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REFROIDISSEMENT ET OPPORTUNITÉ MORBIDE

apparaîtra. Nous verrons, en effet, que le poumon n'est et ne pouvait être que du tissu conjonotif aussi ténu et aussi peu organisé que possible. Maintenant, le refroidissement brusque, en supprimant soudain les fonctions de la peau, peut entraîner l'hypérémie parfois excessive et foudroyante d'un organe, le rein, à fonctionnement analogue à celui de la peau, et les désordres de ce que l'on appelle 1' « albuminurie », et de ce que je nomme la sérumurie, se manifestent (1).

Pour nous en tenir à la genèse de la pneumonie, je ne vous ferai pas cette injure de discuter l'action topique du froid sur le poumon dans la production de la pneumonie. Vous ne croyez pas, comme quelques-uns l'ont dit, que ce soit l'air froid inspiré qui produise localement l'inflammation du poumon. C'est à la suite d'une action localement exercée sur la périphérie cutanée que l'état général inflammatoire est constitué, dont la pneumonie sera l'expression. Mais pourquoi alors n'est-ce pas un phlegmon qui en résulte, c'est-à-dire l'inflammation du tissu conjonctif général ? Ici la vascularité de l'organe joue un rôle considérable. C'est parce qu'il est du tissu conjonctif simplement que le poumon est un organe fragile et vitalement peu résistant; c'est parce qu'il se congestionne facilement et à un très haut degré, que la congestion concentrique produite par refroidissement deviendra une phlegmasie rapide et intense.

Force est bien d'admettre autre chose qu'un fait d'hydraulique, par acte réflexe, le refoulement pur et simple du sangvers le poumon ; auquel cas la congestion pourrait rester la congestion, entraver mécaniquement et d'une façon proportionnelle à son étendue la fonction respiratoire ; produire même l'asphyxie; mais à coup sûr jamais la fièvre.

Ou encore, et c'est là un fait tout matériel et tout physique que peut encore entraîner ce phénomène d'bydraulique, — le refoulement du sang vers les poumons, — la congestion concentrique fera rompre une partie des vaisseaux violemment et exagérément distendus, produira une hémorrhagie, et ce sera Vhé-

(1) Voir, t. Il, les leçons LXVlll, LXX, LXXUI et LXXIV sur la sér de la femme grosse.

moptysie. Mais, pour que le trop-plein vasculaire du poumon se transforme en un acte morbide aussi complexe que l'inflammation de l'organe ; pour que de simple phénomène physique il arrive à être un phénomène de la vie, où l'on voie simultanément à la fonction respiratoire toutes les fonctions organiques se troubler, où l'on observe môme la perturbation de quelques-unes d'entre elles, de la digestion par exemple, avant celle de la respiration ; pour que cela se produise, il y faut l'intervention de tout autre chose que d'un acte physique : il y faut le concours de toutes les forces de l'être vivant, ou plutôt de toutes ses faiblesses, il y faut Y opportunité morbide.

Je vous ai déjà signalé la fragilité histologique et, par conséquent, la faiblesse dynamique du poumon, puis sa grande vascularité et par suite sa facile congestionnabilité : ce sont là des causes exclusivement spéciales à l'organe lui-même; il me reste à aborder celles qui sont d'un ordre plus général, et néanmoins, j'ose le dire, le plus directement productrices de la pneumonie.

On doit reconnaître à l'inflammation, en général, deux origines absolument distinctes, une origine intrinsèque et une origine extrinsèque .

L'origine intrinsèque est l'excès de fonctionnement : c'est-àdire, au fond, la fatigue et l'usure de l'organe, auxquelles s'ajoute parfois sa faible résistance native. Je prendrai pour exemple l'inflammation du foie dans les pays chauds, ou celle du cerveau. Viton jamais le foie ou le cerveau s'enflammer sous l'influence d'un refroidissement?

L'origine extrinsèque est le froid, ou l'action topique d'un corps irritant. Le froid est, par excellence, la cause productrice des inflammations générales, et nous en avons esquissé le mode d'action. Mais tel a enfin une pneumonie pour s'être refroidi qui s'était maintes fois exposé à un froid plus sévère sans dommage pour son poumon.

Tel encore, cloué sur son lit par une affection chirurgicale, y contracte une pneumonie à laquelle on est obligé de chercher comme agent producteur un insignifiant refroidissement. C'est ce qu'on peut observer quelquefois au cas de fracture ducoldu fémur chez les gens âgés; les chirurgiens le savent bien! Et, pour le

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