LOT DES VIEILLARDS, DUS IVROGNES ET DES CACHECTIQUES
nuire, je réservai mon diagnostic, tout en vous disant que c'était vraisemblablement la une pneumonie du sommet chez un ivrogne; et cela malgré l'absence des crachats caractéristiques de la pneumonie.
D'ailleurs, la température, qui était le soir de l'entrée de 40°, "2, descendit le lendemain matin à ,'î9°,6, le lendemain soir à 39°, 3 ; c! cependant les signes physiques restaient absolument les mêmes. Déjà ce n'était pas là chose naturelle; mais la marche de la température allait devenir bien plus insolite encore ; ainsi, le soir du troisième jour après l'entrée du malade à l'hôpital, cette température n'était plus que de 35°, 6, c'est-à-dire qu'elle était descendue au-dessous de la normale; le lendemain, la mort n'en survenait pas moins. Enfin ce malade était bien réellement alcoolique; les aveux de sa femme vinrent confirmer mon hypothèse sur ce point.
Ce devait donc être une pneumonie suppurée du sommet. On a donné pour caractère à cette suppuration du poumon le rejet des crachats/i/s de pruneau; or, notre malade n'a jamais expectoré que des crachats purulen ts, assez rares ; et cependant à l'autopsie nous avons trouvé, suivant notre attente, une hépatisation grise du lobe supérieur du poumon, sans mélange aucun de granulations tuberculeuses.
Ceci m'amène à vous parler du malade qui occupe aujourd'hui le n° 23 de la salle Saint-Paul. Je vous ai dit comment j'avais été amené à voir en cet homme un alcoolique, et chez cet alcoolique une manifestation intestinale fébrile, résultant de Cette habitude parisienne qu'ont les ouvriers de « faire le lundi» , habitude qui n'est pas sans influence sur leur santé actuelle et sur leur santé future. C'est ainsi que je diagnostiquai deux maladies : d'abord un catarrhe gastro-intestinal fébrile, ensuite un alcoolisme invétéré, au sujet duquel je réservai mon pronostic, y voyant une cause de prédisposition à d'autres affections aiguës ou chroniques.
En effet, hier matin cet homme crachait du sang : vous l'avez entendu me dire ce matin comment, dans la nuit de dimanche à lundi, il avait été pris de frissons, et comment, à la suite, il avait expectoré les quelques grumeaux «le sang qui l'inquiétaient,
el que nous trouvions môlés à de véritables crachats péripneumoniques, visqueux, adhérents au vase et offrant la teinte du sucre d'orge. J'explorai aussitôt la poitrine et je trouvai au sommet droit, d'abord de la matité, puis un souffle intense, tellement intense, que je ne pus songer qu'à une hépatisation, qui s'était produite en l'espace de quelques heures. Remarquez, messieurs, combien cette marche avait été rapide; remarquez aussi quel était le siège de la phlegmasie.
La marche avait été des plus rapides, on n'en pouvait douter. La veille, le malade avait été ausculté par le chef de clinique ; il l'avait été ensuite par des élèves aussi instruits que zélés ; je l'avais enfin ausculté moi-môme avec soin. S'il y avait eu à ce moment quelque chose au poumon, les signes physiques n'auraient guère pu échapper à notre examen successif. Je le répète donc, le développement de l'affection avait été d'une exceptionnelle rapidité.
Ce matin, on trouve en arrière une matité qui embrasse presque la moiLié supérieure du poumon ; le souffle en ce point est intense à faire presque croire à l'existence d'une caverne, et la bronchophonie est en rapport avec le souffle; je dirais volontiers que c'est une bronchophonie peu commune ; ce qui vous laisse à juger à quel degré doit être portée l'hépatisation. En avant, il y- a également de la matité, avec une crépitation abondante, accompagnée d'un bruit de souffle lointain. Il y a donc hépatisation du lobe supérieur du poumon droit.
11 était indispensable, ces choses constatées, de voir ce qu'était l'état général. Or, le malade a du délire la nuit depuis qu'il est entré à l'hôpital; il est surtout « tourmenté par des diablotins» ; c'est bien là ce qui arrive généralement chez les alcooliques en proie à une affection fébrile. Ce n'est donc pas par hasard que cet homme a une pneumonie ; il a une pneumonie, comme il a eu une gastro-entérite fébrile, parce que l'altération de son organisme le prédispose aux phlegmasies. Le cas est donc grave et d'autant plus grave qu'il s'ajoute aux symptômes de la phlegmasie pulmonaire un état adynamique inquiétant.
Je pourrais vous citer bien d'autres cas de ce genre. Dans les premiers temps de mon entrée en fonction dans ce service, un homme de soixante-quatorze ans venait occuper également un