LOT DES VIEILLARDS, DES 1VROR.NES ET DES CACHECTIQUES. 72S
des lits de la. salle Saint-Paul, pour une pneumonie des plus étendues, avec prédominance de signes physiques au sommet. Cela se passait le 16 novembre 1868 ; le 17, je voyais le malade et je vous signalais la gravité de son cas; le 18, il était mort. Il était atteint depuis quatre jours à peine lors de son entrée; il a donc succombé en six jours. La pneumonie était caractérisée chez lui par une matité considérable et un souffle très intense, avec une adynamie telle, que tous mes efforts pour le relever restèrent impuissants. L'autopsie révéla une hépatisation grise de tout le poumon gauche, avec purulence surtout évidente au sommet.
Sans entrer dans une énumération fastidieuse autant qu'elle est navrante, je dois vous parler encore du cas du malade autrefois couché au n° 26.
C'était un homme de soixante ans, et c'était de plus un ivrogne impénitent ; il ne se grisait jamais moins de trois ou quatre fois par mois, sans parler de ce qu'il pouvait boire quotidiennement. Quatre jours avant d'entrer à l'hôpital, il éprouva un certain malaise, sans frissons d'ailleurs, ni point de côté. Ce malaise l'obligea de garder la chambre, et comme enfin l'état de ses finances ne lui permettait pas de se soigner chez lui, il se détermina à venir à l'hôpital.
Le soir même de son entrée, il fut vu par deux médecins fort distingués, MM. Gouraud et Quertier, qui ne lui trouvèrent rien de bien net, tout en soupçonnant cependant une pneumonie du sommet. Le malade avait de la fièvre; à l'auscultation, on percevait des râles de bronchite dans toute l'étendue des deux poumons; à la percussion, un peu de submatité au sommet droit ; enfin l'expectoration, assez visqueuse, était à peine safranée. Ces messieurs diagnostiquèrent une bronchite, et vraiment ils ne pouvaient guère mieux faire : j'insiste sur ce point; vous en verrez tout à l'heure la raison.
Le lendemain, à la visite du matin, en arrrivant au lit du malade, je lui trouvai le pouls fréquent, la peau chaude et sèche; ce qui, joint à la prostration qu'indiquait le décubitus, me fit dire : «Ce malade doit avoir une pneumonie du sommet. » Je le fis asseoir; et, servi par le hasard, je percutai tout d'abord le sommet droit...
7|f, LA PNEUMONIE DU SOMMET.
Malilé tanquarn percussi feruoris ; le diagnostic était fait! Je trouvai, pour le continuer, un souffle intense au niveau delà malilé, avec quelques râles crépitants au pourtour; et, comme expectoration, un liquide visqueux, spumeux, couleur de safran, Ce n'était pas tout à fait le crachat typique, mais enfin cela s'en rapprochait assez pour conclure.
Prenant en grande considération l'élévation de la température à ce moment (39°, 6), la sécheresse de la peau et de la langue, non moins que l'âge du malade et ses habitudes alcooliques invétérées, je portai le plus grave des pronostics. En effet, tous mes efforts pour lutter contre le mal restèrent impuissants. Le lendemain, l'adynamie était des plus -prononcées; le malade, agité et indocile pendant le jour, délirait la nuit, et l'affection marchait rapidement vers une terminaison funeste.
Mais ici se présente une circonstance singulière sur laquelle je veux appeler un instant votre attention : pendant les trois jours qui .ont précédé sa fin, le malade a râlé ; c'est-à-dire que, pendant trois jours, a persisté chez lui cette paralysie de la sensibilité de la trachée, en raison de laquelle le mourant ignore, pour ainsi dire, la présence des mucosités qui viennent obstruer le conduit aérien, et ne les rejette plus, comme auparavant, par action réflexe. Ce phénomène, avant-coureur de la mort, qu'il ne contribue pas peu à hâter, a donc persisté pendant les trois derniers jours de la vie.
Un autre fait signala encore ces derniers jours, ce furent les variations singulières de la température,
Ce malade est entré le soir du 5 février ; le matin du 6, je faisais le diagnostic dont je n'ai pas sujet de me glorifier, car il ne pouvait être fait la veille, et je n'ai eu d'autre mérite que de tomber en temps opportun. Le 6, au matin, vous ai-je dit, la température était de 39°, 6; le lendemain matin, elle était de 39°, A; le soir également de 39°, 4; mais, à huitheures de ce même soir, elle n'était plus que de 38 degrés, Cette chute subite de la température était fort insolite ; ce fut bien autre chose le quatrième jour. A neuf heures du matin, on constatait la température â peu près normale de 36°,8; et cet homme râlait, et il pouvait à peine avaler, et il continuait à délirer! Or (je développerai ce point