‹ Leçons de clinique médicaleChapitre 245 sur 287 · DU CHAGRIN DANS LES MALADIES · texte numérisé non relu

DU CHAGRIN DANS LES MALADIES

bonne constitution antérieure, perd sa place il y a six semaines et la perd injustement; il est ainsi froissé dans ses sentiments de justice et lésé dans ses intérêts, double cause de chagrin. Ce n'est pas tout ; le voilà, pour vivre, forcé d'ébrécher ses minces économies ; aussi ne le fait-il qu'avec une prudente parcimonie, ce dont sa nourriture se ressent, au point de vue de la quantité comme à celui de la qualité. C'est dans ces circonstances malheureuses, naïvement racontées par lui, qu'il s'exposa à un refroidissement dont les conséquences ne se firent pas attendre. 11 y a huit jours, mardi dernier, peu d'heures après l'action de cette cause tout extérieure, il est pris d'un frisson prolongé ; le lendemain il éprouve un point de côté accompagné de toux et d'expectoration visqueuse ; enfin, il entre à l'hôpital jeudi soir, et, samedi matin, quand je le vois pour la première fois, il ne m'est pas difficile de constater une pneumonie du sommet droit de la nature la plus grave ; trente-six heures-plus tard la mort justifiait le pronostic.

Or, je vous avais fait observer que cette pneumonie du sommet pouvait être rapprochée de celles que nous avions vues précédemment ensemble, et nous aider à déterminer les causes qui président à la naissance de cette sorte de pneumonie. Je vous ai fait remarquer en même temps l'état catarrhal de l'appareil digestif, état qui s'était accusé au moment où apparaissaient les premiers symptômes de la phlegmasie pulmonaire ; j'ai essayé de vous faire voir que c'était à l'état général mauvais qu'il fallait rapporter ces deux manifestations morbides, en apparence indépendantes l'une de l'autre ; et enfin c'est à cet état général que je me suis surtout adressé par une médication fondée sur l'emploi des alcooliques ; simultanément néanmoins j'essayais de combattre directement la phlegmasie pulmonaire par des ventouses scarifiées, et l'état catarrhal de l'intestin par le bismuth.

Cette médication à triple portée est restée impuissante : trentesix heures après son entrée à l'hôpital, le malade est mort, non qu'il ait succombé à l'intensité d'une fièvre qui n'a élevé son pouls qu'à 92, et sa température qu'à 40 degrés le soir et 39°, 5 le matin ; mais parce que son état général était mauvais et le

devenait d'autant plus que je n'ai pu parvenir à enrayer le ilux intestinal.

La nécropsie a été faite ce matin, et, comme je l'avais supposé, elle a démontré l'existence d'une pneumonie du sommet arrivée en quelques poiuts à la période d'hépatisation grise.

Samedi, je vous avais dit que, en considération de sa constitution primitivement vigoureuse, cet homme résisterait peutêtre mieux que d'autres également atteints de pneumonie du sommet ; mais, dimanche matin, je trouvai une telle dépression, nonobstant l'emploi de la médication alcoolique, que je conçus les craintes les plus vives. Les craintes redoublèrent encore, lorsque j'appris que le malade avait été agité la nuit au point môme de quitter son lit ; je portai dès lors le pronostic le plus grave. Ce pronostic s'est malheureusement vérifié, et voilà comment il nous est permis de dire aujourd'hui que ce malade est bien réellement « mort de chagrin et d'une fluxion de poitrine ».

Maintenant pourquoi y a-t-il pneumonie ? Pourquoi la phlegmasie pulmonaire est-elle la plus fréquente des inflammations spontanées ? Pourquoi est-elle produite par le froid ?

Ceci nous amène à étudier très sommairement l'action du froid sur l'organisme vivant.

Les effets en sont bien différents suivant le mode d'action. Le froid agit-il lentement, ainsi que d'une façon persistante et locale, il produit des effets topiques tels qu'on le voit faire dans le rhumatisme articulaire chronique ou rhumatisme noueux. Estil humide et son action est-elle durable, il en résulte surtout des affections calarr haies. Le refroidissement est-il intense et brusque, il détermine un état fébrile qui, suivant la nature de l'organisme, ou l'opportunité morbide actuelle, sera suivi de déterminations sur des tissus à peine organisés, ou qui le sont bassement, les tissus séro-Ûbreux des articulations ou les tissus analogues, l'endocarde, puis les séreuses splanchniques ; c esj le rhumatisme aigu (1). Ou bien cet état fébrile aura pour suite l'inflammation de tissus également très élémentaires, à savoir le tissu conjonctif, et ce sera ou la pneumonie ou lapfemvfci«qu

(1) Voir, plus haut, leçon XV11I, p. B6B.

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