que les ivrognes et les diathésiques, vieillards par l'apparence, sont vieillards parles maladies et, ayant une pneumonie, l'auront de préférence au sommet.

La pneumonie du sommet est le plus fréquente dans un organisme moins résistant; car le poumon est, histologiquemeht, un organe peu vivant, et par suite peu résistant; et le sommet de cet organe en est la partie la moins vivante encore. Ainsi, dans un organisme devenu moins résistant par le fait des années, des passions ou des diathèses, le poumon, le moins résistant des viscères, s'affectera le plus volontiers, et, dans ces conditions, le sommet, partie la moins vitalement résistante de cet organe si peu résistant, s'affectera plus volontiers encore. Telles sont les propositions fondamentales que je vais développer et motiver tout à l'heure.

Pour en revenir au chagrin et à ses méfaits, son action sur le développement d'une inflammation du poumon, et surtout d'une certaine portion spéciale de celui-ci, est des plus certaines, bien que des plus indirectes : en tant que pasiion dépressive, le chagrin peut produire les effets de la sénilité naturelle ou artificielle;

affection de la catégorie des choses morales cl intangibles, il entraîne cependant des résultais tout matériels.

Ici, messieurs, nous touchons à ce grand problème des rapports du matériel et de l'immatériel ; rapports que nous ne connaissons pas et que nous ne connaîtrons probablement jamais. Peut-être arriverons-nous à localiser plus ou moins exactement le siège de telle ou telle passion, à en connaître môme l'instrument, à en déterminer les conditions de fonctionnement, mais sans pouvoir jamais saisir les rapports de cette passion avec la matière.

Bornons-nous donc à constater qu'il y a des passions gaies, et qu'il en est de tristes : ce sont des phénomènes que rend évidents l'observation et dont la connaissance nous suffit.

Eh bien, les passions tristes dépriment l'organisme et entravent les fonctions plastiques en portant le désordre dans le triple département du sympathique, de l'encéphale et de la moelle : sous le coup de la terreur ou d'un chagrin subit et violent, l'individu frissonne, une sueur froide couvre son corps ; enfin, phénomène déjà plus complexe, de la diarrhée peut survenir ; puis la tristesse continue les effets qu'avait ébàuchés le chagrin ; c'est un trouble et un alanguissement de toutes les fonctions. L'association des idées ne se fait plus ou se fait mal; il n'y a pas de délire, mais comme une sorte de monomanie : le malheureux n'ayant de pensées ou de paroles qu'à propos de son chagrin. L'intelligence devient inhabile comme les membres, et les travaux de l'esprit sont impossibles comme ceux du corps. En même temps, l'appétit se perd ; le désir et la volonté de manger font défaut, et la puissance digestive s'amoindrit ou disparaît.

Voilà donc qu'une passion a produit des désordres tout matériels, lesquels peuvent rapidement conduire l'individu à un état voisin de la cachexie. Maintenant, que ce cachectique momentané soit soumis à l'action de causes matérielles, il n'opposera plus une résistance suffisante à leur malfaisante influence et pourra contracter des affections auxquelles il eût été presque inaccessible en d'autres temps : l'opportunité morbide a été constituée.

Vous en voyez un exemple frappant chez l'individu qui vient de succomber au n° 50 de la salle Saint-Paul. Cet homme, dmie

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