REFROIDISSEMENT ET OPPORTUNITÉ MORBIDE
dire en passant, c'est là une preuve entre mille que la pneumonie est nue façon de mourir pour les vieillards accidentellement cachexies, et que le refroidissement ne joue dans la production de l'inflammation du poumon qu'un rôle éventuel et secondaire. Assurément on ne se refroidit guère en son lit d'une façon tellement brutale qu'un organisme sain n'y puisse résister. Mais que le décubitus soit obligatoire et rigoureux; que la digestion, déjà si languissante au vieil âge, devienne par cette immobilité plus languissante encore; que l'économie tout entière subisse le contre-coup de cette atteinte portée à la nutrition ; que, dans cet état d'ébranlement général, un léger refroidissement, moins que cela peut-être, un simple « courant d'air», vienne à frapper cet organisme si près de fléchir spontanément, et alors le poumon s'enflamme, et s'enflamme le plus habituellement à son sommet. Mais ce n'est pas parce que le poumon s'est enflammé à son sommet qu'il suppure si facilement et si vite, c'est parce que l'inflammation était fondamentalement de mauvaise nature qu'elle a envahi le sommet — partie vitalement la plus fragile de l'organe, nous le verrons bientôt ; — et cette inflammation n'était fondamentalement de mauvaise nature que parce que l'organisme était lui-même profondément altéré.
Ce qui est vrai de la fracture du col du fémur est également vrai des maladies graves du système nerveux en leurs périodes ultimes : j'ai vu récemment un vieillard du plus haut rang, c'està-dire dans les conditions du plus grand confortable, contracter dans son lit, où le retenait décidément la paralysie générale progressive, une pneumonie du sommet, et en mourir en quatre jours, quoi qu'on fît pour la combattre : la révulsion locale ni les cordiaux n'y purent rien.
Ces cas excessifs, dont je pourrais multiplier les exemples, montrent par leur excès même la nécessité de l'opportunité morbide, c'est-à-dire d'une prédisposition actuelle de l'organisme, pour le développement de la pneumonie; le froid n'y intervenant que comme une cause occasionnelle seulement, qui serait impuissante sans la modification préalable et intime de l'organisme. Témoin notre homme dun° 50, débilité par le chagrin.
En fait donc, la débilitation actuelle de l'organisme constitue
l'opportunité morbide ; si, dans ces conditions, l'organisme est jeune et primitivement de bonne structure, la cause occasionnelle entraînera l'explosion d'une pneumonie; mais ce sera l'inflammation d'un lobe quelconque, indifférent, et le plus habituellement le moyen ou l'inférieur. Si, au contraire, la débilitation est plus considérable ; que l'organisme soit sénile, par lofait des ans ou des excès ; qu'il y ait cachexie ancienne ou momentanée, vienne la cause occasionnelle, et ce sera le plus ordinairement le lobe supérieur qui s'enflammera, il y aura pneumonie du sommet.
Mais pourquoi le lobe supérieur du poumon s'enilamme-t-il alors de préférence ? L'explication nous en sera donnée, je crois, par les fonctions et la texture du poumon.
En réalité, le poumon n'a pas de fonction spontanée, je veux dire active, où il intervienne en faisant quelque chose; au contraire, son rôle est d'être passif, et passif en toute chose : dans ses mouvements, qui lui sont communiqués, comme dans les phénomènes qui s'accomplissent à travers sa trame. C'est, dans toute la rigueur du mot, l'organe du « laisser-faire » et du « laisser-passer » .
En fait, l'acte respiratoire est purement et exclusivement physique ; ce n'est, essentiellement, qu'un échange de gaz s'accomplissant à travers des membranes poreuses, et de par la loi de Magnus. La vésicule pulmonaire, comme la vessie du physicien, se laisse traverser endosmotiquement par l'oxygène, exosmotiquement par l'acide carbonique, la vapeur d'eau et quelques substances animales volatiles ; voilà l'acte respiratoire pulmonaire.
Pour que ce phénomène tout physique pùt s'accomplir, des conditions toutes physiques étaient suffisantes ; elles ont été réalisées. Il fallait que l'air atmosphérique respiré fût avec le sang veineux dans le rapport le plus intime et sur la plus large étendue possible. En d'autres termes, il importail que l'air ne fùi séj paré du sang que par des parois assez résistantes pour contenir les fluides et assez ténues néanmoins pour en faciliter les contacts. Or. nous allons voir que les choses ont été disposées de la sorte au sein de la trame pulmonaire.